Pesce, Gardella et Piretti: des designers “de collection”

Sur le marché du vintage, les Italiens sont bien représentés. Depuis que l’univers de la mode s’est emparé du travail d’Ignazio Gardella, Gaetano Pesce et Giancarlo Piretti, ils sont devenus des designers “de collection”.

1 | Gaetano Pesce

Qui?
Gaetano Pesce (1939) s’est fait un nom en tant que designer, architecte, urbaniste et artiste au cours des soixante dernières années. Si son travail n’était pas aussi coloré, nous pourrions le qualifier d’éminence grise, compte tenu de son palmarès. Avec Andrea Branzi, il est l’un des derniers représentants d’une génération dorée. On reconnaît ses œuvres au premier coup d’œil à leur touche spontanée et artisanale ainsi qu’à son matériau fétiche, la résine colorée. Pour le défilé printemps-été 2023 de Bottega Veneta, il a créé un sol en résine et quatre cent chaises colorées en toile trempées dans de la résine. Pesce préfère l’expérimentation, l’innovation et les matériaux synthétiques aux formes classiques en bois ou en métal.

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“Pesce reste actuel. Il a fait l’objet d’une exposition solo à la galerie Salon 94 à New York, de rétrospectives à Shenzen et Gênes, il y a eu le récent défilé de mode Bottega Veneta et une exposition lui sera prochainement consacrée à Design Basel. Ce qui, combiné au fait que le postmodernisme fait peu à peu son apparition dans les intérieurs, en fait un designer ‘de collection’”, déclare Boris Devis, fondateur de la galerie de design Goldwood by Boris.

Gaetano Pesce a étudié l’architecture avant de se tourner vers le design à partir de 1962, en expérimentant de nouveaux matériaux et des formes inhabituelles.
©Getty Images

Repéré récemment?
Quelques chaises qu’il a conçues pour le défilé de Bottega Veneta sont dans le showroom et la boutique de Milan, mais les chaises seront à nouveau exposées et mises en vente à Design Miami (du 30 novembre au 4 décembre). “C’est une ode à l’importance de la diversité. Nous sommes tous différents, c’est notre qualité”, a déclaré Pesce après le défilé.

Gaetano Pesce a réalisé un revêtement de sol et quatre cent chaises en toile trempée dans la résine pour le défilé printemps-été 2023 de la marque italienne Bottega Veneta.
©Matteo Canestraro

Connexion belge
Matthieu Blazy, le designer de Bottega Veneta, a décoré son appartement avec des pièces de Pesce. Celui-ci a d’autres connexions belges: au début des années 90, il a conçu la galerie d’Ernest Mourmans à Knokke. La cuisine en papier mâché et les escaliers en résine colorée sont inoubliables. À la même époque, il a aussi travaillé pour la boutique Dujardin avenue Louise, aujourd’hui démolie et une autre à Knokke. À Paris, Laffanour Galerie Downtown propose quelques pièces issues de cette boutique.

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Chez Cassina, Gaetano Pesce signe cette année ce paravent psychédélique en hommage à la ville de New York.
©Valentina Sommariva

Pièces les plus connues?
Gaetano Pesce réalise principalement des objets en petite série, même s’il a signé quelques projets pour de grandes marques, le plus connu étant incontestablement le fauteuil “UP” pour B&B Italia.

Le fauteuil “Up”, chez B&B Italia, a peut-être 53 ans, mais il n’a pas pris une ride.

Disponible où?
Les pièces uniques de Pesce sont distribuées par des galeries. Il est possible de trouver des exemplaires vintage lors de ventes aux enchères ou auprès de marchands. Sur les sites comme Pamono, le premier prix pour un meuble en résine avoisine les 1.500 euros. À la fin de l’année dernière, Carlo Bonte et Christie’s ont tous deux vendu aux enchères un luminaire “Square” de 1986 pour six mille euros environ alors que Bonte l’avait estimé entre huit cent et 1.200 euros; c’est dire l’intérêt que suscite le travail de Pesce.

