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Nouveau: institut de beauté pour voitures

Michaël Dufour consacre cinq à sept heures au traitement de base et demande minimum 300 euros, hors TVA. L’entretien qu’il recommande deux fois par an prend deux à trois heures et coûte 99 euros, plus la TVA. ©Thomas Vanhaute

Ne dites jamais 'carwash' à un 'detailing atelier' où l'on frotte les carrosseries à la main avec des shampooings et de l'argile et où on les enduit avec des dressings, des crèmes de jour et des cires hors de prix pour les protéger de la pluie et des autres cauchemars des amoureux des belles carrosseries. C'est la vocation de Michaël Dufour de Dforce. "Sky is the limit! Une voiture ne brille jamais assez!"

Sa propre Audi S4 noire est sale et pleine de vilaines marques. "Pas le temps!" Dans son atelier noir et blanc, une lumière vive tombe sur la Ferrari California que Michaël Dufour (27 ans) manoeuvre en position de lavage, pour le plus grand plaisir de nos oreilles. "Beau démarrage à froid, hein!" s'exclame-t-il en sortant de la voiture. "Il m'arrive d'aller chercher une voiture et de la ramener à mon client. Alors, c'est la fête!" Il pulvérise une 'snow foam' sur le bolide et la laisse agir dix minutes avant de s'emparer d'un shampooing et d'un gant en mérinos. "Le plus doux", assure-t-il. "Encore mieux qu'un gant en microfibre. Et pratiquement inusable: celui-ci a un an. Mais il faut bien l'entretenir: toujours bien le rincer et le peigner."

Dufour traite les carrosseries comme s'il s'agissait de peaux délicates. Pour le moment, il les rince encore à l'eau du robinet, " Mais bientôt, je vais construire une installation d'eau osmosée, la plus pure", déclare-t-il. Il vaporise un liquide nauséabond sur une portière qui se teinte immédiatement en violet. "Ça indique les dépôts de fer", explique-t-il. "Les particules de fer en suspension dans l'air provoquent rouille et décoloration." Son chiffon sec est en microfibre. "Pas de peaux de chamois ici! Ce chiffon-ci est beaucoup plus doux. Et il piège les grains résiduels." C'est prêt? Pas encore. "Maintenant que la voiture est lavée, je peux commencer à la briquer."

©Thomas Vanhaute

"Écoutez", ordonne-t-il en caressant le capot. "Vous entendez cette résistance? Ce sont des contaminants!" Il vaporise du lubrifiant (mais oui!) sur un panneau latéral, après quoi il frotte lentement un morceau d'argile sur des petites superficies de la carrosserie. "Avec ça, on supprime la saleté qui reste dans la peinture, comme avec une gomme. Vous pouvez essayer. Mais la gomme doit rester propre!" Sur l'arrière de la California trône un sticker en souvenir des Mille Virages à Saint-Tropez. Il soupire. Il est allergique aux autocollants. "Je demande toujours si je peux les enlever. Sinon, je dois les masquer."

Avant de s'attaquer à la phase de protection, il nettoie encore une fois la peinture avec un paint cleaner. "Une couche de peinture, c'est comme une montagne", professe-t-il. "Avec ça, on nettoie dans les vallées et on prépare la peinture pour que les produits - glaze, wax ou sealant - adhèrent mieux. Le glaze nourrit la peinture: ce sont des huiles qui pénètrent dans la peinture et la rendent plus résistante aux intempéries. C'est comme une crème de jour. La wax est un produit naturel, la cire brésilienne à base de feuilles de palmier de Carnauba étant la meilleure. C'est l'idéal pour renforcer la brillance et le reflet, ainsi que pour donner un look mouillé, mais sa fonction protection disparaît au bout de deux ou trois mois. J'utilise souvent un sealant, autrement dit un scellant synthétique qui repousse l'eau et la saleté pendant près de six mois." La finition est faite au detailer en spray.

