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D'un hôtel abandonné à un set de film: dans les coulisses du nouveau film d'horreur Suspiria

Le salon de Madame Blanc, jouée par Tilda Swinton, est très Art déco. La tapisserie moirée vient de la maison Dedar. ©Mikael Olsson/Amazon Studios

Les apparences sont trompeuses dans le remake du réalisateur star Luca Guadagnino de 'Suspiria', le classique seventies du maître du suspense Dario Argento. Le quartier berlinois de Kreuzberg est en réalité le village italien de Varese et l'école de danse, le Grand Hôtel Campo dei Fiori. N'ayez pas peur de suivre le guide sur les lieux du tournage.

Au Grand Hôtel Campo dei Fiori, à Varèse, un village italienne proche de la frontière suisse, les derniers clients règlent leur note. Il ne sera pas nécessaire de faire leurs chambres: l'établissement ferme définitivement ses portes en 1968. Situé au bout d'un chemin de montagne, cet hôtel jadis glamour est devenu trop difficile d'accès pour le voyageur moderne. Ainsi, les lits des deux cents chambres Art nouveau resteront définitivement vides. Les murs qui arboraient des couleurs vives perdent de leur éclat, les peintures s'écaillent, des pans du plafond s'effondrent et une couche de poussière d'un centimètre recouvre les meubles.

Ce style fait de gloire fanée et de splendeur oubliée est exactement ce que recherchait Luca Guadagnino, le réalisateur qui a cartonné l'année dernière grâce au film 'Call me by your name', pour son nouvel opus, 'Suspiria'. Oui, c'est un remake du célèbre thriller de Dario Argento, qu'il compte revoir et corriger.

Le réalisateur italien Luca Guadagnino a fait ses débuts en 1999 avec 'The Protagonists'. Suivent les succès publics et critiques 'Io sono l'amore', 'A bigger Splash' et, l'année dernière, 'Call Me by Your Name' qui a remporté l'Oscar du Meilleur Scénario adapté. ©BELGAIMAGE

Le film original, qui date de 1977 se situe dans un univers poppy, sans indication d'époque ni de lieu. Celui de Guadagnino aura pour cadre le Berlin glacé de 1977. Une jeune étudiante américaine, Susie Bannion, (jouée par Dakota Johnson) doit, dans ce climat de la guerre froide en Allemagne, s'adapter aux règles de l'école de danse classique Markos. Une école qui n'a rien de classique, comme l'amie de Susie, Sara (Mia Goth), le découvre rapidement.

Malgré le fait que 'Suspiria' se déroule dans les Berlin des années 70, la Markos Dance Academy est comme hors du temps. Un choix délibéré du réalisateur, explique Inbal Weinberg, la scénographe du projet. "Nous avons essayé de créer une image qui fasse penser que l'école est là depuis plusieurs générations, voire une époque indéfinie."

Les recherches pour dénicher le bâtiment parfait les mènent au Grand Hôtel Campo dei Fiori. "Dans ses jours de gloire, il avait dû avoir le charme du 'Grand Budapest Hotel', si celui-ci avait existé. Quand nous sommes arrivés, il n'y avait ni électricité ni eau courante, mais il avait des atouts. Nous avions parfaitement conscience que ce serait un cauchemar logistique. Et nous avons poursuivi nos recherches." Mais le réalisateur avait jeté son dévolu sur cet hôtel. L'équipe de la scénographe se lance alors dans les transformations pour faire du Grand Hôtel Campo dei Fiori le décor le plus important de 'Suspiria'.

Cuisine

Le réalisateur a choisi de faire une cuisine moderniste, le modèle 'Frankfurt', dessiné en 1926 par l'architecte autrichienne Margarete Schütte-Lihotzky. ©Mikael Olsson/Amazon Studios

Pour la cuisine, Weinberg et Guadagnino ont choisi un intérieur moderniste: le modèle 'Frankfurt', une des premières cuisines entièrement équipées produites en série, conçue en 1926 par l'architecte autrichienne Margarete Schütte-Lihotzky. C'était une référence à l'époque et ce n'est pas un hasard si elle fut installée en 1933 dans la maison Sonneveld à Rotterdam. De nombreuses pièces de l'école de danse sont vastes et imposantes. "Il s'agit de la partie utilitaire de leur univers", explique Weinberg. "J'ai adoré imaginer les activités triviales et quotidiennes des sorcières. D'accord, ce sont des sorcières, mais cela n'empêche qu'elles se lèvent le matin pour se faire du café en chemise de nuit, qu'elles fument et mangent des bretzels à la moutarde."

