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Le Design Museum à Londres présente 14 Ferrari rares

La Formule 1 qui a permis à Michael Schumacher de remporter le titre mondial en 2000. ©Luke Hayes

Le bon côté d'une voiture, c'est qu'elle emmène ses passagers d'un point A à un point B. Celui d'une Ferrari, c'est qu'elle attire la foule des grands jours au nouveau Design Museum de Londres. Mission accomplie pour Deyan Sudjic, directeur du musée, qui nous a fait visiter en exclusivité l'expo 'Ferrari: Under the Skin', présentée à l'occasion du 70ème anniversaire du constructeur iconique.

Pour lui, les voitures ne sont même pas un hobby et il est difficile de l'en blâmer! En effet, Deyan Sudjic et son épouse, Sarah Miller (ex-rédactrice en chef de Traveler, le magazine de voyages de Condé Nast), vivent à Camden, près de Regent's Park, dans le nord de Londres. Pour se rendre de chez eux au nouveau Design Museum, à Kensington (ouest de Londres), il existe des moyens de transport bien plus efficaces que la voiture. Il n'empêche que c'est sous sa houlette que le musée a mis sur pied une exposition consacrée à un célèbre constructeur de bolides. "Pourquoi rendre hommage à Ferrari?", demande celui qui est le directeur du Design Museum. "Regardez autour de vous: il n'y est pas seulement question de voitures, mais aussi de design, d'émotion, de perfection, de beauté et de rêves."

Comme ceux d'Enzo Ferrari. Cet entrepreneur italien a 21 ans quand il commence à courir pour Alfa Romeo, mais, très vite, il réalise que sa vocation est de fabriquer des voitures et non de les conduire. À la fin de l'année 1947, il présente pour la première fois une voiture sous son propre nom sur le circuit de Turin. Un premier départ qui en annonce d'autres! D'une réplique de la toute première Ferrari (à l'entrée) à la 275 GTB/4 de 1967, la plus belle Ferrari jamais fabriquée, en passant par la Formule 1 avec laquelle Michael Schumacher a remporté le titre mondial en 2000, ce ne sont pas moins de quatorze de ces icônes qui resplendissent dans les espaces d'exposition du Design Museum.

La course est une page importante de l'histoire de la marque automobile de Modène, en Italie. L'exposition présente aussi des trophées et des équipements de grands pilotes -Michael Schumacher, Alberto Ascari, Mike Hawthorn et Kimi Räikkönen. La ligne du temps, composée de casques de course (qui commence par un exemplaire de 1919, marquant les débuts de pilote d'Enzo Ferrari), attire tous les regards. Comparé aux casques ultra résistants d'aujourd'hui, ce que le pilote de Formule 1 portait à l'époque ressemblait plus à un bonnet de bain.

La Ferrari 275 GTB/4 de 1987, la plus belle Ferrari jamais construite. ©Luke Hayes

Aspirateur à testostérone
Que les femmes qui auraient l'idée de confier leur mari au Design Museum le temps d'un shopping dans les environs y réfléchissent à deux fois! Premièrement, parce que le Design Museum, qui a ouvert ses portes Kensington High Street il y a plus d'un an, n'est pas dans un quartier de boutiques les plus extraordinaires, mais surtout parce qu'avec cette exposition Ferrari, le musée n'a pas joué la carte macho, excluant la moitié du ciel, au contraire. "Nous avons choisi de faire concevoir l'exposition par une équipe 100% féminine", précise Sudjic. "La scénographie a été dirigée par la designer Patrizia Urquiola, qui a réussi à faire en sorte que l'exposition ne ressemble pas à un salon de l'automobile. Ce qui n'est pas évident quand il s'agit de présenter 14 bolides les uns à côté des autres!"

Si vous voulez mon avis de femme, ce qui m'attire le plus, ce sont les noms et les visages connus qui apparaissent tout au long de l'exposition: Brigitte Bardot, Miles Davis, Clint Eastwood, Mick Jagger et même le chef Gordon Ramsay, propriétaire de la LaFerrari Aperta, la Ferrari la plus récente présentée dans cette exposition. Cette voiture, qui combine V12 et moteur électrique, peut grimper à près de 350 km/h. Hot stuff.

Serait-il typiquement féminin de se demander quelle est l'utilité d'une voiture au prix exorbitant et roulant à 350 kilomètres à l'heure en ces temps d'embouteillages? "Il ne faut pas considérer ces vitesses d'un point de vue fonctionnel. Pas avec ce genre de Ferrari", répond le directeur du musée. "Je suis convaincu que nous nous dirigeons progressivement vers deux types de voitures distincts. D'une part, les voitures pour arriver à bon port et, d'autre part, les Ferrari, qui sont des oeuvres d'art."

