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Tendance: la statuette pour personnaliser son ancêtre

Flying Lady Merk: DeSoto

Dans les années 1920, des statuettes sont devenues un must sur la calandre des automobiles de luxe. Aujourd’hui, ces mini-sculptures de prestige sont très recherchées, et certaines ont même une grande valeur.

Si les figures féminines étaient très prisées, d’autres préféraient les chevaux, les moulins à vent ou les archers. Quand, juste avant la Première guerre mondiale, les premiers ornements sont apparus sur les bouchons de radiateur des voitures, il s’agissait souvent de sculptures personnalisées, qui pouvaient ou non être combinées avec un thermomètre pour surveiller l’éventuelle surchauffe du moteur.

Les constructeurs avaient leur propre emblème, parfois standard, parfois personnalisé. Certaines marques en avaient une seule pour toute leur production, d’autres une pour chaque modèle - comme Peugeot qui créait sans cesse de nouvelles variations sur son emblème, le lion. De nombreuses marques américaines en changeaient chaque année, faisant appel à des sculpteurs réputés. Des véritables petites œuvres d’art que s’arrachent désormais les collectionneurs.

Pierce-Arrow

Merk: Pierce-Arrow

La marque américaine Pierce-Arrow a construit des voitures de luxe et des camions de 1901 à 1938. Les voitures sont reconnaissables au petit archer qui trône au sommet de la calandre, statuette que nous avons repérée au musée automobile de la famille Bossaert à Lo-Reninge.

Le projet, intitulé "The Bowman", avait été réalisé par le sculpteur américain William N. Schnell et fut repris par le constructeur automobile. La plupart des exemplaires sont en métal nickelé ou chromé.

Rolls-Royce 

Merk: Rolls-Royce

L’un des ornements les plus célèbres est le "Spirit of Ecstasy", la figurine de Rolls-Royce depuis 1911, ici sur la Silver Shadow Drophead Coupé de 1969. Pour la conception originale, Charles Sykes s’était inspiré de l’actrice et modèle Eleanor Thornton, maîtresse de Lord John Walter Edward Scott-Montagu.

Ce politicien conservateur britannique était un grand promoteur de l’automobile. Lorsqu’il charge son ami Sykes de créer une statuette pour sa Rolls-Royce Silver Ghost, ce dernier conçoit une silhouette à la robe flottant dans les airs, un doigt posé sur les lèvres, une métaphore de sa liaison, baptisée "The Whisperer".

Face aux demandes de plus en plus nombreuses pour des statuettes personnalisées (pas toujours réalisées avec le même soin), Rolls-Royce mandate Sykes d’en concevoir une pour identifier la marque. L’artiste crée alors une variation de "The Whisperer", penchée vers l’avant, les bras tendus vers l’arrière, sa robe flottant comme des ailes d’ange. La muse originelle, Eleanor Thornton, décède en 1915, lors d’un voyage en Inde à bord du paquebot SS Persia, torpillé par les Allemands. Lord John Walter Edward Scott-Montagu lui survécut.

Minerva

Merk: Minerva

L’emblème de Minerva est la statuette la plus célèbre de notre compatriote, Pierre De Soete. Pour cette marque anversoise, concurrente de Rolls-Royce, le sculpteur de renommée mondiale crée, entre 1922 et 1934, dix variantes de la déesse de l’intelligence. Celle-ci trône sur une Minerva NN de 1919.

Le constructeur la déclinait également en cadeau publicitaire, si bien que toutes les statuettes de "Minerva" n’ont pas toujours orné une calandre. La majorité des emblèmes des constructeurs belges ont été créés par De Soete: l’enclume de Bovy, la couronne d’Imperia et le logo de FN.

Humber

Merk: Humber

Humber est aussi une marque disparue, dont André Mol, décédé en 2003, était l’un des plus grands collectionneurs au monde. Les voitures portaient différentes statuettes. La "Bécasse" se trouvait sur les modèles Snipe et Super Snipe, produits à partir des années 1930.

La statuette a été réalisée par la société Wilmot-Breeden, qui fournissait des thermomètres, des pare-chocs, des mécanismes de fenêtres ainsi qu’une foule d’autres pièces à de nombreuses marques automobiles anglaises. Cette bécassine illustre bien à quel point les ornements représentaient parfois un certain danger: en cas de collision, ils pouvaient transpercer le crâne des piétons. Le bec en caoutchouc de celle-ci visait à prévenir ce risque.

Ford

Merk: Ford

Comme Henry Ford cherchait quelque chose symbolisant un départ rapide pour la Ford Model A, son collaborateur artistique, Irving Bacon, lui aurait proposé un lièvre. Ford, lui, préfère sa propre idée: une caille prenant son envol. À l’époque, la statuette était vendue comme accessoire pour la somme de 3 dollars.

À la fin des années 1920, à la demande du journal Le Fordiste, notre compatriote Pierre De Soete crée également une version stylisée de cette célèbre "Flying Quail".

Delage 

Merk: Delage

Contrairement à Delahaye, Voisin ou Isotta Fraschini, la marque de luxe française Delage n’avait pas de statuette attitrée, en dehors d’une femme cheveux au vent. Cet exemplaire personnalisé en bronze nickelé appartient à un collectionneur de Delage.

Il lui a été offert par un collaborateur qui avait travaillé dans un garage Simca, mais il n’a jamais pu en retracer l’origine. Ce "Bouledogue" n’est lié à aucune marque. C’était un accessoire, réalisé par un artiste. "Artistique, mais pas très créatif", estime le collectionneur.

