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Bienvenue au 101, la nouvelle propriété du célèbre designer Tom Ford

Tom Ford est entré par hasard au 101, à 18 ans, et a été séduit par la maison, la décoration et la personnalité du propriétaire. ©Nikolas Koenig / OTTO

"C’était une des maisons les plus inspirantes que j’aie jamais visitées", raconte le designer Tom Ford. À 18 ans, il est entré par hasard au 101, la maison du grand designer américain, Halston. Aujourd’hui, Ford en est le nouveau propriétaire. Célébrités, parties et histoire de la mode: bienvenue au 101.

Rares sont les endroits dans le monde où seul un numéro suffit pour la navigation: le nom de la rue, du quartier ou de la ville sont superflus car la hype dépasse largement l’adresse. C’était le cas du Studio 54. Et du 101. Deux adresses new-yorkaises dont les histoires se recoupent.

©Engel & Völkers, New York

En 1974, le créateur de mode Roy Halston Frowick (1932-1990) achète cette maison, un bâtiment important dans l’histoire de l’architecture signé Paul Rudolph, pour le faire entrer dans l’histoire de la mode. Halston est alors le premier designer de mode américain superstar, avec tous les excès, succès et déboires qui vont de pair. Des années 1970 à 1990 (année de son décès des suites du sida), sa maison accueille le who’s who de la scène new-yorkaise de la mode et de l’art.

Tout ce qui s’est passé au 101 est présenté dans le documentaire ‘Halston’ (disponible à la demande sur iTunes), un film de Frédéric Tcheng, un réalisateur français à qui l’on doit également ‘Dior & I’, ‘Valentino: The Last Emperor’ et ‘Diana Vreeland: The Eye has to Travel’. Le film raconte l’histoire de Halston. Ce modiste de formation arrive à New York en 1957.

Très vite, il est remarqué grâce aux célébrités qui portent ses chapeaux. Et, en 1961, lors de la cérémonie d’investiture du président américain John F. Kennedy, Jackie en porte un. C’est la consécration. En 1966, la chaîne de grands magasins de luxe Bergdorf Goodman mise sur le potentiel de sa première collection de mode, entre couture et prêt-à-porter. Les silhouettes imaginées par Halston sont à l’opposé de la mode hippie des années 1960: il propose un ‘smart look’ féminin, composé de pièces minimalistes et de belles matières comme le cachemire et le daim.

Anjelica Huston, une des nombreuses stars habillées par Halston. ©Berry Berenson Perkins

Très vite, Halston complète cette proposition avec des parfums, des accessoires, des bagages et même des tapis. Grâce à des collaborations ciblées avec des stars et des artistes, il devient le créateur-star de l’ère du disco.

Le designer mène grand train, dépense 150.000 dollars par an en orchidées, s’entoure de mannequins qu’il appelle ‘Halstonettes’, sniffe de la coke pour 1.000 dollars par semaine et, quand le Studio 54 ouvre ses portes en avril 1977, trois jours après son 45e anniversaire, c’est le début d’une période de fêtes, de champagne et de tout ce que l’on peu imaginer dans un scénario “rise and fall”.

©Dustin Pittman

La gueule de bois commence en 1982. Il commet l’erreur de sa vie en s’associant à la chaîne de grands magasins J.C. Penny, qui veut utiliser son nom pour commercialiser une ligne de vêtements destinée au marché de masse. Le créateur accepte, il aime l’idée d’habiller toutes les Américaines. Si ce type de collaboration entre high fashion et high street est aujourd’hui plus courante, à l’époque, on n’en est pas là.

Et c’est le début de la fin: Bergdorf Goodman le laisse tomber du jour au lendemain. Suite à différents changements de main, Halston perd la licence de ses produits dérivés. En 1984, il tente de racheter sa marque, mais il est trop tard. Celle-ci sera ranimée à plusieurs reprises, notamment par le producteur Harvey Weinstein, mais l’âme de l’époque est définitivement perdue.

Collection Warhol

Andy Warhol était toujours chez Halston, grand collectionneur de ses œuvres. ©Engel & Völkers, New York

Quand il achète la maison, Halston ne touche pas à l’architecture d’origine. "Il n’a apporté que quelques modifications cosmétiques. Il a opté pour une palette de gris, par exemple, supprimé la bibliothèque flottante et installé un jardin d’hiver de bambous", détaille Dan Webre de la Paul Rudolph Foundation, qui préserve et étudie le patrimoine de l’architecte. "La maison apparaît dans de nombreux plans vintage du documentaire, basé sur ‘Halston: Inventing American Fashion’, un livre écrit par la nièce du designer, Lesley Frowick. Dans une des premières scènes, on aperçoit sa collection d’œuvres d’Andy Warhol."

Pour en savoir plus, il faut se tourner vers les visiteurs de l’époque. À commencer par Andy Warhol, qui surnommait le 101 son ‘home away from home’. Dans son livre ‘Exposure’, on apprend que la maison était le point de ralliement avant le Studio 54. "Et, à la longue, la maison d’Halston est devenue la discothèque la plus trendy de Manhattan. Au 101, ses amis pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. Le seul intrus était Andy Warhol et son Olympus."

Le documentaire présente des images historiques de la maison, qui accueillait des célébrités de l’époque - Bianca Jagger, Elizabeth Taylor, Martha Graham et Liza Minnelli.

©Engel & Völkers, New York

 

Jet set

À la mort d’Halston, Gunter Sachs et Gianni Agnelli achètent la maison. Ils n’y vivent pas, mais l’utilisent pour des soirées, des prises de vue et même pour leurs rendez-vous discrets. C’est le play-boy germano-suisse, photographe, héritier d’Opel et époux de Brigitte Bardot qui en devient ensuite l’unique propriétaire. Jusqu’en 2011, quand il met fin à ses jours à Gstaad.

©Engel & Völkers, New York

Suite à son décès, la maison est mise en vente et le reste pendant huit ans, jusqu’à l’arrivée de Tom Ford. Le designer connaissait un peu les lieux: il s’y était déjà rendu en 1979 ou 1980, expliquait-il en mars dernier au magazine WWD à l’occasion de son élection en tant que président du Council of Fashion Designers of America.

©Ezra Stoller / Esto

"Je n’étais pas un ami d’Halston, mais quelqu’un m’avait présenté à lui et c’est ainsi que j’y suis entré. Nous étions passés prendre quelqu’un avant d’aller au Studio 54. J’avais 18 ans, je crois. C’était une des maisons et des intérieurs les plus inspirants que j’aie jamais visités."

Son amour de l’architecture (il a un ranch conçu par l’architecte Tadao Ando), son allure sexy et sa rencontre avec Halston dans la maison font de Ford le propriétaire idéal du 101. "Je voudrais remettre la maison dans l’état dans lequel je l’ai vue quand Halston y habitait. Je vais la décorer avec des tapis et des meubles gris, rien de plus." Et ce qui se passera au 101 restera au 101...

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