In bed with De Niro

'Het blijft in de familie', VRT 2014. ©© VRT 2014

Quand on réunit le godfather de l’aménagement intérieur Axel Vervoordt et l’acteur multi-oscarisé Robert De Niro, on obtient une suite penthouse à Tribeca, où le vide est synonyme de luxe et où la nuitée revient à 12.000 dollars. Sabato a pu la visiter en exclusivité.

La suite revient à 12 000 dollars la nuit. Et il faut y rester au moins trois nuits. Pas donné pour un endroit où le vide est le plus grand luxe... Le penthouse aménagé style wabi-sabi, au sommet de l'Hôtel Greenwich, est l'une des chambres les plus chères de New York. "Le premier client était si enthousiaste qu'il a voulu rester trois semaines. Il voulait même acheter l'appartement !" s’exclame Axel Vervoordt (66).

Le marchand d'art et philosophe de l’habitation a pu rénover et aménager la suite pour Robert De Niro (70). L'acteur américain est co-propriétaire de l'Hôtel Greenwich qui se trouve en dessous, à Tribeca, un quartier du Lower Manhattan. De Niro est parfois appelé "le maire officieux de Tribeca ", parce qu'il a déjà investi dans de l'immobilier, un cinéma, un festival de cinéma, des restaurants et une entreprise de médias. " Il a relancé Tribeca presque à lui tout seul", rappelle Axel Vervoordt.

À New York, les habitations sont souvent ostentatoires : tout doit être neuf et flashy. Ce penthouse est à l'opposé : matières brutes, silence et vide donnent le ton.
Axel Vervoordt

Avec 88 chambres et une vue sublime sur le fleuve Hudson, le Greenwich est le fleuron de De Niro. Rien n’est trop beau : pour le Shibui Spa, au sous-sol, il a fait recréer poutre par poutre une maison japonaise XVIIIe. "De l'extérieur, l'hôtel ressemble à un brownstone new-yorkais, alors qu’il a été bâti de toutes pièces sur le site d'un parking. L'hôtel donne l’impression d’avoir toujours été là. Tout comme le penthouse de 630 mètres carrés (superficie intérieure et extérieure). C'est le lieu de repos minimaliste ultime, au-dessus de l’agitation de la ville."

De Niro acquiesce : "La suite fait davantage office de maison que de chambre d'hôtel. Elle a été conçue pour les personnes qui aiment vivre de manière sophistiquée et authentique. La combinaison d'ingéniosité artisanale et de confort offre à nos clients une expérience unique."

Douze votes sur douze

©Nikolas Koenig

Axel Vervoordt a rencontré Robert De Niro via des amis communs. Ensuite, l’acteur est venu en Belgique pour visiter Kanaal, les bureaux de l’Axel Vervoordt SA, à Wijnegem.

"Nous sommes devenus des amis. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois à New York et, maintenant, il nous invite aussi à ses soirées privées. C’est une personne spéciale, très intègre. Presque humble, et même un brin timide. Son épouse, Grace, dégage énormément d'énergie positive. Robert a été impressionné par les salons du château, mais il était surtout attiré par les pièces sobres, dans lesquelles on trouve la sérénité. Dans tous nos livres de design d'intérieur, Robert avait collé des post-it sur les photos qui l’inspiraient. Et son goût était proche de nos réalisations style wabi-sabi : des pièces aux murs en terre peinte et d’autres matériaux naturels peints. Il a décidé de travailler avec nous pour la rénovation du penthouse au sommet de son hôtel."

De Niro avoue qu'il n'avait encore jamais vu de projet wabi : "Mais quand j'ai rencontré Axel, j'ai été convaincu qu'il pourrait faire quelque chose d'unique. Son intervention va au-delà du design d'intérieur, je la considère comme une œuvre d’art. J'aime l'esthétique d’Axel : spéciale, unique et simple."

Depuis des années, ce penthouse était un sparadrap collé aux doigts de De Niro. Il ressemblait à un manoir anglais et avait un toit plus haut que prévu sur les plans de construction (2008), ce qui ne plaisait pas à la très stricte Landmark Preservation Commission de New York. Il fallait donc transformer le penthouse avant même que quiconque ait pu y séjourner.

En 2010, Vervoordt entre en scène. Avec son architecte wabi japonais Tatsuro Miki, il imagine une solution : " Tatsuro est allé sur place et a vu que les formes carrées, typiques de l'architecture japonaise, étaient récurrentes. Nous avons combiné ses conceptions architecturales orientales avec les proportions occidentales sacrées, comme le nombre d'or, qui reviennent fréquemment dans mon travail. Le penthouse est devenu un lieu universel, un lien entre l'Orient et l'Occident. Un espace serein qui semble avoir toujours été là.

En novembre 2010, le projet est présenté à la Landmark Preservation Commission de New York. Et obtient un permis de bâtir, avec la note exceptionnelle de 12 votes sur 12, un résultat extrêmement rare.

Récupération et sérénité

©Nikolas Koenig

Robert De Niro a donc obtenu le feu vert. Quel a été le facteur qui a influencé les membres de la Commission ? "Tribeca a une atmosphère et un style de vie typiques", explique De Niro. "Axel a respecté cela, et a intégré des éléments urbains dans son projet. C'était exactement ce que je voulais : quelque chose d'intemporel, qui s’enrichisse et s’embellisse au fil des ans."