Ensuite, il doit encore, en résumé: débarrasser les vitres des contaminants, les nettoyer sans laisser de traces et y apposer une protection hydrofuge; protéger les jantes avec un sealant résistant à la chaleur; faire briller et protéger la pièce d'échappement; nettoyer et nourrir les pièces en plastique et les pneus; prévenir le dessèchement des joints de caoutchouc des portières et fenêtres avec un dressing. Et ça, ce n'est que le soin de base. Dufour y consacre cinq à sept heures et demande un minimum de 300 euros, hors TVA. L'entretien qu'il recommande deux fois par an prend deux à trois heures et coûte 99 euros, hors TVA.

©Thomas Vanhaute

Ferrari Testarossa
Avant la phase de protection, il utilise, si nécessaire, la polisseuse et la pâte de polissage. "Il y a différents degrés de polish. Une correction de la brillance en une étape est recommandée après deux ou trois ans, pour rafraîchir la carrosserie et éliminer les rayures dues au lavage. Pour les rayures profondes ou la peinture très terne, une correction en deux, trois voire quinze étapes (selon le budget) est nécessaire. Il est pratiquement impossible de donner un prix à l'avance: je ne sais jamais combien de temps il me faudra exactement. Mais vous pouvez certainement tabler sur 1.500 euros. Pour un état de concours, je travaille parfois cinq heures sur un seul panneau. Certaines semaines, je traite dix voitures et, d'autres, une seule. Ça dépend aussi de la voiture: les portières d'une Ferrari Testarossa doivent être polies à la main - avec une polisseuse, ça ne marche pas."

Revenons à la California. Avec un pinceau et le nettoyant pour cuir, il fait briller la sellerie marron. "Nettoyer et nourrir l'habitacle prend deux ou trois heures. Un nettoyage en profondeur peut prendre jusqu'à sept heures." Il sort des feuilles du capot. "Cette voiture dort peut-être à l'extérieur." Il s'attaque au compartiment moteur avec du dégraissant et... une petite brosse. "Je n'utilise jamais la vapeur pour un moteur fragile, avec beaucoup d'électronique. Parfois, je brosse pendant une heure et demie."

Un gant en mérinos, c'est le top pour nettoyer. Et il est pratiquement inusable, à condition de bien l'entretenir:  il faut bien le rincer et le peigner.
Michaël Dufour

Jusqu'où ira-t-il? "Sky is the limit", répond-il "Une voiture ne brillera jamais assez. Parfois, j'oublie le temps (et ce que je gagne), et je continue. Je me dis: ça ne suffit pas. Mon épouse me prend pour un fou. La perfection de la brillance et du reflet, c'est un idéal. Et quand on éclaire et qu'on agrandit, on voit toujours un défaut. Ben, oui, j'emploie une loupe!"

Dans son garage, il y a aussi une voiture de sport d'un calibre plus abordable: une Mazda MX5. "Flambant neuve, mais avec des défauts", explique Dufour. Il la balaie avec les lampes mobiles qu'il a fabriquées lui-même. "Regardez ces petites rayures, je vais les éliminer. Avec les voitures modernes, je trouve aussi beaucoup d'orange peal -oui, de la peau d'orange: la peinture se met à cloquer. Mais on peut la traiter! Aujourd'hui, à cause des peintures en phase aqueuse et des économies dans l'épaisseur des couches, il y a de grandes différences dans la qualité."

Il prend un petit appareil de mesure: la couche de peinture sur la Ferrari fait en moyenne deux cents microns d'épaisseur; celle de la Mazda, soixante. "Il y a donc moins de marge pour le polissage."

Le nettoyage des voitures, c’est de la haute technologie. Le film anti-gravillons Xpel Ultimate est pratiquement invisible et s’autorégénère: les rayures se referment sous l’action de la chaleur. Vous avez dix ans de garantie." ©Thomas Vanhaute

Produits de beauté
"Ce client souhaite également un revêtement protecteur. Cquartz Finest de Carpro, c'est le top: une suspension de nanoparticules hautement condensées que vous appliquez avec un chiffon et qui durcit pour former une sorte de film vitré qui résiste pendant deux ans à l'eau, aux rayures et aux acides. Votre voiture reste longtemps propre et facile à nettoyer."

