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Paris sans Colette

©Marie Van Praag

Le 20 décembre prochain, quand le concept store parisien Colette fermera ses portes, l'enseigne de toutes les enseignes laissera un vide. L'emblématique 'supermarché du style' est certes irremplaçable, mais voici quelques adresses pour se consoler.

"Toutes les bonnes choses ont une fin". C'est en ces termes qu'en juillet, Colette annonce sa fermeture définitive, vingt ans après son ouverture. La disparition du concept store est une catastrophe de magnitude 9 sur l'échelle Fashion.

Résumer Colette à un simple magasin, c'est presque insultant: on dira plutôt supermarché du style, lieu culte, hotspot pour hipster, aimant à célébrités ou paradis de la mode. Avant-gardiste, Colette a effet initié le monde au phénomène du concept store, une enseigne où l'on ne compte guère les dépenses. C'est un lieu qui inspire, où l'on trouve ce que l'on ne cherche pas et où le plaisir des yeux est à la hauteur de la joie de la trouvaille. Si cela n'a plus rien d'original aujourd'hui, c'était révolutionnaire en 1997, surtout dans l'ultra-chic 1er arrondissement de Paris.

Collabs exclusives
Qu'est-ce qu'une boutique peut bien avoir de si spécial? La question mérite d'être posée. L'offre de Colette est vaste et soigneusement sélectionnée: sur 750m², on trouve mode, art, cosmétiques, design, livres, food, musique et high tech. Un méli-mélo de pièces uniques de marques classiques (comme le label britannique Smythson) et de nouveaux venus ultra trendy. Chez Colette, beaucoup de jeunes designers ont été présentés au monde bien avant leur consécration, comme Jeremy Scott, Raf Simons, Proenza Schouler, Rodarte, Mary Katrantzou et Christopher Kane. Non, Colette n'est pas hors de prix: à côté des pièces de designer coûteuses, on trouve de jolis petits objets à prix doux, comme un briquet Yves Saint Laurent à 5 euros. Ce qui rend Colette véritablement incontournable, ce sont les collabs en exclusivité: carrés de soie Hermès, maillots de bain Speedo, baskets Stan Smith et même un sac Ikea (sur lequel se trouve le logo de Colette, deux cercles bleus). Ces collabs sont aussi la raison pour laquelle on peut y croiser Karl Lagerfeld en real life, qui confiait lors d'une interview: "Colette est la seule boutique où je vais parce qu'ils ont des choses que personne d'autre n'a. J'y achète tout, des bijoux aux téléphones. Ils ont inventé une formule difficile à copier."

Et comme tout concept store qui se respecte, il y a un café chez Colette, mais un café différent des autres, bien évidemment: ce lieu de rendez-vous, premier dans le genre, propose plus d'une centaine d'eaux minérales différents en plus des incontournables.

Osmose mère-fille
Inauguré le 20 mars 1997, le concept store parisien est une idée originale de Colette Rousseaux et de sa fille, Sarah Andelman. Toutes deux connaissaient bien le quartier car elles résidaient à l'étage du 213, rue Saint-Honoré. Lors de l'ouverture, la presse française, avec un manque de flair manifeste, leur donne six mois. Pensez: une galerie, une librairie, un restaurant et une boutique de mode réunis! Quelle idée! Et pour quoi faire? Autre audace des deux avant-gardistes en matière de commerce: la combinaison du streetwear et d'une mode "respectable". On continue à bousculer les normes? Chez elles, on trouve aussi des bonbons à côté d'une veste McQueen; le pas cher à côté du cher, juste pour le plaisir. Résultat? Les oiseaux de mauvais augure se sont plantés et Colette est sur toutes les lèvres.

Chiffrons: 20 ans plus tard, Colette emploie 150 personnes. En 2016, 28 millions d'euros de chiffre d'affaires sont générés, dont 25% provenant de la boutique en ligne. C'est une fantastique réussite mais toutes les bonnes choses ont une fin: Colette Rousseaux veut profiter de sa retraite. "Or Colette ne peut exister sans Colette", lisons-nous sur le site. Karl Lagerfeld est également de cet avis: "Le secret de Colette réside dans l'osmose mère-fille. L'une n'existe pas sans l'autre."

Que se passera-t-il après le 20 décembre? L'immeuble sera transformé en boutique Saint Laurent. Colette Rousseaux profitera de sa retraite. Sarah Andelman souhaite créer des partenariats pour des marques en free-lance: seule acheteuse du concept store, c'est elle qui était responsable des collabs et des découvertes. Côté clientèle, où vont se ruer les inconditionnels? Aucun remplaçant digne de ce nom ne semble sortir du lot. En attendant, nous avons déniché quelques enseignes qui, ensemble, combleront le vide laissé par la meilleure d'entre elles. Jeunes marques émergentes, hipsters parisiens, magazines introuvables ailleurs qu'à New York et Tokyo, it-items hors de prix et gadgets abordables. Toutes les bonnes choses ont une fin, mais il y a un avenir pour toutes les belles choses.
Fermeture définitive le mercredi 20 décembre à 19h. La boutique en ligne sera également fermée le 20/12 à 23h59. www.colette.fr

