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Une fabrique belgo-italienne de voitures de rêve

La nouvelle Disco Volante Spyder: seulement 7 exemplaires seulement seront fabriqués. ©Touring Superleggera

Une fabrique de rêve pour voitures? Adressez-vous à l'entreprise italienne Carrozzeria Touring Superleggera. Oui, des Italiens. Cette entreprise de carrosserie, qui célèbre son nonantième anniversaire cette année, est aujourd'hui détenue par Roland D'Ieteren, patriarche du plus grand groupe automobile de Belgique. Et c'est également un Belge de 38 ans, Louis de Fabribeckers, qui s'est installé à la planche à dessin. "Les clients viennent à nous avec un rêve. À nous d'essayer de le réaliser."

La première commande de Louis de Fabribeckers chez le carrossier italien Carrozzeria Touring Superleggera était une référence à Spirou. Un hasard? "En 2007, le patron de la maison d'édition Marsu nous avait commandé une réplique grandeur nature de la Turbotraction 2 que l'on voit dans une bédé de Spirou. André Franquin avait dessiné cette voiture inspiré d'un prototype Ford de 1954, la FX Atmos. J'ai fait de mon mieux pour reproduire la voiture dans les moindres détails, jusqu'à la clochette sur le volant! Le propriétaire en était fou et il la conduit encore aujourd'hui."

Construire des carrosseries sur mesure et à la main en séries très limitées pour des clients très exigeants: tel est le modèle d'affaires de la Carrozzeria Touring Superleggera. "Un passionné de voitures vient chez nous avec son rêve et nous examinons si nous pouvons le réaliser", explique de Fabribeckers. "En même temps, nous convenons avec lui du nombre d'exemplaires maximum pouvant être fabriqués. Avec l'idée sous-jacente qu'une voiture produite en série très limitée vaudra plus qu'une 'one-off' sur le long terme."

Ferrari et Aston Martin
Le point de départ du rêve réside dans une 'voiture d'un donateur', peu affectée sur le plan technique et dépouillée de sa carrosserie. Celle-ci est remplacée par une carrosserie en aluminium Oldskool et matériaux de pointe, comme la fibre de carbone. Les subtils plis et replis dans la peau extérieure en aluminium sont formés après des heures et des heures de travail manuel, à coups de marteau sur des moules en plastique. Au total, il faut facilement compter 5.000 heures de travail pour ces petites merveilles. Et le client attendra son joujou (nouveau ou remanié) pendant six mois.

"Et pendant les six mois durant lesquels nous travaillons sur son véhicule, il devient pour ainsi dire un proche de nos artisans. Il est donc logique qu'il puisse participer au façonnage de sa voiture. Je suis là uniquement pour intervenir en douceur lorsque quelque chose menace de prendre une mauvaise tournure." Il n'y a pas beaucoup d'ingénieurs qui travaillent chez Touring Superleggera, par contre on compte bien plus d'artisans qui savent comment façonner une voiture à la main.

Il y a peu d’ingénieurschez Touring Superleggera, on compte par contre plus d'artisans qui savent comment façonner une voiture à la main.

D'Ieteren
Le Belge Louis de Fabribeckers (38 ans) n'aurait même pas osé rêver devenir designer en chef chez un constructeur automobile italien. Au départ, ce Hennuyer voulait devenir architecte, mais a arrêté ses études pour se tourner vers le design. Il achève ensuite ses études à l'institut supérieur de design à Valenciennes, en France, après quoi il fait un stage chez Chris Bangle (jusqu'en 2009 le designer en chef de BMW) ainsi qu'au bureau de design IDEA à Turin. Le designer envoie ensuite son sketch book à Ferrari et Fiat. Enfin, c'est via-via qu'il entend qu'un poste se libère chez Touring.

Le carrossier italien a été fondé en 1926 par Felice Anderloni et Gaetano Ponzoni. À l'époque, les constructeurs automobiles n'avaient que peu ou pas de studios de design. Les belles bagnoles étaient majoritairement créées par les constructeurs de carrosseries, parmi lesquels les 'carrozzerie italiane' ont très vite joué un rôle de premier plan.

Alfa Romeo Disco Volante Spider (1952).

Touring a acquis sa renommée avec son système de construction Superleggera, pour lequel un treillis tubulaire était initialement recouvert de toile (comme les avions de l'époque) puis, plus tard, d'aluminium. Les créations basées sur l'Alfa 8C 2900 ou la BMW 328 étaient remarquables pour l'époque. Après la Seconde Guerre mondiale, l'entreprise reprend son activité et Touring travaille notamment pour Ferrari (la légendaire Ferrari 166 Mille Miglia Touring Barchetta), Aston Martin (DB4 et suivantes), Lancia (Flaminia GT), Lamborghini (350 et 400GT) et Maserati (3500 GT).

