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La Rolls-Royce Dawn, le cabriolet le plus luxueux du monde

La Dawn est la première quatre places décapotable de luxe sans compromis. Les passagers à l’arrière sont aussi agréablement installés qu’à l’avant. ©Rolls-Royce

Un toit fait de six couches de tissu pour que le tambourinement de la pluie ne dérange pas les passagers. Un moteur à transmission assistée par satellite. Des fauteuils en cuir qui vient de taureaux élevés dans des prairies sans fils de fer barbelés pour que leur peau soit sans cicatrices. Sabato a pris le volant de la nouvelle Rolls-Royce Dawn. Un voyage sur un tapis volant.

"Bien sûr, personne n'a besoin de nos voitures, il existe suffisamment de moyens de transport. L'achat d'une Rolls-Royce est lié à l'envie de profiter de la vie et de se faire plaisir. Et le sommet du luxe, c'est de pouvoir participer à sa conception." Visiblement Torsten Müller-Ötvös, CEO de Rolls-Royce, a anticipé ma question lorsqu'il m'accueille, tout sourire, au Delaire Graff Estate, en Afrique du Sud. Une Rolls-Royce Phantom avec chauffeur vient de me déposer ici. À l'est du Cap, la fin de l'été est douce et la raison de mon voyage irrésistible: le CEO de Rolls-Royce aimerait que je sois l'un des premiers à essayer la nouvelle Dawn "qui repousse les limites de l'automobile".

Cette nouvelle Rolls-Royce serait non seulement la voiture décapotable la plus silencieuse du monde, mais aussi la plus rapide. Et la plus luxueuse, car elle est entièrement fabriquée en fonction des exigences du client. "Aujourd'hui, la tendance de la personnalisation se manifeste également dans le secteur des montres", explique Müller-Ötvös. "Mais nous, nous l'avons toujours fait. Nos concurrents ne se sont pas dans l'industrie automobile. Non, nos clients consacrent leur argent à un chalet dans les Alpes suisses, des bijoux et des oeuvres d'art. C'est à ce niveau-là qu'il faut situer cette voiture. "

La première Rolls-Royce Dawn n’a été produite qu’à 28 exemplaires au début des années cinquante. ©Rolls-Royce

Le nom Rolls-Royce a beau sembler un rien classique, le look quelque peu surfait et les propriétaires un peu trop sûrs d'eux, la marque continue à fasciner. En Belgique, chaque année, environ 60 Rolls-Royce, soit 1,5 % de la production totale, sont vendues. Outre la Dawn, la marque construit également la compacte Ghost, la sportive Wraith 2+2, ainsi que la Phantom et la Phantom Drophead Coupé, toutes deux full size.

Pour certains, Rolls-Royce est un anachronisme; pour d'autres, c'est le nec plus ultra. Lorsque Torsten Müller-Ötvös a pris la tête de l'entreprise, il y a sept ans, mille unités seulement étaient produites chaque année. L'année dernière, ce nombre avait presque quadruplé. "Pour réussir avec ce produit, vous devez être à l'écoute de vos clients", affirme le CEO. "C'est pourquoi je les invite de temps en temps, pour connaitre leur univers, ce qu'ils font et comment ils voient le monde. 80% d'entre eux sont des entrepreneurs qui dirigent leur propre entreprise, les autres sont ce que l'on appelle des célébrités. Le plus remarquable, c'est que ces dernières années, notre clientèle a rajeuni: en 2009, quand je suis arrivé ici en tant que CEO, l'âge moyen d'un propriétaire de Rolls-Royce était de 55 ans. Aujourd'hui, il est passé à 45 ans. Un monde de différence."

"Ces clients ont un point commun: l'exigence. Il ne faut pas leur opposer un "non": ils ne veulent rien savoir. Bien sûr, ils sont gâtés et ont une bonne raison de l'être: ils sont prêts à payer le prix aussi élevé soit-il. Ils attendent le meilleur, tout simplement. Lorsqu'ils commandent une Rolls-Royce et la font adapter à leurs souhaits, ils deviennent les membres d'une famille: ils vivent une 'customer experience' que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Et je ne parle pas seulement de l'expérience de conduire une Rolls-Royce, mais du fait qu'ils vont faire partie d'un business club intime, un groupe de personnes que nous invitons à des événements spéciaux."

