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Fini les silences aux diners de fêtes grâce à ce jeu de cartes

"We're not really strangers" incite les joueurs à approfondir leurs relations avec leurs proches, par le biais de questions. ©Philip Van Bastelaere

De quoi peut-on bien parler à table pendant les fêtes alors que cela fait un an que l’on reste dans sa bulle? Le jeu de cartes "We're not really strangers" permet de lancer une conversation plus approfondie.

De sa pointure à son code PIN, en passant par le genre de bonbons nécessaires pour obtenir son pardon, je sais à peu près tout de l’homme qui est assis en face de moi. Pourtant, les questions du quiz “We’re Not Really Strangers” (Que craignez-vous le plus: le succès ou l’échec? Quel titre mérite ce chapitre de votre vie? Quel est le dernier mensonge que vous ayez dit à votre mère?), me font entrer en territoire inconnu.

Si vous jouez à “We’re Not Really Strangers” avec de parfaits inconnus (rencontrés sur Tinder?), supprimez directement les questions sur le travail, les loisirs et les animaux de compagnie pour trouver d’emblée un terrain d’entente significatif. Mais, si vous y jouez avec vos proches que vous connaissez tellement bien que vous avez parfois dû les ramasser à la petite cuillère pendant le confinement, c’est comme si vous faisiez à nouveau connaissance. Ce qui a aussi ses avantages: c’est l’occasion de puiser dans des sujets de conversation en dehors du corona et des aléas du quotidien de votre bulle -sans pour autant quitter celle-ci.

"Aujourd’hui, comme nous ne pouvons pas faire de nouvelles rencontres, nous devons renforcer nos liens existants."
Koreen Odiney

Le principe est simple: à deux joueurs ou davantage, vous passez par trois niveaux de questions que vous n’avez jamais posées auparavant. Dans le meilleur des cas, ce jeu de cartes ressemble un peu à une séance de psychothérapie, mais avec des amis, des missions amusantes sur des wildcards et, pourquoi pas, un apéritif.

Mouvement mondial

“We’re Not Really Strangers” -en abrégé WNRS (lire ‘winners’)- est né de l’imagination de Koreen Odiney, une photographe de Los Angeles. Elle a 25 ans à peine, mais, grâce à son invention, elle est devenue la mère spirituelle d’un “mouvement mondial” (dixit le magazine économique Forbes) qui incite ses fans à creuser plus profondément, à demander à quelqu’un comment il va vraiment et à regarder l’autre dans les yeux pendant de longues minutes. Tout cela dans l’objectif d’établir une connexion significative. Dans un monde où câlins et contacts sociaux sont rationnés, “We’re Not Really Strangers” ne pouvait être qu’un succès.

C’est grâce à cet objectif, aider à “faire les bonnes connexions”, que la sauce a pris. Koreen Odiney est quelqu’un qui a le contact social facile et pose les questions les plus étranges à de parfaits inconnus. “Si j’avais un chagrin d’amour, je demandais aux gens comment ils avaient surmonté le leur”, explique-t-elle.

Quand, adolescente, Odiney s’est mise à photographier des inconnus dans la rue, elle leur posait invariablement trois questions: comment vous appelez-vous? Quel âge avez-vous? Qu’est-ce qui vous passionne? “Armée d’un appareil photo, je pouvais approcher n’importe qui pour engager la conversation.” Cependant, le fait que Koreen ait un physique plutôt avantageux (elle travaille comme mannequin chez The Society, qui emploie également Kendall Jenner et Adut Akech) a certainement dû faciliter un peu “le premier pas”...

Koreen Odiney est devenue la mère spirituelle d’un "mouvement mondial" (dixit le magazine économique Forbes). ©Philip Van Bastelaere

Tendance Instagram

Un beau jour, elle rencontre un homme qui lisait de la poésie dans un parc. Il lui prédit qu’elle écrirait un jour un livre intitulé “We’re Not Really Strangers”. Il s’est trompé, mais pas tout à fait: le titre est resté, mais c’est celui d’un jeu de cartes et non d’un best-seller littéraire. Dans l’intervalle, WNRS s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires et compte plus de deux millions de fans en ligne. Pendant le premier confinement, les cartes sont apparues sur les flux Instagram d’influenceurs tels que l’actrice Tracee Ellis Ross, la fille de Diana Ross, et Hailey Bieber, l’épouse de Justin Bieber. Même le Dr Phil, psychologue et célébrité de la télévision américaine, a conseillé le jeu à son public.

Ce n’est pas pour rien que la baseline de "We’re Not Really Strangers" est "Attention, des sentiments peuvent faire surface".

Odiney sait mieux que quiconque comment toucher la corde sensible de ses abonnés. Pendant le confinement, elle a créé une version PDF gratuite de son jeu, que l’on peut encore trouver en farfouillant sur Google. “Aujourd’hui, comme nous ne pouvons pas rencontrer de nouvelles personnes, nous devons renforcer nos liens existants” explique-t-elle. Grâce à des recharges et des cartes de questions axées sur les rencontres sincères, la politique et le racisme, elle tient son jeu à jour et utilise les réseaux sociaux à la perfection.

Sur Instagram, ses paysages urbains arborant des citations feel good sont un succès."L’idée que je me faisais de toi" écrit sur un mur en ruine ou "Cours-tu derrière la paix ou le plaisir?" affiché sur une autoroute déclenchent des milliers de likes et de commentaires. De plus, le compte d’Odiney est rempli de témoignages communicatifs, de notes manuscrites et, bien sûr, de merchandising trendy. "Your anxiety is lying to you" et "Emotionally available" ornent hoodies et T-shirts oversized. Jamais le "mental wellness" n’avait été aussi cool!

Sentimentelle

Cependant, jouer au jeu est un peu plus difficile que de liker les photos sur Instagram. En effet, comment gagner à un jeu dans lequel on se soutire mutuellement des confidences? Ce n’est pas pour rien que la baseline de "We’re Not Really Strangers" est "Attention, des sentiments peuvent faire surface". Le Monopoly aussi a parfois cet effet: qui n’a jamais envoyé valdinguer le plateau?

D’ailleurs, WNRS présente  d’autres similitudes avec ce grand classique du jeu de société. Comme pour le Monopoly, il y a deux façons d’aborder WNRS: jouer la sécurité ou jouer pour se développer. “Seule la deuxième permet de gagner”, révèle le mode d’emploi. Qui est prêt à s’aventurer en terre inconnue?

We’re Not Really Strangers”, 36,60 euros (frais de port inclus).

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