Zèbre

Merk: Le Zèbre

Cet ornement Art déco est bien connu des initiés. Il trône sur la calandre de la Zèbre Type C "Petite Quatre Cylindres" 6HP (1913), mais n’est pas lié à une marque. Le "Sioux" nickelé d’environ 10 centimètres de haut scrutant l’horizon est une création du sculpteur français Guillaume Laplagne et date probablement des années 1920.

À part ses sources d’inspiration exotiques et le fait qu’il ait été le premier directeur de l’École des Beaux-Arts du Caire en 1908, on sait peu de choses sur cet artiste.

Lalique

Merk: Rolls-Royce

Certains propriétaires de voitures ne se contentaient pas de la statuette Rolls-Royce standard. Le créateur de bijoux et artiste verrier français René Lalique, un des fondateurs de l’Art nouveau, a également dessiné de nombreuses statuettes de voiture, comme ce "Coq Nain". Lalique était un pionnier du verre pressé, satiné et poli et il influença l’artiste américaine d’origine suisse Lucienne Bloch, qui concevait également des statuettes. 

Aujourd’hui, les modèles de Lalique sont les plus recherchés. Lors des ventes aux enchères, les exemplaires originaux d’avant-guerre peuvent atteindre 20.000 euros: c’est sans doute pour cela qu’on les voit rarement sur les voitures, sauf lors de concours d’élégance, comme au Cartier Travel with Style Concours d’Élégance à Hyderabad, en Inde.

Ballot

Merk: Ballot

C’est chez un collectionneur belge que nous avons trouvé cette œuvre raffinée, créée en 1917 par le grand artiste et sculpteur français Émile Peynot. Elle est devenue l’emblème de l’illustre marque Ballot, constructeur de voitures de course et de luxe entre 1919 et 1932.

La statuette "La Renommée" a remporté une médaille d’argent lors d’un concours organisé par le magazine L’Auto, en 1922. Cette trompettiste nue existe en trois versions, mais toujours en bronze argenté. Elle vaut plusieurs milliers d’euros.

Excelsior

Merk: Excelsior

Nous avons trouvé cette tête de soldat signée Pierre De Soete sur une Excelsior Roi Albert Ier construite en 1927 à Zaventem, un modèle dont, selon le propriétaire, il ne resterait que deux exemplaires. Les Excelsior comptaient parmi les voitures les plus chères et faisaient partie de la flotte de la famille royale de Belgique.

Contrairement aux croyances populaires, il ne s'agit pas de la tête d’Albert Ier mais celle d’un simple soldat belge. D’ailleurs, elle ne lui ressemble pas: le Roi portait la moustache. Il s’agit néanmoins d’une magnifique pièce coulée en bronze de deux couleurs différentes. C’est un exemple de statuette d’accessoiriste: elle n’appartenait pas à une marque spécifique et était vendue comme accessoire pour être placée sur n’importe quelle voiture.

DeSoto

L’architecte et dessinateur bruxellois Patrick Van der Stricht, un des plus grands amateurs et connaisseurs de voitures que nous ayons jamais rencontré, est décédé l’année dernière. Son coupé DeSoto Airflow (1936) est un chef-d’œuvre d’aérodynamisme.

La calandre est ornée d’une déesse ailée, également connue sous le nom de "Flying Lady", attribuée au designer industriel Herbert V. Henderson qui, après avoir été architecte d’intérieur, dirigea le département Art & Color chez Chrysler, qui possédait la marque DeSoto, et où officiaient cinq designers.

Il existe différentes variantes stylisées de la "Flying Lady". On la trouve également sur des Plymouth, bien qu’elle soit généralement attribuée à Avard T. Fairbanks, sculpteur et professeur à l’université du Michigan.

Dodge

Merk: Dodge

Huit ans après le décès de John et Horace Dodge en 1920, la Dodge Brothers Company passe alors aux mains de la Chrysler Corporation. Avard T. Fairbanks est engagé pour concevoir une mascotte en une semaine. Après avoir proposé une panthère, un tigre, un cheval et un ours, il imagine un bélier, "master of the trail and not afraid of even the wildest of animals". Les ingénieurs adoraient ce symbole. Il lui fallut cependant un peu plus de persévérance pour convaincre Walter P. Chrysler himself. In fine, Fairbanks reçoit 1.400 dollars et une Dodge Eight, comme cet exemplaire de 1932.

On raconte que les frères Dodge ont incorporé dans leur logo une étoile de David (visible sous l’ornement), qui a disparu par la suite. Mais les Dodge n’étaient pas juifs et n’ont eux-mêmes jamais rien dit à ce sujet. Il ne s’agit peut-être même pas d’une étoile de David. Certains pensent que ce sont deux lettres grecques entrelacées (le delta, symbole du renouveau), une pour chaque frère. Ce qui est certain, par contre, c’est que l’étoile disparaît progressivement dans les années 1930, peut-être parce qu’elle n’était pas vraiment intéressante commercialement sur certains marchés.

Jaguar

Mascotte Jaguar 1968

Quand on s’appelle Jaguar, le choix est vite fait. À la demande du cofondateur, William Lyons, la première statuette de félin fut créée par le chef des relations publiques et sculpteur amateur, Bill Rankin. Cette création fut ensuite peaufinée par le Britannique Frederick Gordon Crosby, légendaire illustrateur et peintre qui travaillait pour le magazine The Autocar et couvrait également les grands concours internationaux de vitesse dans les années 1910, 1920 et 1930.

Le "Leaping Cat" apparut pour la première fois sur les voitures en 1938. Bien que ce gracieux emblème n’ait guère changé depuis lors, il a toujours l’air aussi neuf et rugissant. Le seul prototype en bronze connu est passé sous le marteau en 2011 pour 42.500 livres. Pour des raisons de sécurité, le félin qui bondit à l’avant du capot a été remplacé il y a des années par une tête de jaguar.

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