Le samedi de Stijn Vermeire

Le samedi du berger Stijn Vermeire: observer les nouvelles brebis dominantes, montrer qui est à la manœuvre et traquer le moindre résidu.

"Le samedi est un jour comme les autres: seuls les promeneurs sont différents." Dans le parc de De Pinte, les 300 brebis de Stijn Vermeire (42 ans) entament la journée dans leurs 350 hectares de pâturage. Il fait partie de l’ASBL De Grazer de la ferme De Zwaluw à Lievegem. "Nous commençons par déterminer qui va paître et où. Willem Reyniers est berger communal à Gand et Pieter Kerckaert travaille à mi-temps, comme Désirée Maryns. Ensemble, nous avons élaboré un programme éducatif pour les classes vertes et les team buildings consacrés à l’entretien des zones naturelles par le bétail, la biodiversité, les races de brebis et l’agriculture de demain. Certains enfants ne connaissent les animaux que par les livres et ne voient même pas la différence entre une chèvre et une brebis."

6h30 – "Depuis que je suis berger, je me réveille tout seul. Quand il fait chaud, nous commençons à 7 heures, car les brebis adorent la fraîcheur du matin: elles supportent bien la pluie et le froid, mais pas la chaleur. Je prends un bon petit déjeuner. Les chiens sont ma principale préoccupation: Iris et Yuka sont déjà dressés, Oete doit encore apprendre les bonnes manières et Kelpies a de l’énergie à revendre. Ensuite, je m’habille et je prépare mon sac à dos."

Publicité

8h00 – "Je pars rejoindre le troupeau. Je vois les brebis au loin qui patientent dans la pâture d’attente. Quand une des brebis est couchée, cela peut être mauvais signe. Dès que j’arrive, elles réagissent. Je prends le temps de bien les observer."

9h00 – "Je fais sortir les brebis. Le début de la saison est la période la plus difficile: il y a de nouvelles femelles dominantes et, donc, une nouvelle hiérarchie s’installe au sein du troupeau. Le samedi est un jour comme les autres, seuls les promeneurs sont différents: il y a davantage des familles. Bien souvent, je ne sais même pas quel jour on est. Cela ne fait aucune différence ni pour moi ni pour les animaux. Je n’utilise pas d’application. Je n’ai pas de smartphone. Sur ce plan, je ne vis pas avec mon temps."

"Mon moyen de transport préféré: Un vélo cargo électrique Yuba qui me permet d’emmener mes chiens partout où je vais. Ils adorent ça."
Publicité
Publicité

12h15 – "J’essaie toujours d’emporter un lunch qui ne prend pas trop de place. J’ai entendu dire qu’au Maroc, le repas des bergers se limitait à sept dattes d’une variété spécifique. Il faudrait que je m’informe à ce sujet. Quand on est berger, on n’a même pas le temps de pique-niquer. Je bois des boissons fraîches, comme une canette d’Ice Tea , mais j’ai déjà tenu le coup toute une journée avec seulement beaucoup d’eau."

15h00 – "Avec les chiens, je guide le troupeau dans la pâture d’attente. Les distances que nous parcourons varient énormément, sans être spectaculaires: je reste aussi pendant très longtemps à l’arrêt, juste pour le surveiller. La simplicité de la journée d’une brebis est extraordinaire: brouter, se promener, dormir. Et c’est un peu la même chose en ce qui me concerne."

©Alexander D'Hiet

15h30 – "Nous devons nous occuper d’un très grand nombre de brebis. Au pâturage d’attente, Désirée et moi soignons leurs pattes et les tondons. Tondre une brebis n’est pas bien compliqué, mais il faut que cela aille vite. Dès que la brebis est en position de tonte, il faut lui faire comprendre que c’est vous qui êtes à la manœuvre et elle se laissera faire. En fonction du caractère de l’animal, il nous faut entre 15 et 20 minutes."

18h30 – "Nous mangeons un sandwich avant de reprendre la tonte. C’est comme la vaisselle: il faut que ce soit nickel."

22h00 – "Je ressens une saine fatigue. Mes amis veulent encore aller boire un verre à la terrasse du café De Roos à Gand, mais il n’y a plus rien à tirer de moi, mes yeux se ferment tout seuls dès que je m’assieds. Je rentre chez moi, je me glisse entre les draps et, avant de m’endormir, je lis quelques pages du roman fantastique de Virginia Woolf, "La Promenade au phare", écrit en 1927. Je lis surtout en hiver, car j’ai plus de temps libre. Sinon, je file de la laine de mes brebis grâce au rouet que je viens d’acheter. Comme dans le conte de la Belle au bois dormant!"

Publicité