Au nom du père et des fils

Donnez un costume à David et Hannes Van Severen et ils se mettront direct à maudire l'absurdité de la mode. Demandez-leur de se mettre à table et ils commenceront à se chamailler comme seuls des vrais frères savent le faire. Entretien avec un architecte et un ébéniste en pleine percée internationale.

À partir du 21 septembre, Grand-Hornu-Images organise l'exposition Le Labo des Héritiers, consacrée aux descendants de créateurs. Comment la génération suivante vit-elle avec l'héritage de ses parents ? S'y oppose-t-elle ou surfe-t-elle sur leur réputation ? Prenons les frères Van Severen, fils aînés du designer gantois Maarten Van Severen (1956-2005).
L'un est un architecte de renommée internationale chez Office, un bureau de quinze personnes qu'il a fondé avec Kersten Geers. L'autre fait des meubles-sculptures et ne veut travailler qu'avec son épouse, Fien Muller. À Grand-Hornu-Images, les frères résument l'histoire familiale dans une installation conceptuelle mêlant l'architecture de David, les meubles de Hannes, le design de Maarten et les peintures du grand-père, Dan.

SABATO : À la longue, n'en avez-vous pas marre des références à vos père et grand-père ?
Hannes Van Severen : " Nous voulions faire quelque chose qui nous mette à l'aise, pas une petite expo classique avec des oeuvres reconnaissables de chaque membre de la famille. Heureusement, nous avons trouvé mieux. "
David Van Severen : " Cela devait être une expérience personnelle des descendants. Un laboratoire subjectif qui évite les sentiers battus et dépasse les attentes. On peut lutter contre ses origines, mais ça n'a pas de sens : mieux vaut en faire quelque chose de créatif. "
Hannes : " Dans la presse étrangère, on ne me compare jamais à mon père. En Belgique, on me fait plus vite la remarque " Pour vous, c'est facile, vous êtes le fils de Maarten ! "
David : " Cette exposition était tout sauf facile. Nous nous sommes disputés comme seuls des frères peuvent le faire, au téléphone notamment. "
Hannes : " Ces conversations téléphoniques auraient pu être intéressantes comme concept d'exposition : ne pas présenter de créations, faire écouter le processus émotionnel du travail ! "
David : " Hey, ne fais pas ton intello ! (rires) Après de longues discussions, nous avons imaginé une construction faite de panneaux préfabriqués et de dalles en béton. Hannes présente les cadres en acier de sa dernière collection de meubles. La bibliothèque en aluminium, contre le mur, est une création de Maarten. Les couleurs font référence à une peinture de William Cole : un jour, il a fait le portrait de mon père en deux à-plats peints dans ses couleurs préférées. Et les grilles d'égout rouillées, contre le mur, ont inspiré les peintures minimalistes de Dan. Nous ne montrons pas ses oeuvres proprement dites, mais les sources des références que nous avons trouvées dans le jardin, chez notre grand-mère. "
Hannes : " Comme notre installation se trouve à l'extérieur, le curateur, c'est la météo. Les pieds de mes meubles continuent à rouiller sur les dalles de béton. La peinture devient sale. Le vent chasse des feuilles. C'est cette patine qui nous intéresse. "

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©Diego Franssen

Cette patine convient-elle à vos meubles et à votre architecture, souvent décrits comme minimalistes ?
Hannes : " C'est le grand malentendu à propos de l'oeuvre des Van Severen. Si Fien et moi faisons un meuble avec un plateau en plastique, il n'y a pas de problème s'il est griffé. Mon père adorait que sa table en aluminium porte des traces d'utilisation, alors que beaucoup de clients faisaient poncer les griffes pour que leur table reste épurée. "

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David : " Les dessins de Maarten ne sont absolument pas minimalistes, au contraire, ils sont très complexes à réaliser. "

Votre père a-t-il influencé votre travail ?
David : " Comparer les générations, je trouve ça artificiel. Oui, on peut retrouver dans notre travail la ligne claire des tableaux de Dan et des meubles de Maarten. Mais, pour moi, c'est trop banal et trop littéral. En même temps, il faut être honnête : nous faisons partie de cette famille. Maarten était obsédé par les matériaux, tout comme nous. Et l'idée qu'une chaise doit être à la fois belle et confortable, nous l'avons aussi héritée de lui. "
Hannes : " Il est logique qu'il y ait une influence. Enfants, nous avons passé des heures dans son atelier. D'abord pour jouer et faire du skate-board, puis pour l'aider à poncer ses tables pour gagner un peu d'argent de poche. "
David : " Dans l'atelier de Maarten, nous découvrions les matériaux et les échantillons qui s'y trouvaient. Grâce à nos collaborations avec Kersten Geers (Office) et Fien Muller, Hannes et moi faisons quelque chose d'intéressant de nos origines. "
Hannes : " Fien vient d'un milieu de collectionneurs d'art et d'antiquités, pas nous. Vous pouvez voir ce mélange d'influences à notre boîte en marbre : c'est une simple boîte à la Donald Judd, mais chaque paroi est réalisée dans un marbre différent. Nos antécédents à tous deux sont contenus dans un seul même objet. "

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Lisez la suite dans Sabato du 20 septembre. 

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