1. Verbreuil / NO LOGO / 1er Arr.

©info@totophoto.com

Dans un monde globalisé, où toutes les rues commerçantes du monde se ressemblent, Verbreuil apporte une véritable bulle d'air. Pour s'offrir un sac à main de la marque exclusive, il faut se rendre à Paris car il n'est disponible que dans leurs deux boutiques. Sylvie Véron Hériard-Dubreuil, l'inspiratrice, se concentre sur le savoir-faire et ignore les logos. Leur dernière boutique, rue Saint-Roch, est littéralement adossée à l'église du même nom. C'est ici que s'est tenu le service d'adieu à Yves Saint Laurent, en 2008.
18 bis, rue Saint Roch, www.verbreuil.com Instagram: @verbreuilparis

2. Brigitte Tanaka / CHANGTS RELIGIEUX / 2ème Arr.

©DR

Tout près de chez Colette et à côté de la boutique Verbreuil, un concept store a ouvert ses portes cet été, Brigitte Tanaka. Dirigé par Brigitte Giraudi et Chieko Tanaka, il combine les styles français et japonais. Dans la minuscule boutique (qui vendait des accessoires religieux à l'origine), on entend parfois les chants religieux d'à côté. L'assortiment proposé se compose d'un mélange éclectique d'articles contemporains, de collabs, d'antiquités et de créations personnelles. C'est l'adresse pour dénicher un livre ancien sur les fleurs, le parfait peignoir blanc ou des dahlias en soie. On monte l'escalier en colimaçon pour faire personnaliser linge de maison ou vaisselle.
18, rue Saint-Roch, www.brigittetanaka.com
Instagram: @brigittetanaka

3. Nose / COSMÉTIQUE DE NICHE / 2ème Arr.

©DR

Il y a quelques années, quelques fanatiques de cosmétiques et des parfums se sont concertés et ont ouvert le beauty concept store Nose. Ici, on ne vient pas pour un flacon lambda, mais pour un parfum de niche et un soin introuvable ailleurs, doublé du conseil pour identifier celui qui convient le mieux. La semaine dernière, Nose a lancé son nouveau site avec chatbot (agent conversationnel ndlr), diagnostic olfactif, module pour signaler quand son parfum est sur le point d'être épuisé, vidéos exclusives des coulisses des meilleures maisons...
20, rue Bachaumont, www.nose.fr
Instagram: @noseparis

4. The Hoxton / CONFIDENTIEL / 2ème Arr.

©DR

Stricto sensu, il s'agit d'un bar d'hôtel, mais l'endroit ressemble plus à un café-brasserie comme les autres. Il faut dire que The Hoxton est un hôtel atypique. Sinclair Beecham, frequent flyer britannique, en avait assez des hôtels ordinaires: il a donc créé la version améliorée, avec minibar à prix de supermarché, lobby convivial, eau zéro euro et Wi-Fi gratuit. The Hoxton se trouve à la limite du 10ème arrondissement et de son horeca en plein boom, notamment dans la Cour des Petites Écuries, une rue piétonne où s'alignent bars et restaurants trendy.
30-32 rue du Sentier, www.thehoxton.com/paris
Instagram: @thehoxtonhotel

5. Marcel by / DESIGN POUR TOUS / 3ème Arr.

©DR

Dans cette galerie d'art-boutique design, qui a ouvert ses portes en 2015, on trouve mobilier, luminaires et objets, mais pas que: l'adresse accueille aussi des expositions et des événements. La sélection optimiste est une véritable bouffée d'oxygène parmi les nombreuses enseignes de déco qui semblent toutes choisir les mêmes marques. Le petit plus, c'est qu'ici, original rime le plus souvent avec abordable.
28, rue Saint-Claude, www.marcelby.fr
Instagram: @marcelbygalerie

6. Maison Standards / LE LUXE ÉQUITABLE / 3ème Arr.

©Romain Laprade

En 2012, après dix ans d'expérience dans la mode (notamment chez Pierre Hardy), Uriel Karsenti lance sa marque, Maison Standards. Il propose ainsi les bons essentiels d'une garde-robe, une production transparente et des prix compétitifs obtenus en évitant les intermédiaires. La collection est disponible uniquement en ligne, mais Karsenti a inauguré sa première boutique en septembre dernier. L'artiste-décorateur hongro-parisien Mathias Kiss l'a conçue comme le dressing parfait, avec feuille d'or et faux marbre.
25, rue de Poitou, www.maisonstandards.com
Instagram: @maisonstandards