©Desmond Louw

Magic carpet ride
L'an dernier, on apprenait que Rolls-Royce allait sortir un nouveau modèle, dont le nom était porteur d'une connotation claire: Dawn soit "aube". Même Mao Zedong n'aurait pu imaginer meilleure métaphore pour une renaissance. La Dawn a l'ambition d'être la première quatre places décapotable de luxe sans compromis. Un défi dans un segment où les passagers arrière ont toujours été traités en parents pauvres et pour lequel on a inventé l'euphémisme '2+2' pour qualifier ce manque d'espace. La réaction ne s'est pas faite attendre: "Il n'est pas difficile de concevoir quatre vraies places quand on dispose d'une longueur de 5,28 mètres et que l'on peut facturer le prix d'un petit appartement", ont immédiatement persiflé les critiques.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de mots pour décrire un voyage de 300 kilomètres à travers les plus beaux paysages du Cap au volant de la Dawn. Bien sûr, il y a le 'carpet ride' délicieusement confortable et les accélérations fortes mais équilibrées. Remarquable, du moins pour un salon roulant qui pèse 2,5 tonnes à vide, mais passe de 0 à 100 km/h en moins de 5 secondes - comme si de rien n'était et sans que les passagers n'en éprouvent le moindre désagrément. Cette Dawn atteint facilement une vitesse de pointe de 250 km/h et pourrait aller encore plus vite, mais la vitesse maximum a été volontairement limitée. Même quand nous approchons des 200 km/h, il ne se passe apparemment rien: pas de cliquetis, pas de comportement nerveux, pas de bruit de vent excessif. Un seul qualificatif pour le comportement de la Dawn: sans effort.

Notre Dawn flotte à travers le monde comme s'il était un nuage, mais réagit pourtant rapidement aux ordres de son maître. Promptement et avec précision. Et celui qui ne la pousse pas constamment obtient tant bien que mal la consommation moyenne attendue de 14,2 litres/100 km.

La plupart des qualités de la Dawn sont cachées, comme la ‘satellite aided transmission’, qui, grâce au GPS, anticipe la route. ©James Lipman

Bateau Riva
Une Dawn reflète un mode de vie, ce qui se manifeste surtout dans son habitacle. Dans ce cas, le cuir de couleur 'mandarine' nous rappelle la couleur corporate de la maison française de maroquinerie de luxe Hermès. Ici, le cuir vient des peaux de taureaux bavarois qui paissent dans les régions montagneuses d'Europe sans mouches ni fils de fer barbelés pour que les peaux soient absolument parfaites, sans aucune cicatrice. Le traitement des peaux est tout aussi spécifique: elles sont d'abord refroidies à -10°C dans une chambre spéciale, puis réchauffées rapidement à 100°C, puis à nouveau refroidies. Ce processus est répété sans interruption pendant dix jours. Ce n'est que quand elles ont passé avec succès ce test rigoureux que les spécialistes savent qu'elles ont atteint la norme Rolls-Royce.

Non seulement la qualité est exceptionnelle, mais le cuir peut être personnalisé par des coutures supplémentaires, simples ou doubles, et une couleur particulière. En effet, tous les produits Rolls-Royce sont sur mesure, exécutés selon les souhaits du client.

Les concurrents de Rolls-Royce ne se trouvent pas dans le secteur automobile. Non, nos clients consacrent leur argent à un chalet dans les Alpes suisses, des bijoux et des oeuvres d'art.

Et puis il y a le couvre-capote en bois, qui non seulement témoigne de la merveilleuse expertise technique des menuisiers, mais crée aussi une atmosphère particulière. Un sentiment que l'on retrouve également à bord des bateaux Riva. Fabriqué en panneaux de bois à pores ouverts Canadel, il épouse la forme en fer à cheval de l'arrière de l'habitacle et se prolonge dans la 'cascade' entre les sièges arrière, autour de l'habillage de la cabine et dans les panneaux des portes. Les sièges à l'arrière offrent autant de soutien et de confort qu'à l'avant, sont équipés de leur propre climatisation ainsi que d'un accoudoir pouvant être personnalisé selon les désirs du client. Avec un petit bar, par exemple.

