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Exode urbain: ils ont tout plaqué pour s’installer dans les Cévennes

En pleine crise sanitaire, Claudia Lomma et Benjamin Spark ont décidé de s'installer dans la maison familiale de ce dernier dans les Cévennes. ©Claudia Lomma

Le coronavirus a poussé l’entrepreneuse Claudia Lomma et l’artiste Benjamin Spark à quitter Ixelles pour les Cévennes. Leur nouvel objectif: "slow economy, slow life".

"Pour les entreprises de télécommunications, le confinement est une affaire en or. Chacun reste chez soi et recourt massivement à internet. Tout le monde est hyper connecté", déclare Claudia Lomma. L’ancienne directrice d’Elle Belgique et de Marie-Claire Belgique parle d’expérience: elle travaillait pour l’opérateur VOO quand la crise du coronavirus a éclaté. Elle y a eu l’opportunité de diriger le nouveau département "digital content".

Elle témoigne: "Pendant le confinement, je voyais mes amies jardiner ou bricoler alors que moi, je bossais comme une folle depuis 25 ans. Je me suis demandé pourquoi fallait-il que je passe tout mon temps devant un écran à 51 ans? Faire de la consultance et des powerpoints, était-ce vraiment ce que je voulais? Je me sentais inutile et je me posais beaucoup de questions sans  trouver de réponses parce que je n’y consacrais pas le temps nécessaire. Je voulais la liberté, mais je ne savais pas comment l’obtenir."

"Les villes doivent se réinventer pour rester attractives."
Claudia Lomma

Avec son époux, l’artiste Benjamin Spark, elle décide de changer de vie. Ils rêvaient tous les deux de lancer un projet au Maroc. "Nous voulions ouvrir un restaurant dans la médina de Marrakech. De la cuisine saine, trois étages, cent couverts par jour: un projet ambitieux, pour lequel nous devions faire un gros emprunt et travailler dur. Notre décision était prise, nos billets d’avion étaient prêts, nous devions partir en mars. Mais ça ne s’est jamais fait, car notre pays a été confiné. Et le Covid a complètement paralysé le tourisme à Marrakech."

Claudia Lomma, ancienne directrice d’Elle Belgique et de Marie-Claire Belgique.

Harmonie avec la nature

Il a fallu trouver un plan B, et fissa. "Nous voulions vivre autrement. Avec des valeurs et des priorités différentes", poursuit Claudia Lomma. "Benjamin a trouvé une conférence en ligne du gourou de la durabilité, Gunter Pauli. Son message sur l’entrepreneuriat circulaire et local, en harmonie avec la nature, a été une révélation." Afin d’être plus proche de la nature, le couple est parti dans la maison familiale de Benjamin Spark dans les Cévennes, une région sauvage dans le sud de la France.

"Nous n’avons pas de business plan fixe, mais nous avons un objectif: slow economy, slow life."
Claudia Lomma

"Chaque été, cette maison était louée à des touristes anglais. Le reste de l’année, elle était vide, et ce, depuis dix ans", explique Claudia Lomma. "Quand nous sommes arrivés ici, c’était comme si cette maison nous attendait. Et nous avons décidé de nous y installer. Nous avons rempli un camion avec nos affaires et nous sommes partis vivre dans un petit village de 300 âmes, sans le moindre magasin."

"On croirait être coupé du monde, mais Amazon et DHL passent ici tous les jours! Nous avons commandé une paire de chaussettes en cachemire et nous avons sorti nos bottes en caoutchouc du placard. J’ai dû porter les miennes trois fois en dix ans et maintenant, je les ai tous les jours aux pieds! Pour qui devrions-nous nous habiller? Et pourquoi aurions-nous besoin d’un énième jeans alors que nous en avons déjà tant?"

Le temps s'écoule plus lentement loin de la ville.

Exode urbain

"J’ai lu beaucoup de choses au sujet de l’exode urbain déclenché par la crise du coronavirus", ajoute Lomma. "Une étude révèle que, depuis le Covid, 41% des Parisiens envisagent de quitter la capitale. Bien sûr, ils ne vont pas tous le faire, mais ça leur trotte dans la tête. Les villes doivent se réinventer de toute urgence pour rester attractives. La hausse des prix de l’immobilier dans les villages ruraux montre que l’exode est en marche."

Le télétravail remet en question le mode de vie de nombreux citadins: ai-je vraiment besoin d’un appartement aussi cher alors que je ne dois pas aller au bureau? Ne puis-je pas vivre mieux ailleurs avec le même salaire? Je constate deux vagues dans l’exode urbain. La première est constituée des personnes qui ne peuvent plus se permettre de vivre en ville à cause de la crise sanitaire. Et la seconde, de celles qui ont les moyens de rester, mais choisissent de partir, comme nous."

La vie à la campagne réserve plus de contacts sociaux qu’on ne l’imagine.