7. Tom Greyhound / SÉOUL À PARIS / 3ème Arr.

©DR

L'enseigne multimarques coréenne Tom Greyhound a ouvert en 2014, à Paris, sa seule succursale en dehors de Séoul. Dès l'entrée, on est plongé dans une ambiance internationale. La déco, la sélection et même la musique sont tout sauf français. À part quelques noms connus (Marni, Phillip Lim, Acne Studios, Dries Van Noten), c'est l'endroit pour découvrir des labels intéressants. Tom Greyhound engage régulièrement des collabs, comme avec Aalto. On y trouve aussi des magazines intéressants.
19, rue de Saintonge, www.tomgreyhound.com
Instagram: @tomgreyhoundparis

8. The Broken Arm / AVANT-GARDE / 3ème Arr.

Trois amis ayant le même goût et la même envie de changer de carrière: voilà comment a été lancé The Broken Arm (nommé d'après une oeuvre de Marcel Duchamp). La boutique, qui propose une sélection radicale, a ouvert début 2013, mais le trio avait fondé un magazine en ligne dès 2009, 'De jeunes gens modernes', où ils signalaient les labels de mode émergents, ce qu'ils font toujours dans The Broken Arm. En plus des marques d'avant-garde, on y trouve de grands noms comme Balenciaga, Céline, Raf Simons et Vetements. Autres envies: des livres, des magazines et de la musique. Un café se trouve sur la gauche du bâtiment de 200 mètres carrés.
12, rue Perrée, www.the-broken-arm.com. Café ouvert à partir de 9h, magasin à partir de 23h.

9. 0fr / CULTURE CLUB / 3ème Arr.

©DR

À la fois maison d'édition, librairie et galerie, 0fr est une adresse unique à Paris. Alexandre et Marie Thumerelle sont frère et soeur: ce sont eux qui ont ouvert cette adresse spécialisée en août 1996, bien avant que le Marais ne devienne aussi recherché. Chez 0fr (un acronyme pour Open, Free and Ready) on trouve ouvrages et magazines (environ 400 titres) introuvables, sauf peut-être à New York et Tokyo. C'est aussi une galerie qui représente de jeunes artistes et organise des expositions et des concerts.
20, rue Dupetit-Thouars.
Instagram: @ofrparis

10. High Art / ART & ETC. / 9ème Arr.

©DR

En octobre 2013, Romain Chenais (commissaire parisien), Jason Hwang (artiste/commissaire de LA) et Philippe Joppin (ex-directeur artistique de la galerie d'art Perrotin) ont commencé à travailler ensemble à High Art, une galerie d'art contemporain. Un geste atypique, car ils sont à la fois commissaire, artiste et galeriste et pourtant, ça marche. Ils se consacrent surtout aux très jeunes artistes américains et ont déjà exposé à Art Basel Miami et Frieze. Chenais et Hwang ont fondé ensemble le project space parisien Shanaynay en 2011.
1, rue Fromentin, www.highart.fr

11. Club 75 / STREET CREDIBILITY / 10ème Arr.

Après un début de boutique en ligne de streetwear pour homme, Club 75 ouvre une boutique physique en 2015. L'équipe est composée de trois amis qui ne sont pas issus de l'univers de la mode: Pedro Winter dirige le label Ed Banger et a managé Daft Punk; Michael Dupouy est le fondateur de l'agence de pub La MJC qui travaille pour Colette; So Me est un illustrateur recherché. Leur plateforme, initialement baptisée Cool Cats, est devenue une véritable marque qui s'associe à des marques de streetwear telles que Adidas et Stussy. L'adresse par excellence pour renforcer sa 'street credibility'.
32, rue Yves Toudic, www.club75.fr
Instagram: @club75official

12. Holiday / MAGAZINE, CAFÉ & BOUTIQUE / 16ème Arr.

©Romain Laprade

D'abord, il y a eu le magazine, une revue internationale dédiée aux voyages et au style. Ensuite, le café et, enfin, la boutique, 150 mètres plus loin. Le concept Holiday l'a installée dans une boutique sixties, réaménagée en collaboration avec le jeune architecte belge Bernard Dubois (qui a signé la boutique Zadig & Voltaire de Bruxelles). La boutique ressemble à une galerie et vend également de l'art, y compris des photos du duo de photographes Inez & Vinoodh. On y trouve aussi une ligne de vêtements originale, Holiday. Gauthier Borsarello, roi du vintage pour homme, y a son corner.
11, rue Parent de Rosan, www.holidayparis.fr
Instagram: @holiday_boileau

13. Galerie Room / ROOM SERVICE / 18ème Arr.

Room, un projet de Violaine d'Harcourt et de Ludivine Chabert, présente le travail d'une vingtaine de jeunes créateurs réalisé en interne et, donc, en édition limitée, dont celles de Violaine d'Harcourt, qui a une formation de product designer. Ludivine Chabert est, elle, issue du marketing et a travaillé à Londres pendant plusieurs années. Ouvert l'année dernière, Room est une boutique-galerie qui propose également des conseils d'aménagement d'intérieur sur mesure, 'Room Service'.
67, rue Lamarck, www.galerieroom.com
Instagram: @galerie_room

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