Jan Caeyers, expert de Beethoven, à propos de l'emblématique Neuvième Symphonie

Jan Caeyers (71 ans) nous parle de ce qui le fait se lever de sa chaise: lire dans un grand café, assister à une conférence de Vincent Kompany et applaudir un vaudeville à Paris.

Quelle est la chaise de votre vie?

"Un fauteuil de l’ébéniste français Pommier, que j’ai acheté à L’Isle-sur-la-Sorgue, le paradis des antiquaires dans le midi de la France. Ce fauteuil, un chef-d’œuvre d’artisanat, date de la fin du XVIIIe siècle: il est contemporain de Beethoven. Particularité notable, ses accoudoirs sont de taille différente, car l’un des deux a été plus exposé à la chaleur de la cheminée. Dans mon bureau, cette antiquité dialogue harmonieusement avec des meubles de Le Corbusier."

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Savez-vous rester assis?

"Non. Ce qui me calme, c’est de faire du vélo ou méditer. Si j’avais le choix, je préférerais me détendre en lisant dans un grand café à Paris ou à Vienne, ou sur une terrasse en Provence. J’ai un âge où les autres ne doivent plus travailler; moi, je continue, à condition de bien planifier mes moments de repos. À la maison, je ne m’accorde pas ce luxe."

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Qui mériterait une chaire?

"Vincent Kompany. Cet ex-joueur de foot et entraîneur est le fruit d’un cocktail génétique intéressant. Je le vois comme une sorte de colonne grecque, taillée dans le marbre. Il sait très bien où il veut aller. Et il gère les revers ou les critiques de manière souveraine. Même dans ces moments-là, ses analyses sont limpides. Il conserve en toutes circonstances le contrôle de ses émotions et de ses pensées, qu’il exprime avec une grande précision. Kompany a un charisme enviable: invitez-le à donner un cours magistral dans un amphithéâtre et vous ne pourrez qu’en ressortir motivé."

Sur la chaise du célèbre galeriste bruxellois Albert Baronian
Jan Caeyers est biographe de Beethoven, fondateur et chef de l’orchestre "Le Concert Olympique", en tournée avec la 9ᵉ symphonie de Beethoven.
©Alexander D'Hiet
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La Neuvième symphonie est comme une ville dont je connais parfaitement le plan, ce qui me permet de la comprendre de mieux en mieux et de m’y sentir de plus en plus à l’aise."
Jan Caeyers
Biographe de Beethoven, fondateur et chef de l’orchestre "Le Concert Olympique"

Sur la chaise de qui aimeriez-vous vous asseoir pendant une journée?

"L’écrivain français Honoré de Balzac a dit: 'L’idéal pour un artiste, c’est que son talent soit en parfaite harmonie avec son tempérament.' Je voue une admiration sans bornes à ceux qui maîtrisent leur art au point d’atteindre la perfection sans effort apparent. Picasso était de ceux-là, comme le champion de saut à la perche Armand Duplantis. Vladimir Horowitz appartient également à cette catégorie: il maîtrisait la technique du piano à un point qui lui permettait d’atteindre des sommets, même si je sais qu’il avait été précédé d’un long apprentissage. Peu sont capables d’atteindre un tel niveau de maîtrise."

Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

"Beethoven, mais ce serait trop évident; je choisirais donc Voltaire. L’écrivain et philosophe français n’a pas seulement laissé une œuvre gigantesque: c’était un esprit brillant doublé d’un homme attachant, extrêmement incisif dans ses conversations. Il recherchait la controverse pour repousser les limites de son temps. Bien que tout aussi brillant, Goethe n’avait pas ce côté rebelle. Dîner en tête-à-tête avec Voltaire me suffirait amplement. Au moins, je serais sûr que c’est à moi qu’il s’adresse!"

Qu’est-ce qui vous fait vous lever de votre chaise?

"Deux fois par an, mon épouse et moi nous rendons à Paris, où nous allons au théâtre pour voir des vaudevilles à l’ancienne. Chez nous, ce genre de spectacle est mal considéré, mais en France, de grands acteurs comme Pierre Arditi y participent avec enthousiasme. Après ce genre de représentation, j’ai mal aux zygomatiques à force de rire. Ce n’est pas de l’humour vulgaire. Au contraire, les vaudevilles sont très délicats et, quand on y assiste, le temps file. Actuellement, ce qui me fait me lever de ma chaise, c’est la Neuvième symphonie de Beethoven, que je dirigerai à Anvers le 13 mai. Cette œuvre emblématique est comme une ville dont je connais parfaitement le plan, ce qui me permet de la comprendre de mieux en mieux et de m’y sentir de plus en plus à l’aise. En investissant autant de temps dans la Neuvième, mon interprétation est devenue beaucoup plus claire. Le dernier mouvement est la base de l’hymne européen, ce qui a rendu la perception de l’œuvre plus plate, voire plus kitsch. C’est un peu comme la Joconde: tout le monde veut la voir et tout le monde pense la connaître, mais ce succès n’approfondit pas la connaissance de cette œuvre majeure."

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Ce fauteuil de l’ébéniste français Pommier est contemporain de Beethoven.
©Alexander D'Hiet

Qu’est-ce qui vous a récemment fait tomber de votre chaise?

"Il y a quelques semaines, alors que l’Europe traversait la plus grande crise sécuritaire depuis la Seconde Guerre mondiale, celui qui occupait la plus haute fonction, c’est-à-dire le président du Conseil européen, a démissionné de son mandat pour se présenter aux élections à Wavre. Deux semaines plus tard, il est revenu sur sa décision de manière tout aussi éhontée. Non parce qu’il avait réalisé la stupidité de sa décision, mais parce que d’autres le lui avaient fait remarquer. Ce manque de sens des responsabilités, cette déliquescence des valeurs, ce manque de respect envers les institutions qu’il représente, c’est honteux: l’Europe ne peut pas se permettre de telles frasques."

Biographie d’un siège

Le fauteuil Pommier

Ce remarquable fauteuil-banquette a été réalisé par l’ébéniste français Pommier. Les quatre côtés des pieds sont sculptés.

Jan Caeyers et son épouse, qui a suivi une formation d’antiquaire, ont acheté ce petit meuble rare à L’Isle-sur-la-Sorgue, près d’Avignon.

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