Avec l'avènement de la carrosserie monocoque et des studios de design internes, l'âge d'or se termine pour beaucoup de 'carrozzerie'. En 1967, Touring est également contraint de mettre un terme à ses activités, jusqu'à ce que le nom soit racheté, en 2006, par la société d'investissement Zeta Europe BV et que le carrossier renaisse de ses cendres. Une fois de plus, il y a une connexion belge: dans les coulisses de Zeta Europe on retrouve -tiens, tiens- Roland D'Ieteren. Le patriarche du plus grand groupe automobile de Belgique est connu depuis longtemps pour être un grand amateur de voitures en général et de voitures spéciales en particulier.

Soucoupe volante
Après la Turbotraction de Spirou en 2007, de Fabribeckers s'est lancé dans un nouveau travail personnel. "Au prestigieux concours Villa d'Este, nous avons présenté nos premiers nouveaux modèles: une version break de la Maserati Quattroporte dessinée par Alessandro Dambrosio d'Alfa Romeo, et la Maserati A8GCS, ma première conception propre."

Une interprétation moderne de la révolutionnaire Disco Volante (soucoupe volante) conçue par Touring en 1952 sur la base de l'Alpha 1900, a vu le jour en 2012. "La nouvelle version est basée sur l'Alfa 8C et a été dessinée en à peine six mois", explique le designer. "Elle sera construite en huit exemplaires maximum, à condition que nous trouvions huit clients prêts à sacrifier leur propre 8C (dont seulement 500 exemplaires ont été construits) pour la métamorphose.

Carrozzeria Touring Superleggera fête ses 90 ans avec une version Spyder de son iconique Disco Volante.

Limited edition
Au Salon de l'automobile de Genève, qui a fermé ses portes la semaine dernière, Touring Superleggera a fêté son 90ème anniversaire de la seule manière seyant à une telle entreprise: avec un nouveau modèle. Basée de sa création préférée, la Disco Volante, de Fabribeckers a créé une Spyder, une biplace décapotable qui donne très envie d'avoir les cheveux dans le vent. Pour pouvoir commander l'un des exemplaires qui seront éventuellement produits, les clients devront se défaire de leur Alfa Romeo 8C Competizione Spider pour la faire métamorphoser en 'soucoupe volante' par les mains expertes des artisans milanais. Du reste, la conception de la Spyder, qui atteint une vitesse maximale 292 km/h et passe de 0 à 100 en 4,5 secondes, n'a pas été facile: la Disco Volante originale devait être insensible au vent. Et incarner les célèbres mots du fondateur, Anderloni "Le poids est l'ennemi et la résistance de l'air, l'obstacle".

À 38 ans, Louis de Fabribeckers est depuis près de dix ans à la tête du département design de Carrozzeria Touring Superleggera. "Je suis là pour intervenir si quelque chose menace de capoter." ©Martyn Goddard

"C'est notre première voiture ouverte depuis le redémarrage", explique de Fabribeckers. "Elle doit incarner l'avenir de Touring Superleggera. Mais, en même temps, elle ne peut en aucun cas réduire le plaisir de la conduite à ciel ouvert: le pare-brise est bas, nettement défini et n'a pas de cadre supérieur visible. Il se prolonge également dans les vitres latérales et même dans les remarquables ailerons. Ainsi, la voiture semble légère et dynamique, mais sans agressivité." Les sièges sont en cuir de Connolly Bros., le sellier anglais qui habille les voitures les plus prestigieuses,

mais fournit également le cuir pour la Houses of Lords et les Commons en Grande-Bretagne, les paquebots Cunard ainsi que les hôtels Dorchester et Ritz dans le centre de Londres. Cependant, le cahier des charges spécifiait également que la voiture devait être agréable à conduire aussi bien sur la Grande Corniche que dans les Cotswolds. C'est pourquoi un toit en deux parties en fibre de carbone a également été conçu. "Personnellement, j'ai du mal à choisir entre les deux versions", affirme le Belge. "Toutes deux ont leur valeur, sans compromis stylistiques." Récemment, le regard tourné vers l'avenir, de Fabribeckers a réuni autour de lui une petite équipe de designers. "Je dois maintenant faire preuve de leadership et définir les lignes plutôt que leur donner forme. Dessiner des voitures, j'ai ça dans le sang et il en sera toujours ainsi." Ce qui, pour Carrozzeria Touring Superleggera, ne peut être que positif. Cap sur le centenaire!

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