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En exclusivité, des verres faits avec du sable de la plage de Knokke

©Alexander Popelier

AtelierNL, duo d’Eindhoven spécialisé dans le design, a réalisé une collection de verres en édition limitée avec du sable de la plage de Knokke. En exclusivité pour ce numéro de Sabato.

Alors que nous approchons, nous l’apercevons au loin qui s’active déjà, une grande pelle à la main. Dans les dunes de Knokke, entre les oyats ondulants, elle remplit des seaux de sable. Le vent souffle fort, ce qui complique l’opération, mais il ne pleut pas. Elle, c’est Lonny Van Ryswyck. Avec Nadine Sterk, elles forment un duo spécialisé dans le design, AtelierNL, aux Pays-Bas. Pour Sabato, elle a parcouru ce matin les 200 kilomètres qui séparent Eindhoven du Zoute pour remplir cinq seaux de sable. Quel est son idée? "Nous allons le transformer en verre", répond-elle avec enthousiasme. "Saviez-vous que chaque sable, et donc chaque plage, donne une couleur différente? Du jaune et vert au bleu, d’extrêmement transparent à très sombre. Tout simplement parce que la composition minérale change. Peu de gens y prêtent attention. Beaucoup ignorent d’ailleurs que le verre est fabriqué avec du sable. Donc, nous en récoltons différentes sortes pour notre projet ZandGlas (verre de sable). Aujourd’hui, nous venons en extraire à Knokke spécialement pour Sabato."

Le sable est récolté au Zoute, à côté du local du club nautique RBSC. S’il était fabriqué avec du sable des plages de Duinbergen ou de Heist, le verre prendrait une autre couleur. ©Alexander Popelier

Sable très pur

Pour les connaisseurs de la station balnéaire, le sable est ramassé au Zoute, à côté du local du club nautique RBSC. S’il était fabriqué avec du sable des plages de Duinbergen ou de Heist, le verre prendrait une teinte différente. Car le sable d’une plage à l’autre n’est pas le même. Un mot d’avertissement toutefois: si vous préparez déjà seaux et pelles pour confectionner votre propre verre de Knokke dans le micro-ondes, vous courez droit à l’échec. Le sable ne fond qu’à 1.700°C et, lorsqu’il est à l’état liquide, il faut encore trouver un spécialiste capable de le souffler pour lui donner une forme correcte. Aussi, prudence, car strictement parlant, il est en outre illégal d’emporter chez soi du sable de la plage, qui est la propriété de la Communauté flamande. Autrement dit: laissez faire les professionnels.

Le processus de fabrication d'un verre par l'atelierNL (crédit: Blickfänger)

Retour sur la plage. Alors qu’elle remplit son dernier seau, Van Ryswyck nous explique que le verre est pratiquement toujours fabriqué avec du sable argentifère, qu’on extrait entre autres à Lommel, en Belgique. "C’est un sable très pur et propre, qui contient peu de fer. Toute l’industrie du verre repose sur ce seul type de sable, alors qu’il en existe des tas d’autres. Un vrai péché, selon nous. Avec notre projet, nous montrons qu’il est aussi possible de fabriquer des produits de grande qualité avec du sable naturel. Il y a là une véritable alternative au sable argentifère, qui se révélera finalement bien utile pour l’industrie conventionnelle du verre. Car les carrières de sable s’épuisent."

©Alexander Popelier

En voulant produire du verre avec du sable "sauvage", AtelierNL ne choisit pas la facilité. Comme la matière première change en permanence, elles doivent utiliser un four spécial. De même, le souffleur doit à chaque fois repartir de zéro et effectuer de nouveaux tests, un verre pouvant être "plus liquide" qu’un autre. Van Ryswyck et Sterk ont consacré plusieurs années à chercher et expérimenter pour trouver les bonnes recettes et méthodes. Les premiers essais remontent à 2009. Depuis lors, elles ont acquis une expérience telle qu’elles sont prêtes à relever le défi suivant. "Notre rêve est de transformer du sable en verre directement sur place", explique Van Ryswyck. "C’est pourquoi nous sommes actuellement occupées à construire un four mobile. Nous parviendrons peut-être même à développer un appareil hybride fonctionnant partiellement à l’énergie solaire. Notre objectif est de partir en tournée l’été prochain. Notre souffleur, Gert Bullé, s’est déjà engagé à nous accompagner."

