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1 artiste, 2 architectes et 5 pièces en édition limitée

L'artiste Pieter Vermeersch et les architectes Kersten Geers et David Van Severen. ©Martina Bjorn

Un écran mural, un lampadaire, une table, un canapé trois places et un fauteuil. David Van Severen et Kersten Geers, de l'agence d'architecture bruxelloise Office, et l'artiste Pieter Vermeersch présentent cinq pièces en édition limitée.

"J'en suis sûr et certain: c'était en 2000", déclare l'un. "Pas du tout", rétorque l'autre, "Ça devait être avant 1999." "Les gars, je crois que c'était en 2001", déclare le troisième. Voilà les réponses qu'ils me donnent quand je leur demande quand ils se sont rencontrés. Bon, ils sont quand même d'accord sur un point: ce sont l'artiste Richard Venlet et Dieter Roelstraete, le conservateur du Muhka, qui ont fait les présentations.

Finalement, peu importe: lorsqu'on regarde leur travail, il est évident que David Van Severen, Kersten Geers et Pieter Vermeersch étaient faits pour se rencontrer.

En 2014, les architectes d'Office KGDVS avaient envoyé une invitation à Vermeersch: pouvaient-ils lui emprunter une oeuvre pour l'expo 'A Small Museum for the American Metaphore', qu'ils étaient en train de monter pour la Redcat Gallery à Los Angeles? En 2017, Vermeersch a de nouveau répondu présent à une demande du duo d'architectes, et plus précisément, pour réaliser une intervention arty dans l'avant-gardiste Solo House qu'ils ont conçue à Matarraña, dans le nord sauvage de l'Espagne.

"Nous sommes amis avant tout", déclare Van Severen. "C'est la meilleure façon de définir notre relation. Nous éprouvons tous les trois une étrange fascination pour ce qui est à la fois immatériel et matériel. Par exemple, les citernes en béton sur le toit de la Solo House se fondent dans le ciel depuis que Pieter les a peintes en bleu."

"Je trouve l'architecture de David et Kersten très imagée", ajoute l'artiste. "Alors que, dans mon travail, c'est l'aspect spatial qui est très important. Il y a parfois un vide dans leur architecture. C'est comparable à ce que je fais."

Cinq objets

Quand Maniera, une galerie bruxelloise qui commandite des artistes et des architectes pour développer des objets en commun, a soumis ce type de requête au trio, aucun d'entre eux n'a hésité et pourtant, le design était un domaine totalement nouveau pour Pieter Vermeersch, qui explique: "Je ne pense pas en termes d'objets, mais d'installations et de configurations."

Pour les deux architectes, concevoir une série d'objets décoratifs en collaboration avec l'artiste était une évidence. "Nous n'avons même pas eu à nous mettre d'accord sur qui ferait quoi. Il n'y a même jamais eu de réunion formelle. Nous nous comprenons si bien qu'une conversation sur FaceTime a suffit."

Une photo d'une photo, un détail de la table que Vermeersch, Van Severen et Geers ont créé pour Maniera. ©Martina Bjorn

Et que nous ont-ils concocté? Un écran mural à lamelles réfléchissantes, un lampadaire, une table, un canapé trois places et un fauteuil. Cependant, Van Severen et Geers soulignent que les cinq objets en édition limitée ne constituent nullement une collection. "Nous ne sommes pas devenus designers!" Vermeersch décrit les objets plutôt comme des interventions dans l'espace.

"Avant tout, nous avons fait une exposition." Le fait que Maniera souhaite commercialiser les meubles n'affecte pas Van Severen: "Pour nous, c'est plutôt un cadre."

Lamelles miroir

Pourquoi ont-ils choisi ces objets-là spécifiquement? "Parce que ce sont les bases de ce qu'il faut dans une maison", répond Vermeersch. Bon, d'accord, nous avons manifestement oublié les chaises!" (rires)

En regardant attentivement les objets, on découvre qu'ils expriment parfaitement ce jeu entre matériel et immatériel qui les fascine tellement tous les trois. "La lampe, qui fait deux mètres de haut, est en verre miroir", détaille Van Severen. "Quand elle n'est pas allumée, elle se transforme en colonne réfléchissante."

"L'écran se compose de lamelles miroir, comme s'il renonçait à sa matérialité", ajoute Geers. Cet aspect immatériel du miroir revient d'ailleurs régulièrement dans le travail de Vermeersch. "C'est aussi une fascination que nous partageons tous les trois."

Le canapé est accueillant. "Mais dans sa matérialité, il disparaît à nouveau", pointe Geers. "Par contre, la table a un plateau en marbre dont la moitié est peinte. Si on l'accroche au mur, on dirait une oeuvre de Pieter." Vermeersch rétorque: "Et dans les fauteuils, on peut se remettre de toutes ces impressions!" (rires).

Intéressant à savoir pour les amateurs de voitures de course: le canapé et le fauteuil ne sont pas l'oeuvre du trio, mais d'un quatuor car le studio de design de Lowie, frère de Pieter, GranStudio, y a contribué. Ce studio, établi à Turin, a fait la réputation internationale de Lowie Vermeersch dans le domaine du design automobile et de la mobilité. Son dernier exploit est la voiture de sport Stradale qu'il a conçue pour le constructeur italien de luxe Dallara. Avant elle, il avait signé la Ferrari 458 Italia.

Tous les objets sont en édition limitée, de 6 exemplaires (table) à 24 (fauteuil). L'écran en lamelles est fait sur mesure en fonction du site: c'est donc une pièce unique. Prix sur demande. Exposition jusqu'au 4 mai chez Maniera, place de la Justice 27-28, Bruxelles. Exposition "Pieter Vermeersch" du 15 mars au 11 août, au M-Museum, Leopold Vanderkelenstraat 28, 3000 Leuven.


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