"Ne prendre l'avion que deux fois par an ne me dérangerait pas."

Caroline Van Hoek est une créatrice de bijoux contemporains. Elle expose sa nouvelle collection à la foire Design Miami/Basel à Messe Basel.

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Caroline van Hoek

  • Créatrice de bijoux contemporains.
  • Nouvelle collection à voir à Design Miami/Basel.

Quelle est la chaise de votre vie?

"La ‘Chair One’ de Konstantin Grcic pour Magis. Elle se trouve sur la terrasse de notre chambre à coucher. Comme il n’y a pas de garde-corps, je ne m’y assieds jamais: c’est comme une sculpture à contempler. Elle me fait penser à la figure de proue d’un navire, car, depuis la terrasse, nous voyons la zone portuaire de Gand. Cette ‘Chair One’ appartient à mon compagnon, David Neirings."

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Qu’est-ce qui vous fait vous lever de votre chaise?

"Le fils de David, âgé de huit ans. Comme je n’ai pas d’enfant, c’est un monde complètement nouveau pour moi. Ils sont tous les deux passionnés de skate. La collection de bijoux que je présente à Bâle est inspirée de cette culture. Dans l’univers du skate, il règne un esprit clanique, dans le sens positif du terme. Ils sont tellement motivés qu’ils s’unissent pour atteindre leur objectif. Tomber et se relever est leur devise. Saviez-vous que les skateurs comparent leurs cicatrices?"

Caroline van Hoek, devant la chaise ‘Chair One’ de Konstantin Grcic.
©Alexander D'Hiet

Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

"Ayrton Senna, le pilote brésilien de Formule 1 décédé le 1er mai 1994 à la suite d’un accident sur le circuit d’Imola, en Italie. J’ai eu l’occasion de lui serrer la main: je n’aurais jamais dû la lâcher. Sa biographie permet de découvrir un homme aimable, calme et humble. Mon autre invité serait l’architecte britannique Sir Norman Foster: il s’agit aussi d’un homme humble, doublé d’un visionnaire en matière de mobilité et de durabilité. Je suis très curieuse de découvrir la rétrospective qui lui est actuellement consacrée au Centre Pompidou, à Paris."

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Le célèbre architecte Norman Foster s'expose au Centre Pompidou

Avez-vous déjà retiré la chaisede quelqu’un d’autre?

"Jamais. J’ai suivi une formation de yoga Iyengar et l’idée de se venger ou de nuire délibérément à quelqu’un n’a absolument pas sa place dans cette philosophie. Le yoga a changé ma vie. Il améliore ma souplesse physique et mentale, et me permet d’affronter plus facilement les difficultés. Presque tous les conflits dans le monde résultent d’une mauvaise communication, souvent due à des préjugés. L’abandon de ces préjugés est une des leçons que j’ai apprises grâce au yoga. Cela devrait être une matière obligatoire à l’école. Surtout si on compare les enseignements du yoga aux cours de religion, où tout est focalisé sur la culpabilité, la punition et la pénitence."

Sur quelle chaise aimeriez-vous vous asseoir pendant une journée?

"Sur celle de Bernard Arnault, fondateur et CEO du groupe de luxe LVMH. Avoir autant d’influence dans des domaines et sur des marchés aussi variés, cela doit être formidable, ne serait-ce qu’une journée."

Que faites-vous quand quelque chose vous tracasse?

"Je cuisine. Pendant la pandémie, j’ai joué les traiteurs pour mes amis. Je venais de fermer ma galerie à Bruxelles et je me retrouvais toute seule chez moi. Alors, je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie. Le monde était en feu, la pandémie allait faire beaucoup de victimes. La cuisine était une bonne occupation pour échapper à toutes ces actualités angoissantes. À un moment donné, j’ai même songé à ouvrir un restaurant, mais les réglementations étaient trop complexes. De plus, je redoutais qu’en faire un business me prive du plaisir de cuisiner."

"Je suis inquiète pour le changement climatique et très engagée en faveur de l’écologie."
Caroline van Hoek

Qui nommeriez-vous à une chaire?

"Récemment, j’ai regardé des interviews de Jean-Marc Jancovici, un ingénieur français qui défend l’énergie atomique dans la lutte contre le réchauffement climatique, et d’Alain Bauer, un criminologue français qui étudie l’évolution de la violence dans la société. J’ai été frappée de voir à quel point leurs domaines d’expertise sont liés. En raison du réchauffement climatique, il y aura d’importants déplacements de population. Des régions entières vont s’appauvrir, se dépeupler, voire être dévastées par des incendies, ce qui conduira à la violence et à la guerre. On le constate déjà: cela se produit à une vitesse fulgurante.

Je suis inquiète pour le changement climatique et très engagée en faveur de l’écologie. Si l’on me disait que nous ne pouvions plus prendre l’avion que deux fois par an, cela ne me dérangerait pas. Malheureusement, beaucoup de gens ne sont pas cohérents: ils disent aimer la nature, mais s’envolent à l’autre bout du monde pour 30 euros et font la file pour escalader l’Everest. Je ne comprends pas. En tant que créatrice de bijoux, j’utilise de l’or et de l’argent, c’est vrai, et même s’il y a de l’or équitable, on peut s’interroger sur les conditions de son extraction en général. Le contrôle pourrait être amélioré et le prix, nettement plus élevé, mais, en tant que matière première, l’or est moins polluant: les bijoux en or ne sont jamais jetés, mais transmis ou refondus."

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Caroline Van Hoek expose sa nouvelle collection à Design Miami/Basel, jusqu’au 18 juin à Messe Basel.

La "Chair One"

La 'Chair One' du designer Konstantin Grcic.
©Alexander D'Hiet

La ‘Chair One’ est la première création du designer allemand Konstantin Grcic à avoir été produite industriellement. Elle a été commercialisée en 2003 par le label italien Magis. Il en existe une version avec quatre pieds en aluminium, ainsi qu’une version avec une base conique en béton.

Sa particularité, c’est son exosquelette en fonte d’aluminium. Sa structure ouverte rappelle les chaises en fil de fer de Harry Bertoia.  Cette ‘Chair One’ a été déclinée en table de bistrot, tabouret de bar et banc trois places. Elle est l’une des icônes de ce début du 21e siècle et fait partie de la collection de plusieurs musées, dont le célèbre Musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam.

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