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L'architecte Marie-José Van Hee présente sa première collection de mobilier

Pour cette collection en édition très limitée, Marie Mees et Cathérine Biasino (The Alfred Collection) ont spécialement créé sept coussins en pure laine vierge. ©Filip Dujardin

Une valise qui devient un plateau, un lit qui se transforme en banquette, une table qui se fait étagère: la collection de Marie-José Van Hee défie avec les apparences.

On ne présente plus l’architecte belge Marie-José Van Hee. Pourtant, jusqu’à présent elle n’a jamais créé de mobilier. Une suite logique quand on joue dans la cour des grands architectes. Et ceci explique cela: jusqu’à l’année dernière, elle n’avait en effet aucun fauteuil chez elle. "C’est la première fois de ma vie que j’en ai un!" témoigne-t-elle. "C’est un bel exemplaire vintage du Danois Børge Mogensen, mais je ne m’y suis assise qu’une seule fois, quand j’étais malade."

  • Marie-José Van Hee a fondé son studio d’architecture en 1975 et elle travaille depuis 1990 en étroite collaboration avec Robbrecht et Daem, avec qui elle partage un bureau. Ensemble, ils ont conçu la Halle de Gand et la Léopold De Waelplaats à Anvers. 
  • Marie Mees et Cathérine Biasino sont designers textiles free-lance et travaillent ensemble depuis 2006, notamment pour l’architecte John Pawson et le restaurant The Jane à Anvers. En 2009, elles ont créé leur propre label, The Alfred Collection.
  • Amaryllis Jacobs et Kwinten Lavigne ont fondé en 2014 Maniera, une galerie bruxelloise. Ils collaborent avec artistes et architectes , confirmés ou non, sur la conception de mobilier. Ils ont participé à Design Miami pour la première fois cette année.

Bref, la Gantoise est la sobriété même. Pour elle, le leitmotiv ‘less is more’, ce n’est pas du bla-bla. Et voilà qu’elle a conçu une banquette! Ou plus exactement, un ‘bed/sofa’: un lit double que l’on peut transformer en banquette en redressant une moitié pour en faire un dossier. Et, pour éviter qu’il glisse, on attache les pieds ensemble avec des sangles en cuir. Une solution que l’architecte avait déjà imaginée dans sa jeunesse, mais dans une version plus rudimentaire et spontanée. "Nous passions la nuit dans une auberge de jeunesse, mon copain et moi. Pour dormir plus confortablement, nous avions réuni les deux lits en attachant les pieds avec des chaussettes."

Elle a conçu ce lit en 1997 pour sa propre maison, qui venait d’être achevée. "À l’époque, mon lit se résumait à un matelas posé sur le sol. J’ai pensé qu’il était temps de le surélever. J’ai donc conçu un lit très simple, composé d’un cadre en chêne peint en blanc et de minces lattes en cèdre pour y déposer le matelas", explique-t-elle. Le lit s’harmonise parfaitement avec sa maison, épurée jusqu’à l’essentiel. Les proportions, les matériaux, la lumière et l’utilisation de la couleur: l’ensemble dégage un calme presque sacré. Ce n’est pas un hasard: elle s’inspire volontiers de l’architecture religieuse: "Ma maison ressemble à un monastère, sauf que l’on ne vit pas tout à fait de la même façon!"

L’année dernière, Marie-José Van Hee a retravaillé sa création pour l’exposition ‘Un meuble est aussi une maison’ au musée du design de Gand, où le lit a été exposé. Pour que la position banquette donne bien, les lamelles ont été élargies. Et au lieu du blanc, elle l’a peint dans sa nuance préférée de vert.

L'architecte Marie-José Van Hee sur le très sculptural escalier de sa maison à Gand. ©Guy Kokken

Mobilier d’architecte
Ce meuble n’a pas échappé à l’œil d’Amaryllis Jacobs. En 2014, avec son époux Kwinten Lavigne, elle fonde Maniera, une galerie bruxelloise qui invite artistes et architectes à concevoir des meubles. Quand elle a repéré le ‘bed/sofa’, elle a tout de suite contacté l’architecte. "Elle était sur notre wish-list depuis longtemps. C’est une femme extraordinaire, une grande dame de l’architecture belge. Lors de l’exposition, ses meubles m’ont vraiment séduit. On voit que c’est une création mûrement réfléchie, aboutie", déclare l’éditrice. "Regardez cette ligne, c’est superbe!" Elle me montre le ‘daybed’, version simplifiée du ‘bed/sofa’. "Les pieds sont plus inclinés vers l’intérieur d’un côté, parce qu’un jour, je m’y suis cognée", déclare Van Hee avec un clin d’œil. Bien qu’ils fassent flotter le lit avec élégance, ces pieds renfoncés ne sont pas une petite folie formelle: ils renforcent le lit en son milieu. "Parce qu’un lit double peut facilement s’affaisser au centre!"

Le ‘bed/sofa’ est une exception dans le travail de l’architecte. En général, le mobilier est intégré à l’architecture: un mur est une bibliothèque et, un escalier, un vestiaire. Dans sa philosophie spartiate de l’habitat, les meubles indépendants sont rares. Lors d’un précédent entretien, elle avait été jusqu’à dire que les meubles étaient la dernière chose pour laquelle elle dépenserait de l’argent, et qu’elle préférait investir dans la pierre et les livres. "C’est exagéré", rétorque-t-elle. "En tant qu’architecte, je suis davantage préoccupée par l’espace que par ce qu’il contient."

