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"Nous sommes les seuls au monde à avoir fait Pékin-Paris en trois-roues"

©Thomas Vanhaute

Visite au fil des garages belges. Cette semaine: Anton Gonnissen et Inge défient le destin d’un volant.

Avec cette Bentley, Anton Gonnissen (59 ans) et son épouse, Inge, ont parcouru 62.210 kilomètres en cinq ans. "Nous avons fait Pékin-Paris. En 2016, Inge a participé au Rallye des Incas, de Buenos Aires à Lima; en 2017, nous avons fait Copenhague-Tallinn-Berlin; l’année dernière, le Rallye d’Australie de Melbourne à Sydney en passant par Alice Springs et, cette année, c’était la Carrera Iberica, en Espagne centrale et au Portugal."

Gonnissen et Gelan: les premiers à relier Pékin à Paris en trois-roues. ©rv

La Bentley a un moteur de 1928, retrouvé dans un hangar de l’armée norvégienne en 1990. "Au Pays de Galles, chez Racing Green, elle a été montée en 2012 sur un châssis MkV de 1948 et équipée d’une nouvelle carrosserie en bois recouverte de cuir. Les inconditionnels purs et durs critiquent ces ‘specials’."

"Pourtant, même si elle a été adaptée à son usage, la voiture a été construite exactement selon la configuration d’origine. Elle est utilisée pour des rallyes d’endurance, pas pour des concours d’élégance. C’est pour cela qu’elle a été dotée d’un allumage électronique."

La Mustang se comporte comme une vieille rosse: elle est très difficile à conduire. Rien à voir avec la sensation qu’on éprouve avec une nouvelle Golf GTI.

"Dans notre famille, la Bentley occupe une place importante, mais les voitures et motos anciennes sont tout de même un peu farfelues", déclare Gonnissen. "S’il y a quelque chose de superflu, c’est bien ça! Je suis juste un fan, pas un collectionneur. Collectionner, c’est rechercher et réunir systématiquement pour former un ensemble. Pour moi, les voitures sont des objets usuels."

Anton Jr. a roulé quatre ans en Ford Mustang (1966). ©Thomas Vanhaute

"À neuf ans, mon fils m’a accompagné faire de l’enduro dans le désert de Namibie. J’ai acheté la Ford Mustang (1966) et la F150 (1982) quand il avait 18 ans. La Mustang se comporte comme une vieille rosse: elle est très difficile à conduire. Rien à voir avec la sensation qu’on éprouve avec une nouvelle Golf GTI."

La Peugeot 403 B-8 (1966) se trouvait dans les broussailles de ma propriété en Provence. Elle roulait encore, mais elle était pourrie et, comme le jardinier y tenait, je l’ai faite restaurer. Pour moi, l’Aston Martin DB9 (2009) est la plus belle voiture du monde. Le nombre d’or, proportion si cruciale en architecture, y revient partout. Je me retourne encore à chaque fois sur cette voiture. Elle ne partira jamais."

Le tandem Whizzer (1949). ©Thomas Vanhaute

Nous découvrons une Whizzer (1949), une Motobécane B3 (1930) et une Honda CB 350 Four (1974). "J’ai acheté le Whizzer pour mes 18 ans, une pulsion irrépressible. Regardez, je l’ai dans la version originale et en Café Racer!" Sa dernière pièce maîtresse est le trois-roues avec lequel il a une fois de plus défié le destin l’été dernier.

Anton Gonnissen 
Architecte et gérant d’ABS Bouwteam.

Voiture de tous les jours: BMW i8 Roadster (2019). 

La première: Fiat 133 (1973). 

La meilleure: Mercedes-Benz V 250d (2019) et BMW GS 1250. 

La pire: Kawasaki Ninja ZX9R.

Le rêve: faire le tour du monde en Bentley.

"À ma connaissance, il n’existe que cinq autres Mototri Contal, mais les collectionneurs cachent parfois des choses", sourit l’architecte. "Avec cette voiturette, le Français Auguste Pons et son navigateur Foucault ont pris le départ de la toute première édition du Pékin-Paris en 1907. Après quelques centaines de kilomètres, ils ont échoué dans le désert de Gobi, où ils ont failli mourir. Herman Gelan et moi avons achevé leur périple."

"J’ai trouvé un exemplaire de 1906 et j’ai fait construire une réplique pour le rallye. En 36 jours, nous avons parcouru 14.850 kilomètres à travers neuf pays. Aujourd’hui, nous sommes les seuls au monde à avoir fait Pékin-Paris en trois-roues. Ils sont plus nombreux à avoir marché sur la lune! J’avais déjà participé trois fois au Dakar et c’était bien plus dur. Nous avons pleuré sous la pluie et sous la neige. Le Contal n’a pas de suspension arrière, le maniement du guidon n’est pas naturel et l’accélérateur est récalcitrant. J’ai eu trois doigts insensibilisés pendant des semaines. Et tous les matins, je me réveille encore avec des crampes."

Mais pourquoi cette aventure? "I’m always in search of a good story", répond-il. "L’histoire était trop belle. En plus, j’aurai bientôt 60 ans. En soi, c’est un cap agréable à franchir, mais qui soulève aussi des questions concernant le temps qui reste, et dans quelles conditions. C’était la ‘grande finale’. Pourquoi un chien se mord-il la queue? Parce qu’il peut le faire!"

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