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"Nous avons échangé une Lancia Aurelia B24 contre une Ferrari 328: une affaire de folie!"

Un entrepôt transformé en garage de rêve. ©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: complexité italienne et simplicité américaine chez Jean de Barsy.

Jean de Barsy (53 ans) fait ronronner le moteur V4 de sa Lancia Appia (1963). "Il a été conçu dans un souci d’esthétique, comme tout le reste de la voiture!", s’extasie-t-il.

La Lancia Appia troisième série (1963) a l’air d’une voiture toute simple, mais c’est une illusion. ©Thomas Vanhaute

"À première vue, on dirait une petite voiture de rien du tout, mais je pourrais la regarder pendant des heures: la façon dont la marque est imprimée dans le collecteur, la finesse des évidements de la carrosserie, la fixation des caoutchoucs et les vis... Et les moulures, la calandre et le pare-chocs sont en acier inoxydable poli. Même le cendrier est magnifique. C’est sans doute ce perfectionnisme qui a causé la faillite de Lancia."

Cette voiture a une âme. Ou plutôt deux: la sienne et celle de sa grand-mère: la plaque B.3368 était la sienne. "Ma BMW de tous les jours porte la B.9041 - aussi une plaque de famille. Hélas, quand j’ai vendu ma voiture précédente, j’ai été obligé de rendre sa plaque. Pour pouvoir la garder, j’ai dû acheter une plaque personnalisée. J’avoue, je suis attaché aux plaques car elles me replongent dans l’époque de mes grands-parents."

La Lancia Fulvia Rallye 1.3S (1969): une voiture qu’il faut conduire au feeling. ©Thomas Vanhaute

"La Fulvia Rallye 1.3S (1969) a été la dernière version Lancia avant que le constructeur soit repris par Fiat, ce qui a tout changé. Celle-ci a des portes en aluminium et un tableau de bord en bois." Il nous montre une photo de lui, à l’âge de sept ans, à côté de la voiture. "Mon père l’avait achetée neuve, il y a tout juste cinquante ans. Au bout de quelques années, elle avait rouillé, mais mon père y était attaché.

Vers 1975, elle avait déjà été restaurée. Le moteur vient d’être révisé. Pour moi, ce n’est pas une vieille voiture; c’est une voiture de ma jeunesse. Je la conduis régulièrement. À l’époque, 100 ch, c’était beaucoup, mais si on reste sous les 4.500 tr/min, il ne se passe rien. Il faut laisser le moteur chauffer tranquillement et l’écouter attentivement. Les vibrations sont l’indicateur que tout est ok. C’est le genre de voiture qu’il faut “sentir”. Je pourrais la démonter et la remonter les yeux fermés."

Jean de Barsy
manager chez Antverpia Packing

Voiture de tous les jours: BMW 320d Touring (2011). 

La première: Lancia Gamma Berlina "Il fallait la garer avec les roues bien droites pour que le moteur n’explose pas au démarrage." 

La meilleure: BMW 520i (1996). 

Le rêve: Lancia Aurelia B20 (6e série).

"Lancia est dans la famille depuis mon grand-père: nous avons eu presque tous les modèles. Aujourd’hui, cette marque vaut de l’or. Nous avons échangé une Lancia Aurelia B24 contre une Ferrari 328, une affaire de folie! Aujourd’hui, il faut compter un million d’euros pour ce modèle."

Il ne conduit pas sa REO Royale 8-35 Sedan (1932). "Je me mets au volant, je ferme les yeux et je suis sur les routes de France. On lance le moteur et les cinq sens sont titillés. À la fin des années 30, mon arrière-grand-père en avait acheté une que mes grands-parents ont prise pour leur voyage de noces.

Pendant la guerre, le moteur a été rangé au grenier et la carrosserie a été planquée ailleurs. Elle a été remontée à la libération. En 1955, elle est partie à la casse. C’est dans cette voiture que mon père a appris à conduire. Cet exemplaire, il l’a trouvé aux États-Unis: c’était une épave qu’il a restaurée."

REO Royale 8-35 sedan (1932) ©Thomas Vanhaute

REO a été fondée par Ransom Eli Olds, après ses années Oldsmobile. "Les Italiens étaient brillants pour compliquer les choses simples, au contraire des Américains qui, eux, excellaient dans la simplification. Un moteur américain restait au stade du développement pendant des dizaines d’années, alors que les ingénieurs italiens faisaient tout autre chose d’une semaine à l’autre."

L’habitacle de la REO Royale 8-35 Sedan (1932). ©Thomas Vanhaute

"Ma Willys CJ-2A (1947) est aussi un bel exemple de simplification. Le cahier des charges précisait que la version militaire devait tenir trois mois: résultat, elle est indestructible. Après la guerre, il y en avait partout en Europe. Les agriculteurs les utilisaient sur leurs terres. Ensuite, il y a eu des versions civiles, comme celle-ci. La mienne a été assemblée à Bruxelles et elle a servi de dépanneuse chez Mannès, l’importateur de Lancia et d’Aston Martin, entre autres."

Il a acheté sa maison pour l’entrepôt, qu’il a magnifiquement aménagé. Au mur, un joint de culasse encadré. Des centaines de miniatures dans des vitrines. "Mon père a monté cette Ford GT40 pour la Saint-Nicolas, quand j’avais cinq ans. C’est comme ça que j’ai été mordu par le virus des voitures. À l’époque, il s’était acheté une Lamborghini Miura, qu’il a conduite pendant six mois avant de la revendre aux États-Unis."

"Je m’en souviens comme si c’était hier: nous étions allés chercher cette voiture à Sant’Agata Bolognese, en Italie. En sortant de l’usine, nous avons roulé dans une ornière. La suspension et le pare-brise étaient foutus et il a fallu les faire réparer. L’intérieur de cette Lamborghini était à peu près le même que celui d’une Fiat 850 mais, à l’époque, les finitions d’une Lancia étaient beaucoup plus belles."

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