Les Cévennes

Ainsi, Lomma et Spark se sont retrouvés dans les Cévennes par hasard. "Je ne savais même pas où ça se trouvait", s’amuse Lomma. "Si sa maison de famille avait été en Bretagne, c’est là que nous serions allés. Maintenant que nous sommes ici, je vois le potentiel de cet endroit. Benjamin rêve de faire pousser des champignons sur des arbres, une idée d’activité circulaire que Pauli décrit également dans son livre ‘L’économie bleue’."

"Si Claudia m’avait dit, il y a deux ans, que nous irions vivre dans ma maison de famille, je lui aurais répondu: ‘Tu es folle? Tu as bu?", s’exclame Spark en riant. "J’avais l’âme d’un citadin, mais dès que nous sommes arrivés ici, j’ai réalisé que je pouvais installer mon atelier n’importe où. La meilleure preuve en est Anselm Kiefer, un artiste allemand de premier plan qui a un atelier à moins de 15 kilomètres d’ici. Le comble, c’est qu’il a fallu que je sois confiné à Bruxelles pour réaliser que je suis libre de travailler n’importe où."  

Benjamin Spark a quitté la ville pour une vie plus authentique et plus tranquille.

Le luxe de demain

Mais travailler ne signifie pas seulement peindre, c'est aussi faire quelques travaux de réparation et de rafraîchissement. En effet, la maison nécessite de l’attention et un budget de rénovation, surtout au vu des projets de Claudia Lomma et Benjamin Spark. D’ici avril 2021, ils veulent y accueillir des stages de céramique, des initiations au yoga, des vacances de randonnée ou des formules connexes.

"Nous avons changé non seulement notre lieu de résidence, mais aussi notre dynamique et notre mentalité."
Claudia Lomma

"En été, on peut louer toute la maison, car nous disposons de 14 couchages", précise Lomma. "Nous n’avons pas de business plan fixe, mais nous avons un objectif: slow economy, slow life. Nous voulons exploiter ce lieu avec un projet qui relie à nouveau les gens à la terre. Oui, je me dis souvent: ‘Mais dans quoi nous sommes-nous lancés?’"

"Je passe des nuits à réfléchir à notre nouvelle aventure, mais je reçois déjà énormément de réactions de la part de personnes qui voient que nous avons radicalement changé de vie. Beaucoup d’entre elles ont aussi envie de se lancer, mais elles ont peur. Ou bien elles ne peuvent pas partir comme ça, parce qu’il y a les enfants ou le boulot."

Claudia Lomma: " Nous voulons exploiter ce lieu avec un projet qui relie à nouveau les gens à la terre. "

"Je voudrais leur offrir un lieu d’évasion dans la nature, où elles puissent faire une coupure, se débrancher du monde hyper-connecté dans lequel nous nous sommes retrouvés: c’est ça le luxe de demain. Je suis dans le même cas: je menais une vie trépidante et je voulais rentabiliser mon temps au maximum. Aujourd’hui, il m’arrive de ne pas me lever avant 9 heures tant il fait délicieusement calme. En tant que citadine, je n’avais jamais connu un tel silence."

Slow life

Pour un couple de citadins sans enfants, cet isolement choisi risque d’être solitaire, d’autant que Claudia Lomma et Benjamin Spark avaient une vie sociale très active. "C’est vrai, nous sommes loin de Bruxelles, mais peut-être qu’en ce moment, la vie y est plus solitaire qu’ici. Hier, j’ai eu un accident de voiture. Spontanément, la voisine m’a proposé de me conduire. Cette solidarité existe-t-elle encore en ville?" 

Pour Claudia Lomma, les bottes en caoutchouc sont devenues indispensables.

"Ici, nous avons plus de contacts avec nos voisins qu’à Bruxelles. Et si nous voulons nous imprégner de l’atmosphère de la ville, nous allons à Marseille ou à Avignon, à moins de deux heures de route. C’est vrai, nous sommes isolés, mais nous restons connectés au monde via internet. Nous ne sommes pas allés vivre dans une cabane dans les bois avec une bougie!"

"Pour le moment, nos habitudes citadines ne nous manquent pas le moins du monde. En effet, que faisions-nous à Bruxelles? Nous avions un dogsitter tous les jours, une femme de ménage et nous nous faisions livrer nos repas. Nous travaillions dur pour payer ce train de vie. Ici, nous avons besoin de moins."

Nouvelle mentalité

L’échec du projet au Maroc n’est-il pas douloureux? En matière d’échelle et d’ambition, il semblait beaucoup plus important, non? "Finalement, nous sommes heureux de ne pas y être. Cela aurait également constitué une fuite de Bruxelles, mais pas un changement de mentalité, c’est certain. À Marrakech, je serais restée la même battante acharnée, courant tête baissée dans tous les sens."

"Aujourd’hui, nous avons changé non seulement notre lieu de résidence, mais aussi notre dynamique et notre mentalité. Nous sommes des entrepreneurs dans un monde en mutation. Et je ne veux pas subir le changement, je veux en faire partie. Ça fait peur, bien sûr, car je ne sais pas ce qui nous attend. Et même si je ne sais pas comment cette aventure va tourner, je pense que nous sommes au bon endroit au bon moment." 

Infos sur la Maison des Oliviers à Potelières via Instagram: @claudialomma @benjaminspark_

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