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Des meubles en leasing?

Pour que le secteur du meuble devienne plus écologique, il faut hélas plus qu'un seul éco-canapé: Indera propose donc un tout nouveau business model. ©Diego Franssens

Le secteur de la décoration et du design entretient une relation d'amour-haine avec la nature. D'une part, il s'en inspire et, d'autre part, l'up-cycling n'a toujours pas fait des petits et, à grande échelle, l'écologie reste le parent pauvre. Aujourd'hui, enfin, des 'eco-warriors' au sens des affaires aiguisé font un pas dans la bonne direction. Pour la marque belge Indera, les canapés ne seront plus à vendre. Mais à louer. Elle a même créé un modèle 100% recyclable et développé un écosystème de canapés.

Comme tant de brillantes inspirations, c'est au bord d'une piscine, dans le Midi de la France, que l'idée d'un canapé écologique a germé. "Un ami avait apporté le livre 'Cradle to Cradle' de Michael Braungart", se souvient Carl Meers. "Je l'ai lu d'une traite et il m'a trotté en tête longtemps. D'abord, au niveau commercial: il m'a fait réfléchir à ce que pourrait signifier cet aspect écologique pour le secteur dans lequel je travaille, celui des meubles rembourrés." Mais l'ouvrage a également un impact au niveau privé. "Nous avons quatre poubelles différentes à la maison. Les enfants deviennent fous quand je leur fait la leçon!" (rires)

De retour de vacances, l'entrepreneur se met en quête de développements écologiques dans son secteur. "Il n'y avait rien", s'étonne-t-il. "Presque toutes les marques annoncent que leurs meubles sont durables, mais il ne faut pas confondre durabilité et écologie: ce n'est pas parce qu'un meuble dure longtemps qu'il est écologique. Pour cela, il doit être 100% recyclable et/ou biodégradable. Cela signifie qu'il doit être facile à démanteler et que chacun de ses composants doit pouvoir être recyclé."

Carl Meers, directeur d'Indera, espère présenter avant la fin de l'année un système de location pour accompagner le lancement de ses nouveaux éco-canapés. ©Diego Franssens

Un canapé en feu
Une tâche plutôt ardue. Entretemps, il trouve un partenaire en la personne de Thomas Litière, un étudiant qui, pour son travail de fin d'études, souhaite fabriquer un canapé rembourré écologique. Après un an et demi de recherches, ce dernier a fini ses études avec distinction grâce à la version 100% écologique du 'Sintese', le best-seller d'Indera. "Ce canapé peut être démantelé en un quart d'heure et tous les matériaux qui le composent peuvent être réintroduits dans la chaîne de production par les fournisseurs", explique fièrement Meers. "Je me suis demandé: et maintenant? Que faire de ce prototype, comment le commercialiser? En entamant la réflexion, nous avons vite réalisé que nous ne pouvions pas nous contenter d'utiliser notre business model habituel pour ce produit écologique. Les gens ne rapporteront pas leur canapé au magasin s'ils en sont lassés ou s'il est abîmé. Alors, comment garantir qu'un canapé recyclable soit effectivement recyclé?"

C'est avec cette question à l'esprit que l'entrepreneur s'est renseigné auprès de l'association professionnelle Fedustria. Ensemble, ils ont soumis une demande de projet à l'IWT, l'Institut pour la promotion de l'innovation par la science et la technologie en Flandre. Objectif: développer un nouveau business model qui corresponde à la qualité écologique de ce canapé. "Lors du premier pitch, qui n'a duré que 60 secondes, j'ai mis le feu à une maquette de canapé standard pour démonstration. Les substances toxiques libérées par la combustion ont fait réfléchir le jury."

"Ce canapé peut être démantelé en quinze minutes. tout est recyclable et recyclé." ©Diego Franssens

Éco-logistique
La recherche d'un business model écologique a soulevé de nombreuses questions, dont "quel marché pour un canapé écologique?" "Aujourd'hui, il s'agit principalement du marché des projets", précise Meers. "Chez les autorités comme dans les entreprises, nous constatons une envie d'écologie. Actuellement, le 'Sintese Eco' coûte 15% de plus qu'un 'Sintese' standard (de 1.700 euros à 1.950 euros pour un deux places). Il est donc un peu plus difficile à vendre. Je suis convaincu que les gens sont prêts à acheter des produits écologiques, mais la différence de prix les retient encore. Dès que nous serons en mesure de produire de plus grandes quantités par le biais de commandes sur le marché des projets, les prix pourront baisser et le grand public sera au rendez-vous."

Il ne faut pas confondre durabilité et écologie. Ce n'est pas parce qu'un meuble dure longtemps qu'il est écologique.

Toutefois, dans toute cette réflexion, la plus grande révolution revient au modèle de service du 'Sintese Eco'. "Les clients n'auront plus la possibilité d'acheter un canapé: ils le 'leaseront' avec un contrat annuel. Nous venons le récupérer à domicile au terme du leasing pour le démanteler et le recycler. Ou bien, si le canapé est encore en bon état, il sera proposé en seconde main par un tiers. Ce service présente deux avantages majeurs. D'une part, nous garantissons la valeur écologique du meuble, dont il est certain qu'il sera recyclé ou réutilisé. Et, d'autre part, nous "déchargeons" nos clients qui n'auront pas à s'inquiéter à ce sujet. Et s'ils ajoutent l'option "entretien" à leur abonnement, ils bénéficieront d'un nettoyage par an de leur canapé."

Pour boucler la boucle et marquer le lien avec le livre par lequel tout a commencé, Carl Meers était très désireux d'obtenir le certificat Cradle to Cradle pour le 'Sintese Eco'. "C'est l'écolabel par excellence. L'EPEA, l'organisme néerlandais qui attribue la certification Cradle to Cradle, s'est rendu dans notre usine de Dilsen-Stokkem où il a suivi toute la chaine de production; aucun détail n'a été négligé."
Ce qui l'amène à mentionner un autre avantage majeur d'Indera: la production de A à Z a lieu sur le même site. Si l'entreprise avait collaboré avec différents fabricants, chacun fournissant un modèle spécifique, cela aurait été beaucoup plus long d'arriver à produire ce modèle d'écologie.

©Diego Franssens

Formule d'abonnement
Aussi révolutionnaire que soit ce système pour l'industrie du mobilier, il s'inscrit parfaitement dans la tendance actuelle de l'économie collaborative qui prône l'usage sans la possession, dans le cadre d'une formule d'abonnement. Néanmoins, à son étonnement, Carl Meers n'a pu rallier à sa cause aucune des grandes banques belges pour financer le volet logistique. "Personne n'en voulait. Franchement, je trouve ça surprenant. Et décevant, évidemment. Il a donc fallu chercher un partenaire financier à l'étranger."

Le volet logistique (qui vient emporter les canapés, où vont les différents composants, etc.) est encore en phase de développement. L'objectif est que le 'Sintese Eco' doublé de ce nouveau système de location puisse être lancé à l'automne. À partir de ce moment-là, tout pourrait aller très vite. "Cela dépend dans quelle mesure le marché est prêt à nous suivre dans ce concept écologique", ajoute l'entrepreneur. "Je suis convaincu que le leasing de mobilier, c'est l'avenir. Dans de nombreux autres secteurs, on observe que les entreprises font la démarche de décharger les clients de leurs soucis: il existe des abonnements repas et les vêtements, des systèmes de voitures partagées... Avec le temps, nous n'achèterons plus de canapés, nous les "leaserons". La plupart de nos distributeurs s'en rendent compte eux aussi. La seule voie, c'est l'écologie."

 

 

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