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"J'ai deux filles, elles veulent garder toutes les voitures. Rien ne sera vendu!"

Geert (à gauche) et Rik (à droite) Dejonghe, entre une Ford Model A (1929) et une Dodge Kingsway Cabriolet (1951). ©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: Geert et Rik Dejonghe arrêtent le temps.

Raf Dejonghe est décédé cette année à l’âge de 90 ans. De 1957 à 1985, il a eu un garage à Ardoye, en Flandre occidentale. Pendant des décennies, il a également collectionné des voitures. Une collection personnelle désormais orpheline, cachée sous des couvertures dans une ancienne entreprise familiale. Ici, les voitures sont dans la famille. Geert (57 ans), le fils de Raf qui a repris le garage, découpe tous les articles de la rubrique ‘Garage not for sale’ et les conserve dans un dossier.

“Il y a quarante ans, la Renault Monaquatre (1931) a été la première voiture que notre père a gardée et restaurée avec ses collaborateurs”, explique-t-il. “Il a acheté la Ford Model A Cabriolet (1929) restaurée, à l’époque du lancement des rallyes et des concours d’ancêtres. Quand nous étions petits, nous nous asseyions à l’arrière, sur la banquette rabattable.

La première voiture de Rik, la Coccinelle Cabriolet (1973). ©Thomas Vanhaute

Avec la Dodge Kingsway Cabriolet (1951), c’est la seule voiture de notre père qui sorte encore. Un jour, il l’a vendue au fleuriste local. Elle restait dans le garage, sauf pour la Saint Éloi. Quand notre père l’a rachetée, un peu plus tard, il a continué à fêter la SaintÉloi, et nous perpétuons la tradition.”

Rik Dejonghe
Dentiste.
Voiture de tous les jours:
BMW 420d Cabriolet (2017) et 
Range Rover Evoque (2015).
La première:
Volkswagen Coccinelle Cabriolet (1973).
La meilleure:
Mercedes Diesel.
Le rêve:
Une voiture électrique.

“Il a vendu la Citroën Traction Avant 11 Légère (1950) neuve à un couple d’agriculteurs à la retraite”, explique Rik (60 ans), le deuxième fils. “Comme c’était l’usage à l’époque, il apprenait à conduire à ses clients le dimanche matin, même si Alberic et Germaine n’ont pas osé se risquer sur de longs trajets. Ils la prenaient pour aller à la messe et faire leurs courses. Et quand elle avait été mouillée par la pluie, ils sortaient la peau de chamois. Elle n’a que 30.000 kilomètres au compteur. Petit, j’ai aidé à remplacer les pièces rouillées.”

“L’intérieur a la même odeur!” s’exclame Rik en riant. “La Renault Caravelle (1962) me rappelle ma petite voiture à pédales, premier souvenir en matière de voitures.” Nous poursuivons jusqu’à une magnifique Coccinelle Split (1950) et une non moins superbe Coccinelle Ovale (1952) avec le toit ouvrant en vinyle, toutes les deux bon état.

“Il aimait sa simplicité. Sur la première, le passepoil rouge  était standard alors que les baguettes sur l’ovale, c’était du luxe. La Coccinelle Split a été repeinte dans la couleur qu’elle avait au départ, un gris laiteux, mais elle a conservé son intérieur d’origine.”

Il y a aussi deux Coccinelles Cabriolet, que les frères ont reçues pour leur vingt ans. Rik a choisi la verte (1973), et Geert la noire (1976). “La Karmann Ghia (1973) est à moi”, ajoute Rik. “Je ne pense pas l’avoir conduite depuis mon mariage, il y a 34 ans. Par contre, je roule toujours avec la Lancia Bèta Coupé (1980): la dernière fois c’était il y a deux ans. Par contre, la Mini 1000 (1982) n’est plus en état de marche.”

Même immobilisée depuis 30 ans, la Karmann Ghia (1973) a l’air prête à bondir. ©Thomas Vanhaute

Sur un mur, on peut voir d’innombrables plaques d’immatriculation anciennes, dont une ‘15004’ en lettres blanches sur fond noir, probablement une plaque de la Première Guerre mondiale, et une plus récente, ‘4773’, en lettres rouges sur fond blanc. “Notre père a arrêté les rallyes il y a environ cinq ans”, explique Rik.

“Jusqu’à l’an dernier, il conduisait la Jaguar X-Type (2002) que notre mère et lui avaient achetée pour leurs 45 ans de mariage. À 87 ans, elle la conduit toujours. Elle est immatriculée 31.T.82, la toute première plaque de notre père, qu’il a eue à dix-huit ou vingt ans et qu’il a conservée quand il a fondé la société. Pour pouvoir la garder après sa mort, sa mère a dû l’acheter, comme si c’était une plaque personnalisée. C’est comme arrêter le temps!”

“Une fois retraité, il adorait passer ses journées ici. C’était ça, le secret de sa longue vie. Le jour où il a cessé de venir ici, il y a un an et demi, nous savions qu’il allait décliner. J’ai deux filles d’une trentaine d’années. Elles sont modérément intéressées, mais elles conduisent parfois la Coccinelle. Par contre, elles veulent garder toutes les voitures. Donc, rien ne sera vendu.”

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