Un peu d’Australie à Dubaï

Même si les verres sont beaux et même si le duo d’Eindhoven adore le sable et le verre, leur objectif n’est pas vraiment de se lancer dans la production. Elles veulent surtout raconter des histoires. "À première vue, le sable semble être quelque chose de banal, mais sans lui, pas de maisons, pas de routes, pas de fenêtres et même pas d’ère numérique. En effet, toutes les puces d’ordinateur sont fabriquées avec du silicium, le principal élément du sable. Quand on s’en rend compte, un petit seau de sable vaut soudainement son pesant d’or", poursuit Van Ryswyck avec enthousiasme. Elle continue à nous régaler d’anecdotes croustillantes. "Saviez-vous que des plages australiennes entières sont expédiées à Dubaï par bateau parce que le sable de leur propre désert est trop rond pour être utilisé dans la construction? C’est dingue, non? Que ça se passe comme ça?"

Chaque grain de sable a fait un voyage autour du monde. Autrement dit, avec cette poignée de sable, j'ai en main le monde entier

Un autre objectif du duo est de faire découvrir les sciences. "Beaucoup de connaissances restent cantonnées au cercle des scientifiques et n’atteignent jamais le grand public. C’est dommage, car nous travaillons avec des géologues très intéressants. L’un deux est capable de dire si du sable vient du pléistocène ou de l’holocène et s’il est un dépôt du Rhin ou de la Meuse rien qu’en le goûtant. C’est fou, non? Michael Welland, un scientifique britannique auteur de l’ouvrage de référence ‘Sand’, est aussi très important pour nous. Malheureusement, il nous a quittés l’an dernier. Sa veuve nous a expliqué qu’il était ravi que nous ayons permis à un large public de découvrir et de toucher son travail. Elle ne pouvait nous faire plus grand compliment."

Locaux et alluvions

Une semaine après notre rencontre, nous recevons un mail de Lonny Van Ryswyck: "Aujourd’hui, nous avons sorti les verres de Knokke du four. Nous nous attendions à du vert clair, mais on obtient en fait un bleu turquoise. Magnifique." Une nouvelle preuve que le sable sauvage continue à surprendre.

Mais dans quelle mesure le sable transformé en verre par AtelierNL provient-il de Knokke? Ne serait-il pas venu d’ailleurs? "En effet, le sable est en mouvement perpétuel. Il voyage à travers le monde par les mers et les rivières, mais aussi par le vent. C’est ce qui le rend si particulier. Regardez, celui que je tiens actuellement dans mes mains est peut-être originaire d’un désert. Ou alors, il fut un rocher qui a été réduit en poussière, avant de se déposer ici bien des siècles plus tard. Il peut être âgé de plusieurs millions d’années, ou seulement de quelques jours. Chaque grain a parcouru une longue route, au cours de laquelle il a vécu toutes sortes de choses. En d’autres termes, je tiens ici le monde entier dans mes mains."

C’est justement pour cette raison que le sable de Knokke est parfaitement à l’image de la population locale: un amalgame de locaux et d’alluvions. De personnes qui vont et viennent, chacune avec leur propre histoire. Aujourd’hui, vous pouvez boire dans ce melting-pot.

Les verres en édition limitée de Sabato

Le sentiment d'être à Knokke tout au long de l'année chez soi. Le 'verre de sable de Knokke' a été réalisé de manière traditionnelle et à la main, en édition limitée. Le verre (8cm de diamètre et 9cm de haut) est disponible à la vente(130 euros). Commandez votre exemplaire ou un set de verres ici

©dr

À lire (en entier) dans le numéro de Sabato du 23 juin 2018.

 

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