Si l'on s'appuie sur les prix atteints lors de ventes aux enchères par ces voitures, il est certain qu'elles soutiennent facilement la comparaison avec une oeuvre d'art. Pas moins de sept Ferrari trônent sur la liste des dix voitures les plus chères jamais vendues aux enchères: en 2014, la 250 GTO Berlinetta de 1962 a atteint la coquette somme de 38 millions de dollars. Ce qui n'est pas un mauvais investissement quand on sait que le prix d'une Ferrari 488 GTB neuve oscille autour des 280.000 euros et celui d'une Ferrari 812 Superfast, approche les 385.000 euros!

Le propriétaire de la Ferrari la plus récente du musée (LaFerrari Aperta) n'est autre que le chef Gordon Ramsay. Elle combine un V12 et un moteur électrique, pour grimper jusqu'à 350 km/h. ©Luke Hayes

Sculptures en argile
S'agit-il de la première exposition consacrée à Ferrari? Absolument pas: si vous avez l'occasion de vous rendre à Modène, vous pourrez visiter le musée Ferrari. Mais, pour cette exposition à Londres, les conservateurs Andrew Nahum et Gemma Curtin sont allés frapper chez presque tous les collectionneurs britanniques de Ferrari et ont obtenu des dessins et des documents d'archives qui n'avaient encore jamais été présentés au public.

Les Ferrari préférées de Deyan Sudjic sont en bois ou même en argile parce qu'elles racontent l'histoire du design qui se profile derrière ces bolides. "Autrefois, la carrosserie était pliée sur le moule en bois, comme une sculpture", explique Sudjic. "Les proportions et les courbes sont tellement parfaites qu'on dirait que ce moule a été réalisé par Léonard de Vinci." La version en argile a été utilisée pour le développement du modèle J50, qui a été proposé à 10 exemplaires au Japon, où le 50ème anniversaire de la présence de Ferrari sur l'archipel a été célébrée en 2016.

"Même à l'époque de la perfection numérique et de l'impression 3D, Ferrari travaille encore à la main sur un modèle en argile", explique Sudjic. "L'entreprise dispose en interne des technologies les plus avancées, mais ne veut pas perdre ce dialogue avec l'aspect physique d'une voiture, son feeling."

Le nouveau Design Museum à Londres a été pensé par l'architecte britannique John Pawson et le bureau hollandais OMA de Rem Koolhaas. ©Hufton+Crow

Double mission
En 2008, lorsqu'après une carrière d'architecte, d'écrivain et de journaliste pour le magazine Domus, Deyan Sudjic est nommé directeur du Design Museum, il a une double mission: d'une part, trouver un nouvel emplacement pour le musée, qui était alors situé au coeur de Londres, sur les rives de la Tamise, et, d'autre part, faire en sorte que le Design Museum accueille davantage de visiteurs.

"Au début, nous voulions nous installer près de la Tate Modern, mais cela s'est avéré trop coûteux", explique-t-il. "Quand on nous a proposé l'ancien Commonwealth Institute, nous avons tout de suite évalué son potentiel. L'administration municipale était très désireuse d'avoir le musée dans l'ouest de la ville pour rééquilibrer son centre névralgique, car Londres a actuellement tendance à se déplacer vers l'est."

Quelque peu délabré, le Design Museum d'origine, situé le long de la Tamise, a été vendu peu après au cabinet d'architectes de Zaha Hadid. "Je ne sais absolument pas ce qu'ils vont en faire", commente le directeur.

Passionné d'architecture, le directeur a adoré les collaborations avec l'architecte britannique John Pawson et le célèbre cabinet néerlandais OMA de Rem Koolhaas. "Dans le hall d'entrée, nous avons un des plus grands porte-à-faux de toit en béton au monde. Le bâtiment en lui-même mérite une visite. Beaucoup de gens viennent ici pour boire un verre ou farfouiller dans la boutique du musée. Nous avons également une exposition permanente que l'on peut visiter gratuitement. Elle est très intéressante, et porte sur la valeur et la pertinence du design. Par exemple, mon père m'a donné sa machine à écrire. Aussi bien sur le plan émotionnel que formel, je trouve qu'il s'agit d'une pièce fantastique, qui occupait une place importante dans notre maison. Aujourd'hui, on n'imaginerait pas de donner son laptop à son fils!"

Afin que les vrais amateurs de design, mais aussi ceux qui sont plus éloignées du concept, y trouvent leur compte, Sudjic désire élargir au maximum le concept de design. Sir Terence Conran, icône du design britannique, restaurateur, entrepreneur et sponsor du Design Museum, est convaincu que le nouveau directeur réussira sa mission. Car selon lui, "tout le monde rêve de posséder une Ferrari ou, du moins, de pouvoir en conduire une". Une évidence...

L'exposition 'Ferrari: Under the Skin', jusqu'au 15 avril au Design Museum de Londres, https://designmuseum.org Jusqu'à 10 trains Eurostar circulent chaque jour entre Bruxelles et Londres. Le trajet dure à peine deux heures (1h20 entre Lille et Londres). www.eurostar.com

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