Cependant, la plupart des qualités restent cachées, tout simplement. Comme le système de 'satellite aided transmission' mise au point par Rolls-Royce et qui anticipe la route via le GPS. Ce système analyse l'itinéraire choisi pour identifier les virages en épingle à cheveux et les pentes abruptes et il utilise ces informations pour sélectionner le rapport de vitesse le plus approprié sans que le conducteur doive intervenir. S'il lève le pied de l'accélérateur à l'entrée d'un virage, par exemple, le rapport de vitesse le moins élevé est maintenu pour offrir le maximum de puissance pour l'accélération à sa sortie.

Le son du silence
Le système audio sophistiqué relève de la même catégorie premium: non seulement il offre un son incomparable mais, via un microphone, il mesure l'environnement sonore et y adapte tant le volume que la tonalité. Mais le plus merveilleux est peut-être le silence total qui nous enveloppe lorsque nous rentrons le soir au domaine Delaire malgré la pluie: grâce à la capote constituée de six couches de tissu, on n'entend pas le tambourinement des gouttes. Cette expérience apaisante offre aux occupants une once du romantisme d'une époque révolue, voire un petit sentiment de supériorité tel que peuvent en donner les superlatifs. Tout cela est lié à ce qu'affirmait déjà Sir Henry Royce un siècle plus tôt: "Aspirez à la perfection dans tout ce que vous faites. Prenez le meilleur qui existe et faites-le encore mieux. Et s'il n'existe pas, développez-le."

Alex Innes est le ‘bespoke designer’ de Rolls-Royce. Il est responsable de cette approche à la carte. ©Desmond Louw

L'équipe qui a conçu la Dawn est constituée du designer en chef Giles Taylor et du bespoke designer Alex Innes. Ce dernier, un Écossais d'une petite trentaine d'années, est imprégné de l'esprit de la marque alors que son âge peut surprendre au sein d'une maison aussi classique. "La jeunesse assure audace et enthousiasme, que certains interprètent comme de la naïveté", explique Innes. "Le fait qu'ils m'aient accepté dans l'équipe de conception plaide en faveur de la marque. L'idée était de faire une interprétation contemporaine d'une Rolls-Royce décapotable avec une touche du glamour d'antan. Une qualité qui caractérisait également le modèle Dawn précédent, construit à seulement 28 exemplaires au début des années cinquante et qui était la célébration de la renaissance d'un mode de vie festif, dont l'envie se faisait sentir après la Seconde Guerre mondiale."

"Pour cette nouvelle version de la Dawn, nous avons imaginé une voiture complètement différente de celle que nous imaginions au départ, et le management a suivi. "We shaped their thinking along the way." Tel est notre rôle et je suis ravi que nous ayons eu tant de liberté. Avec sa ligne de toit basse, ce modèle est assez peu conventionnel pour la marque. Nous avons aussi légèrement réduit les proportions de la hauteur de la voiture, qui sont normalement égales au double de la hauteur des roues, ce qui fait penser à un 'hot rod'."

Alex Innes est responsable de l'approche sur mesure. Nul ne connaît mieux que lui ses clients. "Leur point commun, c'est le succès. Leur Rolls-Royce est un achat pour le célébrer: c'est cet état d'esprit que nous avons à l'esprit lors de la conception."

À la fin de la journée, quand je ramène la Dawn, je tente d'expliquer à Torsten Müller-Ötvös qu'au volant, je me sentais meilleur, plus détendu et que j'étais plus courtois envers les autres usagers de la route. Le CEO sourit, il comprend ce que je veux dire. "Le fait est qu'au volant d'une Rolls-Royce, on ne doit plus faire ses preuves. Le 'magic carpet ride' vous détend, il crée a 'very nice peace of mind'. On prétend souvent qu'une Rolls-Royce génère de l'agressivité chez les autres usagers de la route, alors que c'est exactement l'inverse: elle les enthousiasme."
LRolls-Royce Dawn, 335.170 euros, taxes incluses. www.rolls-roycemotorcars.com

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