Dortoir

Le dortoir des danseuses fait penser à ce qu'il y avait dans les années 30 mais avec des touches du Berlin des années 70, comme la feuille avec le slogan 'No War' sur la machine à écrire. ©Mikael Olsson/Amazon Studios

"Imaginer le dortoir était très amusant. Nous avons décidé qu'il devait ressembler à une institution des années 1930", détaille la scénographe. Un décor historique auquel, avec son équipe, elle a apporté des notes contemporaines, en particulier grâce aux affaires personnelles des filles. "Pour chacune d'entre elles, nous avions une histoire contextuelle. Comme l'une d'entre elles est folle de David Bowie au point de se faire couper et décolorer les cheveux pour avoir la même coupe que la rock star, nous avons accroché des posters de Bowie près de son lit."

L'équipe d'Inbal Weinberg a également cherché des groupes de rock berlinois de l'époque et identifié les clubs et les bars où les étudiants jouaient alors. "Des petits groupes underground des années 1970 nous ont donné l'autorisation d'utiliser leurs affiches. Nous avons également essayé d'intégrer un peu de la culture seventies dans le décor, comme les couleurs du réveil ou du téléphone, des objets qui faisaient très plastique dans ces années."

Appartement de Madame Blanc

Tilda Swinton, actrice fétiche de Luca Guadagnino, incarne Madame Blanc. ©Mikael Olsson/Amazon Studios

La charismatique Madame Blanc, le professeur de danse, est l'un des deux personnages interprétés par Tilda Swinton (l'actrice préférée de Guadagnino). Elle vit dans une des pièces les plus somptueuses de l'école.

Salle de danse

Pour la salle de danse, la scénographe a commandé à la Manufacture Cogolin (France) un tapis sur mesure avec des éléments graphiques appartenant à l'univers de la sorcellerie. ©Mikael Olsson/Amazon Studios

Pour la salle de danse en laqué noir, à côté du salon, Weinberg a commandé un tapis sur mesure à La Manufacture Cogolin, une maison française spécialisée qui a également fourni les tapis de deux autres pièces. "Nous avons décidé d'utiliser des éléments graphiques qui font partie de l'univers de la sorcellerie", explique Weinberg. "L'un d'eux était une sorte de motif géométrique à griffes style Bauhaus. Nous l'avons repris sur des affiches et sur la porte de la salle de danse. J'ai ensuite décliné ce motif pour en faire un tapis kaléidoscopique."

Les murs sont revêtus d'un tissu argenté de la maison italienne Dedar, qui a également fourni les tissus pour la décoration de la villa du XVIIème siècle qui est le cadre de 'Call Me by Your Name'.

"Dans notre imaginaire, l'école de danse se trouvait dans le quartier berlinois de Kreuzberg, mais nous n'avions pas l'intention de tourner à Berlin, car il ne reste pratiquement plus rien des années 70." Néanmoins, l'équipe s'est rendue un peu partout en Allemagne en quête de lieux et elle a fini par trouver d'anciens quartiers intacts. "Bien sûr, nous devions faire attention aux arrière-plans et monter soigneusement les différents angles des prises de vue.

De plus, des éléments virtuels ont été ajoutés pour évoquer cette époque. Nous avons fait des recherches sur le Kreuzberg de ces années-là, à quoi il ressemblait: on sait qu'il y avait beaucoup de manifestations, que la police essayait d'expulser les squatters et qu'il y avait des banderoles aux fenêtres", détaille la scénographe. Comme sur une façade que l'on voit dans le film, avec une banderole affichant 'besetzt' (occupé).

Salle des fêtes

Pour la salle des fêtes au milieu du bâtiment, la 'Room of the Feasts', les décorateurs ont recréé une loggia entre les arcades ouvertes du Grand Hôtel Campo dei Fiori. ©Mikael Olsson/Amazon Studios

Pour créer la 'Room of the Feasts' au milieu du bâtiment, Weinberg et Guadagnino ont recréé une loggia entre les arcades ouvertes du Grand Hôtel Campo dei Fiori. "

"Nous voulions garder les murs et avons essayé de trouver la bonne texture. De toute façon, nous ne voulions pas les peindre", se souvient Weinberg. "C'est Luca qui a eu l'idée d'utiliser des "cheveux"." Une idée qui a demandé à l'équipe des semaines de travail pour tisser des fibres de chanvre et, ainsi créer, une masse chevelue. "Ces cheveux sur le mur devaient représenter ceux des victimes."

Bande-Annonce Suspiria

'Suspiria', en salle à partir du 14 novembre.

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