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La villa du chêne

©AABE

"Regardez cet arbre et oubliez un instant la villa. Vous retombez en enfance, n'est-ce pas? Vous mourez d'envie de grimper dans ce chêne et de vous balancer à ses branches, non?"

Quoi? Une villa en béton autour d'un chêne centenaire.
Pour? Un couple d'amoureux de la nature.
Qui? Atelier d'Architecture Bruno Erpicum & Partners.
Où? Dans les collines de Bousval, en plein Brabant wallon.
Matériaux? Béton, chêne et verre.
Détail? Le béton a été coulé dans le coffrage pendant plusieurs jours pour donner l'impression d'être fait d'anneaux de croissance comme le tronc du chêne.

L'architecte Bruno Erpicum d'AABE devient lyrique quand il parle du chêne qui se trouve sur ce terrain à Bousval, dans le Brabant wallon, où il a réalisé cette villa en béton. Une création radicale, littéralement enracinée dans la terre. "Les maîtres d'ouvrage ont choisi ce terrain justement pour la présence de ce chêne centenaire protégé. Le défi consistait à formuler une réponse architecturale à cet arbre somptueux."

Au cours de ces 33 dernières années, Bruno Erpicum et son bureau ont évolué vers plus d'humilité pour faire corps avec la nature et éviter d'entrer en concurrence avec l'environnement. "C'est pour cela que nous aimons travailler avec des matériaux qui embellissent avec le temps. Le vieillissement devient alors de la patine, un processus où la nature domine. En tant qu'architecte, nous avons le devoir de construire en tenant compte des tenants et aboutissants de nos projets. C'est une question de respect de la nature, mais aussi de ceux qui vont y vivre."

L'architecte s'est inspiré des anneaux de croissance des arbres. Le béton a été coulé par strates pour donner cette impression de croissance organique et ainsi faire écho au chêne centenaire qui se trouve sur le terrain. ©AABE

L'architecte s'est inspiré de l'écorce de l'arbre pour choisir le matériau de base, le béton brut, et des anneaux de croissance de son tronc pour la façon de le couler dans le coffrage. "C'est un processus que j'ai mis au point avec les entrepreneurs. Nous avons facilement fait une cinquantaine d'essais avant de trouver", explique-t-il. "Chaque jour, nous avons coulé une nouvelle couche de béton de 30 centimètres. La maison a grandi de manière organique, comme un arbre. Il est arrivé que les couches se mélangent et qu'il y ait des irrégularités, mais nous ne l'avons découvert qu'une fois ce travail terminé. J'ai trouvé ce processus passionnant, comme une sculpture en bronze. Le résultat est que, contrairement à ce que l'on voit habituellement, le paysage "bénéficie" de la présence de la maison."

Le défi: construire une villa sans toucher au chêne centenaire qui se trouvait au beau milieu du terrain. ©AABE

"Mon style d'architecture est un exercice d'effacement de l'homme face à la nature. On dirait que c'est extrêmement simple, mais atteindre cette simplicité-là ne s'est pas fait en un jour, croyez-moi."
Sur le plan de la construction, ces murs en "béton en cercles de croissance" ne sont pas aussi solide que le béton coulé standard. Erpicum a donc fait appel à des ingénieurs pour qu'ils calculent avec exactitude la force portante des murs de soutènement. "En outre, comme toutes les installations techniques et les canalisations ont été intégrées dans les murs, il fallait trouver une approche alternative due à cette structure spécifique."

©Racine3

On retrouve les mêmes matériaux à l'extérieur comme à l'intérieur -béton, chêne et verre- ce qui fait littéralement entrer l'environnement dans la maison par le biais du toucher.
À l'intérieur, l'architecte a également cherché un nouveau vocabulaire qui corresponde à cette économie de moyens: pas de plinthes, pas de charnières, pas de poignées de porte. "Je n'aurais pas pu concevoir cette maison il y a trente ans. Épurer toujours plus est un défi, mais j'y travaille. Je me demande à partir de quel moment une maison devient une sculpture..."

 

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