"Le wabi est une philosophie qui cherche la paix intérieure et le lien avec l’environnement local", ajoute Vervoordt. " hink global, act very local" était notre devise. Nous avons donc choisi des matériaux ordinaires, que nous avons trouvés à New York. Les murs sont peints avec de la terre new-yorkaise, nous avons trouvé les pierres sur les docks, les planches des plafonds ont été récupérées sur le marché aux légumes de New York. Nous avons utilisé des matériaux que d'autres jettent. Un espace aussi serein ne tolère pratiquement aucune décoration : il n’y a presque rien sur les murs. Nous avons cherché l'essence de l'essence. C'est inhabituel pour ce genre de chambre d'hôtel coûteuse."

Le penthouse dispose de trois chambres, deux salles de bains, un immense salon et trois cheminées. Chaque chambre de la suite a son propre caractère. La cuisine ressemble à un modeste atelier, tout comme les salles de bains. Les chambres sont très féminines, avec des teintes sobres et des textures douces. Le salon est ouvert, vide et serein, avec une grande cheminée.

Vervoordt a signé le mobilier destiné aux vastes terrasses sur différents niveaux avec pergolas en fer. Il a opté pour des matériaux industriels qui vieillissent bien avec le temps, comme les brownstones du quartier. " Un matériau que vous empruntez à la nature, vous devez le lui rendre. La nature fait s’user et vieillir les choses. Certaines personnes appellent cela de la patine; en ce qui me concerne, je le vois comme une seconde peau."

Normalement, Axel Vervoortdt ne conçoit pas d’hôtels, à l'exception du Bayerischer Hof (Munich), car il les trouve "trop anonymes". Il préfère les maisons privées "qui, par le biais de leur décoration et de leur collection d'art, sont un autoportrait des résidents."

"C'est pourquoi je ne considère pas ce projet comme une chambre d'hôtel, mais comme une installation", explique-t-il. "Il n'y a presque pas d'œuvres d’art sur les murs, car le penthouse est en lui-même une œuvre d'art. Quelques vases japonais et une sculpture d’Otto Boll rendent le vide encore plus captivant. Les sobres fleurs et branches sont les seules "œuvres d’art éphémères" que nous ayons ajoutées à l'appartement."

Séjourner dans une œuvre d'art

©Nikolas Koenig

Il n’y a pas non plus d’œuvres du père de Robert De Niro. Ce dernier était un peintre expressionniste figuratif qui, après la Seconde Guerre mondiale, est devenu ami avec des artistes et écrivains tels que Jackson Pollock, Willem de Kooning, Henry Miller et Tennessee Williams. Bien que son œuvre soit toujours vendue, il n'a jamais eu la renommée mondiale de son fils acteur. Un documentaire sur lui sera diffusé cet été par HBO. "L’atelier new-yorkais de De Niro senior, à Greenwich Village, est toujours intact depuis sa mort, en 1993. J’y suis allé avec Robert : c'est un endroit magnifique, il devrait en faire quelque chose. J'ai fait plein de photos. Robert n’achète que l'art de son père. Sa maison en est pleine."

Ce n’est pas par hasard si les milieux artistiques semblent apprécier le penthouse du Greenwich. Des artistes contemporains, comme Marina Abramovic, Adam Fuss et Hiroshi Sugimoto, étaient présents lors de l'ouverture. Ils l’ont qualifié de "cadeau pour New York".

Pourtant, faire une rénovation à New York n'est pas un cadeau. Et encore moins au neuvième étage, au-dessus d'un hôtel. "Le chantier a duré trois fois plus longtemps que prévu. Les grues ne pouvaient travailler que le dimanche. Et seulement quand il y avait peu de vent. Pour ne pas déranger les clients de l’hôtel, les travaux ne pouvaient se dérouler qu’entre 11 et 17 heures. En raison de toutes ces difficultés pratiques, il a fallu attendre trois ans."

Il s’agit du premier projet d'hôtel d’Axel Vervoordt. Et de son premier projet wabi à New York, où il a déjà aménagé des appartements et des hôtels particuliers. "De Niro concocte de nouveaux projets hôteliers, auxquels nous pourrons peut-être participer", explique le décorateur. "Je ne peux pas en dire plus à ce stade. Toutefois, cela semble être le début d'une longue collaboration."

Depuis que Robert De Niro a mis les pieds à Tribeca, pour les besoins du tournage de Raging Bull en 1980, il n'en est plus reparti. Il a investi dans de nombreux projets tant horeca qu'immobiliers. Il y a même installé ses studios, Tribeca Productions, et, dans la foulée, a lancé le Tribeca Film Festival. Il a investi dans le restaurant Tribeca Grill et l'hôtel Greenwich. Le restaurant de ce dernier, Locanda Verde, sert de la cuisine italienne, en hommage à ses jeunes années passées à Little Italy. Le restaurant Ago à Hollywood est aussi à lui. De Niro est co-investisseur dans le groupe Nobu : une chaîne d'hôtels et de restaurants qui porte le nom du célèbre chef japonais Nobuyuki Matsuhisa. Depuis 1994, le groupe a ouvert 32 restaurants et 4 hôtels dans le monde. L'année dernière, il a investi dans Project 179, un projet immobilier très ambitieux à Shanghaï qui doit être livré en 2016. Son fils, Raphael (fils de sa première épouse), est aussi actif que son célèbre père dans l'immobilier à New York.

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