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Le Belge Thomas Annicq lance une appli qui sert de majordome virtuel

Pour l’aménagement de son appartement, Thomas Annicq a fait appel à Dieter Van der Velpen. "J’ai découvert par hasard que les photos que j’épinglais étaient en grande partie les mêmes que les siennes. Nos goûts se recoupaient considérablement." ©Patricia Goijens

L'architecte Dieter Van der Velpen a conçu un loft à Tribeca Pour l'entrepreneur high-tech Thomas Annicq. Un petit coin de Belgique à New York, d'où Annicq lancera prochainement son application d'assistant numérique personnel, Axon Vibe.

Il est 18:15. Vous filez à la maison, après une dure journée, pour vous rafraîchir. Google Agenda sait que, ce soir, vous irez chez votre mère pour fêter son anniversaire. Il sait aussi que vous devez être là-bas à 19:00 tapantes. Ça va être juste. Axon Vibe vous propose de lui acheter un petit cadeau, des jolies fleurs par exemple. L'application connaît le chemin que vous empruntez tous les jours pour revenir à la maison: elle vous suggère donc deux fleuristes sur votre route, qui ont encore ouverts en cette fin de journée. En plus, elle vous a également communiqué qu'il n'y a pas d'embouteillages. Et que votre commande Amazon est bien arrivée.

©Patricia Goijens

Buddy numérique
"Axon Vibe est une application gratuite qui se veut être votre assistant personnel", explique Thomas Annicq (36). Le Gantois vit à Tribeca, un quartier trendy de New York, dans un appartement flambant neuf. "Elle apprend à connaître vos habitudes et vous facilite la vie en ciblant ses suggestions." Voilà qui vient à point nommé pour le CEO américain d'Axon Vibe. "Une fois par mois au moins je fais la navette entre New York, où je vis, et le siège européen, à Lucerne. Un vol pour Zurich, puis le train jusqu'à ma destination finale. Mon smartphone, mon iPad, ma montre et mon ordinateur portable m'accompagnent. Tous génèrent en permanence des données et communiquent ma localisation GPS. Ils savent donc parfaitement quel est mon trajet habituel. Grâce à Axon Vibe, à JFK je reçois le message que l'embarquement aura lieu dans une quinzaine de minutes. Quand j'atterris à Zurich, l'appli sait que je prends toujours le même train. Logiquement elle me propose des billets en ligne, qu'elle commande directement. Et elle me communique l'heure du prochain départ pour Lucerne. Toute cette logistique est fluide, ce qui me permet de rester cool." Axon Vibe utilise des données liées à la localisation pour que vous puissiez prendre les décisions qui s'imposent plus rapidement et donc perdre moins de temps. Bref, une sorte de GPS majordome, un croisement entre Swarm (anciennement Foursquare) et Google Now.

"Axon Vibe fonctionne avec des données reçues ou achetées à des opérateurs de télécoms aux États-Unis. Sur base de ces données, Axon Vibe prévoit vos besoins tout au long de la journée, comme un assistant numérique personnel qui ferait des suggestions si on le lui demande. Des conseils en matière de restaurant ou un signal pour vous rappeler que vous devez vous rendre d'urgence à une réunion importante."

On perd moins de temps à organiser sa vie avec Axon Vibe. Appelez cela un majordome GPS qui vous facilite la vie en ciblant ses suggestions.
Thomas Annicq

Si Thomas Annicq avait dû chercher un architecte (d'intérieur) depuis Tribeca via Axon Vibe, il n'aurait jamais rencontré Dieter Van der Velpen (28), mais plutôt Axel Vervoordt, qui a aménagé un penthouse pour Robert De Niro un bloc plus loin. Ou Vincent Van Duysen, qui a également un chantier au coin de la rue. Ou l'architecte star uruguayen Rafael Vinoli, qui vit dans le même immeuble, comme Joshua Prince-Ramus, ex-bras droit de Rem Koolhaas, architecte de l'agence OMA, qui dirige son antenne new-yorkaise, REX.

"En fait, j'ai rencontré Dieter Van der Velpen grâce à Pinterest", confie Annicq. "J'ai remarqué que la plupart des photos que j'épinglais étaient les mêmes que les siennes. En visitant son site Internet, j'ai vu qu'il avait travaillé pour Vincent Van Duysen. En avril 2014, quand j'ai envoyé un mail à Dieter pour lui demander s'il ne connaissait pas un architecte "dans son style" à New York, il m'a répondu qu'il désirait me rencontrer. Une semaine plus tard, nous dînions dans un restaurant du quartier. Comme moi, Dieter est un jeune gars qui doit encore faire ses preuves. Faire un projet à New York en début de carrière est un défi. Ses premiers rendus m'ont convaincu."

Le jeune architecte a choisi un agencement clair, des matériaux chaleureux mais minimalistes et des détails raffinés, comme la double porte coulissante derrière la bibliothèque qui sépare le salon de la chambre. Ou le lavabo en marbre de 3,5 mètres de long.

Van der Velpen a conçu un agencement clair, des matériaux chaleureux mais minimalistes et des détails raffinés comme la double porte coulissante derrière la bibliothèque qui sépare le salon de la chambre. ©Patricia Goijens

Prix démentiels
"Nous avons passé deux ans à chercher un appartement", explique Annicq. "À New York, c'est la guerre de l'immobilier parce qu'il y a beaucoup plus de demande que d'offre. Nous avons finalement trouvé un appartement seventies dans un immeuble de bureaux du début du XXème siècle. L'agencement était bizarre, il n'y avait qu'une chambre et une salle de bains. Plus aucun changement n'y avait manifestement été apporté depuis 40 ans."

