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Le Selfness, pour rester zen?

©Vladimir Sazonov

"Aujourd'hui, les millennials se préoccupent énormément de leur santé mentale", déclare le trendwatcher Herman Konings. En ces temps de burn-out et de plannings surbookés, il faut plus qu'un bain relaxant pour se faire du bien. Le selfness, ou développement d'un esprit résilient, est là pour ça.

Pour que les choses soient claires, Herman Konings n'est pas un millennial (né entre 1980 et 2000). Il préfère se compter dans la jeune moitié des baby-boomers, une génération née dans les années 50 et 60 et qui a grandi sans se demander combien il y a de glucides dans les spaghettis, ni quel est l'impact de la consommation de viande sur l'environnement. Mais, à l'instar des millennials, sa génération est confrontée à l'augmentation de la charge de travail, à l'estompement de la séparation entre vie privée et professionnelle ainsi qu'à la pression des réseaux sociaux. "Nous non plus, nous ne pouvons plus négliger notre santé mentale", affirme le trendwatcher.

"Google Trends est un paramètre important et indépendant pour déterminer ce qui est tendance. Il s'agit d'un répertorie des mots clés les plus recherchés. Il en ressort que le terme 'wellness' a atteint son pic et que, 'mental health', en revanche, connaît une nette progression depuis l'année dernière."

Comment explique-t-il ce changement? "Nous remarquons que l'effet du plaisir physique est très éphémère, et nous sommes de plus en plus conscients du fait que ce dernier ne suffit plus à notre bonheur doublé du fait qu'il est préférable d'éviter de prendre des médicaments. En outre, notre foi en Dieu s'évapore. Avant, dans les situations angoissantes, nous espérions que Dieu soit à nos côtés pour que tout se passe bien, ce que nous ne faisons plus du tout aujourd'hui. De même, compter sur ses amis et sa famille pour recueillir nos confidences est également de moins en moins fréquent: eux aussi, ils sont sous pression!"

©Vladimir Sazonov

Résilience
Qu'entend-on exactement par selfness? La meilleure traduction est peut-être 'développement personnel' ou 'réalisation de soi', soit l'art de se rendre mentalement résilient dans les moments difficiles. À ne pas confondre avec 'selfishness', qui signifie 'égoïsme' et n'a absolument rien à voir.

Le trendwatcher allemand Matthias Horx a été l'un des premiers à en parler. Il y a dix ans, sous le titre éloquent 'Der Selfness Trend: Was kommt nach Wellness', il avait prédit que notre esprit allait nous demander bien plus qu'un bain relaxant. Pour l'apaiser, il lui faudrait quelque chose comme une séance chez le psychologue, un coach mental ou un thérapeute virtuel. "L'intelligence artificielle peut jouer un rôle important à cet égard", explique Konings. Comme le Woebot américain, un ami/thérapeute virtuel qui entre en conversation avec vous quotidiennement via Messenger pour voir comment vous allez, vous demander ce que vous faites... Autrement dit, comme un ami qui aurait du temps à vous consacrer. Et, surtout, un ami qui aurait une expérience en la matière -psychologique dans ce cas. En effet, c'est toute une équipe d'experts en psychologie et en intelligence artificielle qui se trouve derrière ce 'chatbot' (un robot qui chatte avec vous). Bon, cet ami a aussi son prix: 39 dollars par mois. Une somme plutôt raisonnable pour prendre de vos nouvelles tous les jours.

Les festivaliers ont eu la primeur en matière de selfness. "Le festival de Roskilde, au Danemark, a été un pionnier en la matière. Depuis plusieurs années, il organise entre deux concerts des conférences sur toutes sortes de thèmes psychologiques et sociétaux", explique Konings.

Esprits élitistes
Les festivals de musique ne sont pas les seuls à avoir identifié le véritable business que représente le développement spirituel et l'amélioration de la résilience mentale. Le secteur du tourisme propose également des séjours de vacances selfness, lors lesquels vous partez en quête de vous-même. L'agence néerlandaise Evdaimonia est spécialisée dans les 'vacances de réflexion en Crète'. Le service touristique slovène propose des circuits selfness, avec des formules de séances planantes dans les bois pour arriver à une 'connexion énergétique avec les arbres' et des promenades consacrées à la réflexion, à la manière des philosophes grecs. Les esprits cartésiens hausseront le sourcil...

L'an dernier, l'hôtel Corinthia de Londres a fait appel à une neuroscientifique, le Dr Tara Swart. Elle a réalisé auprès des clients professionnels une étude sur leur résilience mentale et pour savoir si elle différait d'un secteur d'activité à l'autre. "En tant que neuroscientifique, je suis fascinée par le fonctionnement du cerveau humain et la façon dont il réagit dans des conditions de travail exigeantes", explique-t-elle. "Sur base de ces conclusions, je formulerai des recommandations. Comment un hôtel peut-il veiller à ce que ses clients soient reposés non seulement physiquement, mais aussi mentalement?" Une étude dont les résultats seront mis en pratique au cours des prochains mois.

Sur Google Trends, qui reprend les termes les plus recherchés, on remarque que 'wellness' a atteint son pic, permettant à 'Mental health' de progresser.

Cultivate Elite Minds
À New York, l'année dernière, Field, un 'members club' exclusif qui se consacre à l'évolution du cerveau, a ouvert ses portes. Ceux qui s'y inscrivent subissent une batterie de tests, d'entretiens approfondis et même d'une visualisation 3D de leur cerveau. Le but de ce protocole très complet est de fixer un certain nombre d'objectifs (apprendre une nouvelle langue, obtenir une promotion importante, réaliser un meilleur équilibre entre travail et vie privée), auxquels Field vous prépare aussi bien stratégiquement que mentalement. Le slogan de ce 'members club' ne laisse aucun doute possible sur ses ambitions: 'Cultivating Elite Minds'.

La tactique: mieux vous vous connaissez vous-même (et votre cerveau), mieux vous parviendrez à réaliser des choses au cours de votre vie. "Une tactique similaire se manifeste également au sein du département RH de certaines entreprises, qui recourent de plus en plus fréquemment à des programmes permettant de mieux se comprendre mutuellement, en tant qu'êtres humains", explique Konings. "Avec des slogans tels que 'I'm not stupid, I am just not you', qui permettent de valoriser toutes les personnalités." Selfness means business.

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