sabato

"J'ai acheté pas moins de 240 motos"

Egon Duchateau dans son atelier, avec la Jaguar E-Type (1963) derrière lui (et qu'il a reçue gratuitement). ©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: Egon Duchateau, ange gardien du patrimoine moto belge.

"J'avais quinze ans quand j'ai assemblé une vieille moto pour la première fois, une Gillet 400 Comfort de 1938. Je suis directement tombé sous le charme. J'avais les parents les plus adorables du monde et j'étais assez gâté, mais pas question d'avoir une moto. À l'époque, c'était pour les marginaux. Une honte pour la famille!", avoue Egon Duchateau (74 ans).

"Quand vous arriviez quelque part dans votre combinaison, toutes les mères agrippaient leurs filles. Quand j'ai acheté une Triumph Tiger Cub, ça a déclenché des disputes."

La Saroléa Cross avec laquelle Marcel Meunier est devenu champion de Belgique en 1950. ©Thomas Vanhaute

Il y avait plus d'une centaine de marques de motos belges, dont les plus connues étaient FN, Gillet, Saroléa et Minerva. "Maintenant, les jeunes ne peuvent plus se les permettre, mais j'ai longtemps reçu ces 'vieux brols puants' gratos. J'en ai acheté environ 240. Aujourd'hui, il m'en reste encore septante environ.

J'ai longtemps reçu gratos de 'vieux brols puants'. En tout, j'en ai acheté pas moins de 240.

Hier soir, j'ai travaillé pendant trois heures à mon livre sur Saroléa. J'espère l'avoir terminé d'ici la fin de l'année. Et j'ai travaillé pendant cinquante ans à un ouvrage de luxe, de près de 700 pages, consacré à la marque FN; il a été achevé il y a deux ans."

Dans son atelier de restauration, on peut apercevoir une Gillet Tour du Monde (1926). Un peu plus loin, c'est la Jaguar E-Type coupé rouge (1963) qui attire les regards. "Je l'ai reçue gratuitement vers 1976, totalement pourrie. J'ai mis six ans à la restaurer, après quoi je l'ai conduite pendant quinze ans. Maintenant, je ne peux presque plus y entrer et en sortir, mais je la fais tourner de temps en temps. Elle aurait bien besoin d'une nouvelle restauration.

Mais aujourd'hui, je travaille sur l'Alfa Romeo 1300 Junior, que j'ai achetée neuve en 1972, grâce à l'aide de mes parents et de mes beaux-parents. Je l'ai conduite pendant 21 ans. Ensuite, ma fille la prise tous les jours pour aller au travail. Au bout de six ans, elle était naze. Elle est complètement restaurée, et fraîchement repeinte aujourd'hui. Encore un peu de travail à l'intérieur, et elle sera enfin terminée. Parfait pour mes dernières années de conduite!"

La collection actuelle compte environ 70 motos. ©Thomas Vanhaute

Un peu plus loin, on peut voir cinq motos. "Celle-ci est équipée d'un cadre BMW, d'une roue arrière Maico, d'un moteur Harley et d'une boîte de vitesses BSA. J'ai fait le reste moi-même. Quand je le peux, je reste le plus fidèle possible à l'original. Mais si je me mets à construire moi-même, je le fais entièrement à ma guise."

Il a construit une pièce séparée pour le moulin que son père a utilisé jusqu'en 1971. "Ici, je suis chez moi. Je reste souvent ici en soirée, seul et bien tranquille. Ce que je fais? Je m'allonge dans le fauteuil." Il y a aussi une Ford Speedster T (1913). "Un projet pour après l'Alfa."

Egon Duchateau
ancien chef du département des services techniques pour le Limbourg chez De Lijn.

La première: Alfa Romeo Giulia 1600 Sprint (1968).

La meilleure: Jaguar E-Type (1963).

La pire: Alfa Romeo GT Junior 1300 (1972).

Vendue avec regret: Ariel Square Four (1948).

Le rêve: Matchless G50. "Mais 45.000 euros, je ne mettrais pas ça."

Il nous emmène à quelques kilomètres de là. "En 2002, ma femme a acheté un bâtiment séparé pour la vraie collection. Notre maison était saturée. Quand je voyais un coin vide, j'y mettais une moto! Elle vient ici une fois par an, tout au plus. Ici également, je peux passer des heures dans le fauteuil à ne rien faire." Nous passons devant des motos de marques aussi illustres que Moto Guzzi, Ducati, Aermacchi, AJS, Matchless et Rudge-Whitworth.

Nous ne connaissions pas Tribsa. "C'est une de mes créations!" s'exclame Duchateau en riant. "Avec un moteur Triumph et un cadre BSA." Nous découvrons aussi toute une rangée de BSA. "C'était autrefois la plus grande usine de motos du monde. De 1977 à 1981, je la prenais pour courir chez les vétérans, juste pour le fun."

"Regardez cette belle quatre-cylindres!" Et de nous montrer une FN de 1913. "Et cette FN M86-S (1934) a une culasse en bronze. C'est avec ce moteur cross FN que Hubert Scaillet est devenu champion de Belgique en 1956. La FN 500 'Course' (1938) avec arbre à cames en tête, avec laquelle courait René Milhoux, existait en deux ou trois exemplaires.

Je pense que celui-ci est le seul qui reste. Pour celle-ci, j'ai vendu 17 autres motos. Quant à la moto Saroléa Cross, avec laquelle Marcel Meunier est devenu champion de Belgique en 1950. C'était une épave quand je l'ai achetée."

"Cette Saroléa Atlantic 600 (1951) est l'une des dernières motos construites en Belgique", explique-t-il. La Honda CB 450 rouge (1972) vient du premier propriétaire. Son avis de décès est déposé sur la selle. "J'ai aussi sa Norton Navigator 350 (1965). Je l'ai faite comme la moto que je voyais toujours quand j'allais à l'école et que je voulais tellement.

J'ai pu acheter la Norton Dominator 600 (1960) pour une bouchée de pain, à quelqu'un qui devait la vendre. Le garçon avait été mis à la porte de chez lui. Quand je suis parti avec sa moto, il a failli se mettre à pleurer. Ça me reste encore en travers de la gorge."

Il ne conduit plus ces motos. "Les descendre ne serait pas une mince affaire!" Mais les voitures du rez-de-chaussée ne sortent pas davantage: il y a une réplique de la Jaguar Type D datant d'environ 1955, une Chevrolet Corvette (1979), une Jaguar MkII (1967), une Rover Mini (1992). Et un gigantesque moteur d'un Patton, un char de combat américain.

"Je me suis toujours fort amusé!", s'exclame Duchateau en riant. "Quand je mourrai, ils pourront organiser une grande fête pour célébrer la belle vie que j'ai eue."

Lire également

Publicité
Publicité