Dieter Van der Velpen a sous-traité le chantier à deux architectes locaux pour assurer le suivi de son projet. La transformation a été bouclée en quatre mois, "Ce qui est un exploit, parce qu'à New York, vous avez très vite un procès sur le dos si vous occasionnez trop d'inconvénients pendant les travaux", explique Annicq. Dieter et Thomas ont même réussi à apporter quelques touches belges dans l'appartement. La finition des murs a été réalisée avec un produit du cru, Beal Mortex. Le meuble de salle de bain et le lavabo en marbre ont été fabriqués à Genk. "Faire expédier ces éléments à New York revenait deux fois moins cher que de les faire fabriquer sur place. Ici, les prix du marbre sont démentiels."

De l'ONU au Big Data
Thomas Annicq est le fils du serial entrepreneur André Annicq, président de la société Odicé et fondateur de l'entreprise chimique Fluitec. Thomas a étudié la philosophie à Gand et fait un stage chez Johan Verbeke à l'ambassade de Belgique à New York, juste avant que notre pays occupe la présidence du Conseil de sécurité. Il abandonne très vite sa première idée -travailler pour les Nations Unies ou pour l'ambassade de Belgique. Après un emploi à Genève à l'Organisation internationale du Travail (OIT), il part en Chine où, en tant que venture capitalist chez Cinmar Holdings, il suit les investissements dans le secteur médical et lifestyle. "Comme je ne m'y sentais pas à ma place en tant que philosophe, j'ai cherché une meilleure formation. J'ai décroché un MBA à la Sloan School of Management du MIT. C'est aux States que j'ai rencontré mon épouse, une avocate française. Comme les opportunités professionnelles ici sont super, nous sommes restés à New York où est né notre bébé. Mon frère vit et travaille ici: j'ai donc de la famille ici."

Après cette formation au MIT, Annicq lance une startup de technologie financière, Thasos Group. C'est son premier contact avec le big data. Son entreprise suivante, Quantified Labs, est spécialisée dans l'analyse de grands ensembles de données. Par exemple, pour une société qui a l'idée de diffuser de la publicité ciblée sur des panneaux numériques le long des autoroutes. "Ils voulaient adapter cette publicité aux passants à tout moment de la journée. Nous devions donc analyser leurs données de localisation", explique Annicq.

Certains éléments de décoration ont été spécialement importés de Belgique car, malgré le prix du transport, le jeu en valait la chandelle. ©Patricia Goijens

Symbiose magnifique
Depuis janvier 2015, le Gantois développe donc une appli pour la startup suisse, Axon Vibe, qui devrait être en ligne pour la nouvelle année. "Nous utilisons tous des appareils multimédia qui gardent toutes sortes de données en mémoire ou qui diffusent des traces avec énormément d'informations utilisables. Il s'agit simplement de les filtrer. Les données de localisation sont le big data le plus structuré. Elles indiquent où vous vous trouvez à tel moment, où vous vivez, où vous travaillez, comment vous vous déplacez, avec qui vous interagissez et à quelle heure vous allez vous coucher."

"Rien qu'avec les données de localisation, vous pouvez comprendre quelle est la vie et les habitudes d'une personne. C'est ce qui a donné l'impulsion d'Axon Vibe, la société fondée par des vétérans de Bing Maps et Google Maps et dont je suis CEO pour les USA. Je travaille avec une équipe de mathématiciens et d'ingénieurs pour son introduction sur le marché américain . Ils doivent pouvoir poser n'importe quelle question à cet ensemble de données."

Le Gantois a rencontré son épouse, une Française, aux États-Unis. Elle est avocate et travaille à New York et à Paris. "Mon frère vit et travaille ici. J’ai donc un peu de famille dans les parages." ©Patricia Goijens

Développer ce type d'appli est extrêmement cher. Heureusement, quelques investisseurs ont été intéressés par l'entreprise, à la condition qu'ils ne recourent pas aux annonceurs publicitaires. "C'est la façon la plus facile de lever des fonds, mais vous perdez toute crédibilité en tant que majordome indépendant si vous travaillez main dans la main avec le monde de la publicité. Nous n'en sommes pas encore là, mais nous pourrions demander une commission sur les services passés via notre appli, comme le fait l'appli de réservation OpenTable, qui prend une com' de 1 dollar par réservation. Heureusement, nos investisseurs ont une vision à long terme. La plupart du temps, ils veulent vendre après sept ans et prendre leur bénéfice. Avec nous, ils sont plus patients, heureusement. Nous pourrions également opter pour un scénario de sortie, mais cette entreprise est une symbiose magnifique. Et nous nous développons énormément. J'ai commencé seul; trois mois plus tard, nous étions 10 et nous serons 20 à la fin de l'année. Mon agenda est complet pour les prochaines années."

Et l'antenne belge? "Oui, vous pourrez télécharger Axon Vibe en Belgique. Nous commençons par les États-Unis parce que nous y avons accès aux données nécessaires. En Europe, c'est plus sensible. D'ailleurs, les acteurs de télécoms y sont tellement nombreux que les négociations sont difficiles. Nous viendrons en Belgique, mais seulement après avoir fait nos armes ici."
www.axonvibe.com

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