Le nettoyage des voitures, c'est de la haute technologie. Pour ceux qui veulent aller encore plus loin, il y a le film anti-gravillons Xpel Ultimate -qui aurait été bien utile pour la Ferrari. "La plupart se limitent au nez et aux rétroviseurs, mais à partir de 5.000 euros, vous pouvez traiter toute la voiture. Le film est appliqué avec un gel, il est pratiquement invisible et s'autorégénère: les rayures se referment sous l'influence de la chaleur. Et vous avez dix ans de garantie."

©Thomas Vanhaute

Tout ce que Dufour utilise est en vente dans son magasin et sur sa boutique en ligne. Je passe devant des flacons aux noms aussi exotiques que 'Vintage Butter Wet Wax' et 'Leather Serum'. Il utilise principalement des produits de Chemical Guys (plus de 200 références, dont 10 shampooings) et Carpro. Il a également fait composer ses propres shampooings et cires, sous la marque Carchimp. "Certaines personnes y consacrent beaucoup d'argent", confie-t-il. "Pendant des mois, deux frères sont venus chaque semaine acheter pour 50 à 80 euros de produits. Maintenant qu'ils ont tout, ils ne viennent plus qu'une fois par mois, pour renouveler leur stock."

Il donne également des ateliers. "Tout ce que je sais, je peux l'enseigner. Ça commence par le simple lavage. Vous utilisez toujours plusieurs seaux: un d'eau propre pour rincer votre gant, un avec le shampooing et éventuellement un troisième pour les jantes." Ici, pas de lavage classique avec éponge et peau de chamois! "C'est la meilleure façon d'étaler la saleté et de faire des rayures. par contre, un chiffon en microfibre ou un gant en mérinos l'élimine. Et, bien sûr, vous nettoyez de haut en bas, pièce par pièce."

Mains abîmées
"Mon père et mon frère aiment aussi les voitures, mais pas au point de nettoyer celles des autres avec plaisir! J'ai commencé il y a huit ans, dans mon garage, comme un hobby. Sur des forums américains j'avais vu ce qui est possible en termes de brillance, de reflet et de protection. J'ai commandé quelques produits et je m'y suis mis. Au bout de deux ans, c'est devenu un travail complémentaire, et j'ai commencé à temps plein en 2013. Je me suis établi ici en septembre 2014."

Michaël Dufour traite les carrosseries comme s’il s’agissait de peaux délicates. "Parfois, je me demande comment on peut salir autant une voiture!" ©Thomas Vanhaute

"Mon épouse m'aide pour la comptabilité mais, pour l'instant, je travaille seul. J'adore faire ça, mais à terme, j'aimerais engager quelqu'un et me limiter à un travail de soutien." Il me montre ses mains abîmées. "Ça non plus, ce n'est pas à sous-estimer."

Une question me brûle les lèvres: ne polit-il jamais avec un peu trop d'enthousiasme? "Une fois, j'ai poli un peu trop fort et je suis passé à travers la couche de vernis. Ça peut arriver. Mais je n'ai plus peur de m'attaquer à une voiture. J'ai un capot pour tester les nouveaux produits, c'est ainsi qu'on apprend à les connaître." Et quel est le worst case scenario? "Quand la peinture a disparu, je ne peux rien faire, bien sûr, mais je travaille avec un carrossier. Certains viennent seulement pour l'habitacle. Il y a des gens qui vivent dans leur voiture. Parfois, je me demande comment on peut salir autant sa voiture!"

"Je reçois aussi des collectionneurs. Certains viennent chaque année pour préparer leurs voitures pour l'hiver. Ou après un événement. Mais il y en a aussi qui passent avec différentes voitures dans différentes entreprises et demandent des traitements gratuits. En retour, ils nous laissent utiliser leurs belles pièces pour des démos. La plus belle voiture sur laquelle j'ai travaillé est la Ferrari 166 de 1950 d'un célèbre homme d'affaires. À mon avis, elle vaut plus d'un million d'euros!"

"C'était pour un salon d'ancêtres, je lui ai donné le traitement de base, une correction de la peinture et un revêtement. Et une Jaguar Type E, une Austin Healey, une Audi RS3 et RS4... Mon rêve? Une Aston Martin DB5, une Vanquish S. et la Ford Model A Hot Rod."
Dforce à Wevelgem. www.dforce.be

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