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La reconquête de Maserati: le master plan d'un entrepreneur belge

Redorer le trident de Maserati. ©Rutger-Jan Cleiren / Bruut Collective

Sur le marché des voitures classiques, Ferrari, Porsche et Aston Martin se taillent la part du lion. Avec le livre "Classiche Masters", un collectionneur belge veut ajouter Maserati à la liste.

“Vous voulez une Maserati? Achetez-en deux, car il y en aura toujours une au garage!” Ou bien: “Maserati? Miserati plutôt!” Les préjugés sur cette marque italienne de voitures de sport sont nombreux, persistants et peu flatteurs.

“Ce sont de fantastiques voitures de tourisme, mais il y en a malheureusement beaucoup en mauvais état. Environ sept Maserati anciennes sur dix sont une mauvaise affaire", confie un entrepreneur, fan et collectionneur de Maserati belge (qui préfère rester anonyme). "Mon ambition et d’inverser cette proportion pour arriver à sept sur dix en parfait état.”

Classiche Masters

Candini Classiche, Modena, Italie ©Rutger-Jan Cleiren / Bruut Collective

Comment va-t-il arriver à réaliser ce tour de force? Il a un master plan, Classiche Masters, (prononcer classiqué), dont l’objectif est clair: inscrire Maserati sur la carte des voitures classiques. “Les amateurs sont réticents à l’idée d’acheter une Maserati classique. D’une part, à cause de la mauvaise réputation née dans les années 80 due à la mauvaise gestion du constructeur. Un autre frein est le malentendu selon lequel il faudrait être un as de la mécanique pour travailler sur une Maserati."

"C’est pourquoi nous avons démarré le projet Classiche Masters par un livre pour lequel nous avons visité 12 ateliers de premier plan en Europe. Tous sont spécialisés dans la restauration et l’entretien des Maserati classiques, construites entre la fin des années 50 et des années 70. Nous mettons en valeur leur savoir-faire, leur passion pour cette marque et leur expertise. Ils sont à la fois alliés et concurrents, car nous sommes tous des ambassadeurs de Maserati et partageons une mission: mettre cette marque en valeur. Car plus d’appréciation signifie plus de voitures 'sauvées' et plus de voitures qui reprennent la route.”

Design italien

Depuis toujours, Ferrari fait de l’ombre à Maserati, mais, selon le collectionneur, “l’ignorance et la peur des amateurs pèsent lourdement sur le marché. La restauration d’un ancêtre coûte énormément d’argent, car cela demande des heures de travail, qu’il s’agisse d’une Maserati, d’une Ferrari ou d’une Aston Martin. Tant que la cote de Maserati est moins élevée que celle de ses concurrents, le jeu n’en vaut pas la chandelle”.

Pour lui, les ancêtres Maserati sont un "passion investment". "Quand les prix ont commencé à flamber, vers 2012, nous avons découvert que les prix de Maserati n’étaient pas si élevés. La marque était méconnue, et pourtant, elle a tout ce que l’on recherche dans un ancêtre. Comme les moteurs avec un pedigree de course: en 1954, Maserati était champion du monde de Formule 1. Sans oublier la qualité du “fabriqué à la main”, la beauté du design italien qui dégage une allure fifties dolce vita, une histoire excitante, et une qualité de conduite très agréable.”

Gran Turismo

L’Officina, Overijse, Belgique ©Rutger-Jan Cleiren / Bruut Collective

Le projet Classiche Masters est axé sur les Maserati GranTurismo (GT), des voitures sportives destinées aux autoroutes alors nouvellement construites (et presque vides), sur lesquelles il n’y avait pas encore de limitations de vitesse. Maserati a fabriqué sa première GT en 1957, suivie par les glorieuses années 60 et 70, avec des top modèles – la Mexico, la Ghibli et la Quattroporte.

“À cette époque, Maserati était une PME raffinée qui avait pris de l’ampleur”, explique Pedro Cappelle, qui collabore aussi au projet Classiche Masters. Au cours de ces années dorées, le constructeur produit environ 6.000 voitures. C’est la grande époque: Alain Delon conduisait une Maserati Ghibli dans le film "La Piscine" et le Shah d’Iran roulait en Maserati, ainsi que le célèbre acteur Kirk Douglas.

Mistral Classics, Lauwe, Belgique ©Rutger-Jan Cleiren / Bruut Collective

Patrimoine

Pourquoi la marque au trident a-t-elle raté le virage des années 80? “Maserati vendait ses modèles dans le monde entier et avait beaucoup de succès aux USA. Mais il n’y avait pas de réseau de concessionnaires digne de ce nom qui pouvait apporter une solution en cas de panne. En conséquence, beaucoup se sont débarrassés de leur Maserati. Les prix ont plongé et la réputation en a pris un coup. Les années 80 et 90 ont été une période sombre”, explique Pedro Cappelle.

Limacher Garage, Luzern, Suisse ©Rutger-Jan Cleiren / Bruut Collective

“Comme Maserati changeait régulièrement de propriétaire, il n’y avait pas de continuité. Contrairement à des concurrents tels que Ferrari, Porsche et Aston Martin, Maserati ne s’est guère préoccupée de son patrimoine. Actuellement, le département "classiche" de Maserati se compose d’une seule personne, Fabio Collina, qui collecte et numérise les archives. Nous le connaissons bien et entretenons une collaboration agréable, et nous espérons qu’elle sera encore plus étroite dans le futur.”

Le trident en Belgique

Candini Classiche, Modena, Italie ©Rutger-Jan Cleiren / Bruut Collective

Avec seulement 6.000 GT produites, le marché des voitures classiques Maserati est réduit. Cappelle estime qu’il y en a une centaine en circulation en Belgique. Bien qu’il s’agisse à proprement parler d’une "contradictio in terminis", il existe également un club Maserati. “Un fan de Porsche, un conducteur de Mercedes ou un fou de BMW ont un certain profil. Les amateurs de Maserati sont des individualistes et c’est pour cela qu’un club Maserati est un paradoxe!”, sourit-il.

Espérons que, malgré tout, ils soient tentés par le petit cercle formé par Classiche Masters, car ils entendent en faire le site web de référence au niveau international des Maserati de collection. Actuellement, on y trouve surtout des informations sur les ateliers, mais bientôt il reprendra aussi les profils de toutes les Maserati GranTurismo jamais construites, des 3500 GT de 1957 aux Quattroporte III de 1979. Et il y aura un forum où amateurs et professionnels pourront échanger leur savoir-faire, tandis que le contenu vidéo et Instagram devraient également séduire les amateurs plus jeunes.

Redorer le trident de Maserati. ©Rutger-Jan Cleiren / Bruut Collective

“Du reste, saviez-vous que le trident Maserati a des racines belges?”, demande Cappelle. "Ce logo a été conçu par Mario Maserati, un artiste et le seul des six frères qui ne s’intéressait pas aux voitures. Il s’est inspiré de la célèbre fontaine de Neptune de leur ville natale, Bologne, une imposante sculpture qui avait été réalisée en 1563 par Giambologna. Ce sculpteur maniériste anversois s’était rendu à Florence pour travailler pour les Médicis.” Une réplique exacte de cette fontaine se trouve d’ailleurs avenue Van Praet à Laeken, à l’entrée du Domaine Royal. Verra-t-on un jour le roi Philippe se promener à bord d’une Mise... euh, Maserati?

Le livre "Classiche Masters" de Marc Sonnery est disponible sur le site au prix de 95 euros. 
www.classichemasters.com Instagram: @classichemasters

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