©Filip Dujardin

Reines de la couleur
Pour Maniera, la Gantoise a ainsi retravaillé une fois de plus son ‘bed/sofa’. Telle un sculpteur, elle continue à affiner sa création. En raison de son dossier rigide, la version présentée au Musée du design n’était pas aussi confortable dans sa version banquette. C’est pour cela qu’elle a mis au point un matelas spécial, côtelé d’un côté, pour le rouler ou le replier pour en faire un dossier. "Nous avons longtemps cherché une solution", explique Jacobs. "Jusqu’à ce qu’un beau jour, Marie-José nous apporte un tapis nervuré à rouler sur lequel elle fait parfois la sieste dans son jardin. C’est ça qui nous en a donné l’idée." Outre le matelas, l’architecte a également fait fabriquer des coussins. Pour cela, elle est allée chez les créatrices textiles Marie Mees et Cathérine Biasino, avec lesquelles elle avait déjà collaboré à plusieurs reprises. La première fois, c’était en 2010. À l’époque, Van Hee avait conçu une maison à Zuidzande et avait demandé au tandem Mees-Biasino de concevoir tout le textile, des tapis aux rideaux, en passant par les serviettes de toilette et le linge de lit. "Ce que nous faisons, ce n’est pas ajouter une ‘sauce textile’ à l’architecture de Marie-José: le textile en fait partie. S’il y a beaucoup de béton nu, nous cherchons des tissus en harmonie", explique Marie Mees.

Les trois Gantoises partagent leur amour du savoir-faire, de la tactilité, des matières naturelles et des couleurs sobres. "Elles ont cette sobriété qui est d’un raffinement extrême", souligne Jacobs. "Et elles travaillent toutes les trois de manière très précise et réfléchie. Marie et Catherine sont les reines de la couleur." Cathérine Biasino sourit à ces mots. "Nous sommes très sensibles à la couleur et y consacrons beaucoup de temps. Pour nous, le bleu n’est jamais simplement du bleu: ce doit être un bleu bien précis." Pour cette collection, Biasino et Mees ont réalisé sept coussins en feutre de laine. "Nous avons opté pour une technique de maille spéciale, avec des côtes qui rappellent les lattes de la banquette. Les motifs graphiques en sont également inspirés", expliquent-elles.

Le ‘bed/sofa’, est un lit qui peut être transformé en banquette. Pratique pour ceux qui vivent dans de petits espaces. ©Filip Dujardin

Paresseuse de nature
Pour le ‘bed/sofa’, Marie-José Van Hee a également conçu le ‘serving/tray/case’. Ce meuble multifonction est à la fois table d’appoint, plateau et rangement. "On peut y ranger le linge de lit quand on utilise le ‘bed/sofa’ comme banquette. Et quand on le transforme en lit, on y range les coussins", explique Cathérine Biasino. Ce petit meuble a le même cadre en chêne que le ‘bed/sofa’ et on y retrouve également le cèdre clair. "Elle ressemble à un lit de bébé que j’avais conçu dans les années 80 et que j’ai offert à mon frère à la naissance de son premier enfant. Ensuite, il a fait le tour de la famille." Le troisième élément de la collection en édition limitée (il n’y a que sept exemplaires de chaque pièce et elles sont entièrement réalisés à la main en Belgique) est une table appelée ‘house/work/table’. L’architecte l’a dessinée en 2011 pour la même maison de Zuidzande. Ici aussi, tous les détails font preuve d’ingéniosité, comme le plateau peint de la table. "Je fais toujours appliquer la dernière couche au pinceau, pour faire apparaître le trait", explique-t-elle. Autre détail bien vu: les pieds peuvent être fixés à différents endroits par un ingénieux système de broches en fer. "Comme le maître d’ouvrage ne trouvait pas de table qui lui plaisait, il m’en a demandée une. Il a bien fait, sinon cette table n’existerait pas! Je n’agis que quand c’est nécessaire car je suis fondamentalement paresseuse!" s’amuse Van Hee. Difficile à croire de la part de quelqu’un qui préfère s’asseoir à table plutôt que dans un fauteuil.

Épurer la conception
La collection de Marie-José Van Hee, Cathérine Biasino et Marie Mees est la seizième collection éditée par Maniera. "Nous demandons à des artistes et des architectes de concevoir des meubles de la même manière qu’ils abordent leur travail, d’où le nom de Maniera. On voit que les architectes pensent en termes de construction, contrairement aux artistes qui, eux, partent d’un concept", précise Jacobs. "Les meubles de Marie-José sont le reflet de son style d’architecture: réfléchis, épurés et sobres. Sa méthode de travail est similaire: elle prend le temps d’épurer la conception, de la sublimer." Ou, pour reprendre les mots de Le Corbusier: concevoir des maisons, ça demande de la patience et un travail intense pour arriver à l’essence, un processus à mille lieues du travail à la chaîne.

Chaque meuble a été réalisé en 7 exemplaires. Prix sur demande. L’exposition se déroule jusqu’au 24 février 2018 chez Maniera, place de la Justice 27-28 à 1000 Bruxelles. www.maniera.be

Marie-José Van Hee (à gauche), Cathérine Biasino (en haut), Marie Mees (au centre) et Amaryllis Jacobs (à droite). ©Guy Kokken

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