Quelques pièces dessinées pour la boutique Dujardin à Knokke sont encore disponibles chez Laffanour Galerie Downtown.
©Marie Clérin

2 | Ignazio Gardella

Qui?
Issu d’une famille d’architectes, Ignazio Gardella (1905-1999) avait une carrière toute tracée. En soixante ans, il a conçu les projets les plus divers, des maisons aux cantines d’entreprise, et dans les styles les plus variés, du rationalisme au postmodernisme. Il a également conçu des pièces de mobilier, des luminaires et des objets qui sont devenus de plus en plus prisés par les collectionneurs.

Sur le marché du vintage, on trouve surtout des luminaires de Gardella. La marque Tato continue à éditer des lampes et des meubles qu’il a créés.
©Courtesy Archivio Storico Gardella and CSAC – Centro Studi e Archivio della Comunicazione dell’Università di Parma

Repéré récemment?
Cette année, Molteni présente la table “Blevio”, une création de Gardella datant de 1930 et destinée à sa maison du lac de Côme. En collaboration avec l’Archivio Gardella de Milan, dirigé par sa petite-fille, la pièce sera mise en production pour la première fois, à la différence que Molteni remplace le revêtement d’origine en cuivre par un vernis métallique et produit aussi une version en marbre “breccia capraia”. Nous avons repéré des pièces vintage de Gardella lors de l’événement Nomad à Saint-Moritz, chez Dimore Studio à Milan et chez Morentz à Waalwijk.

Cette année, Molteni a présenté la table “Blevio”, conçue par Gardella dans les années 30 pour sa maison du lac de Côme.

Pièces maîtresses?
Sur le marché du vintage, on trouve surtout des lampes, mais Gardella a également dessiné du mobilier, dont des étagères et des tables. Les sièges “Digamma” que Gardella a conçus pour la marque Gavina dans les années 50 sont prisés: reconnaissables à leurs pieds en forme de pattes de canard, ils sont produits par Santa & Cole. Kartell a produit une table en plastique et un lit “Model 4550”, tous deux recherchés par les collectionneurs de Space Age. “Gardella est synonyme d’artisanat et de savoir-faire, avec une orientation clairement architecturale. Ses œuvres sont recherchées pour leur rareté et la simplicité de leur facture”, explique le marchand de design Dries Vanlandschoote, basé à Bruges.

Gardella a conçu du mobilier pour des hôtels à Rome et à Venise, à qui ce fauteuil “Lido” rend hommage. Le guéridon, aussi conçu par Gardella, est également édité par la marque Tato.

Deuxième vie
Peu après la Seconde Guerre mondiale, Gardella et deux amis architectes fondent la marque Azucena pour diffuser leurs créations. En 2018, B&B Italia la rachète, ainsi que les créations de l’un des trois fondateurs. Celles des deux autres, dont Gardella, se sont retrouvées chez Tato, une petite marque italienne qui commercialise aujourd’hui ses lampes et son mobilier.

Disponible où?
Molteni compte dans son catalogue la table “Blevio” (à partir de 8.375 euros). Tato a une boutique en ligne qui livre gratuitement en Belgique et les prix vont de 779 euros pour une lampe à 11.150 euros le canapé. Gardella apparaît aussi régulièrement sur des portails vintage tels que Pamono et 1stDibs, ainsi que lors des ventes aux enchères de design de Piasa. Les prix varient considérablement, mais, chez Vanlandschoote à Bruges, il faut compter quinze mille euros pour un fauteuil “Digamma” et 6.400 euros pour une paire d’appliques “LP12”, des pièces éditées par Azucena.

3 | Giancarlo Piretti

Qui?
Le designer Giancarlo Piretti (1940) a été actif jusque dans les années 90. Entre 1960 et 1972, il a été designer en chef chez Anonima Castelli, une marque italienne de mobilier fondée en 1877, qu’il a fait connaître sur la scène internationale grâce à ses créations à succès. En 2014, quand Anonima Castelli fait faillite, elle est rachetée par la famille Pavan, qui, depuis 2019, relance ses créations les plus emblématiques, dont la chaise “Plia”, un bestseller. D’autres icônes de Piretti sont également remises en production, dont la chaise transparente “Plona” et le magnifique fauteuil organique “Alky”.

Pourquoi faut-il le connaître?
La chaise pliante en plexiglas “Plia”, la création emblématique de Piretti de 1957, est à nouveau omniprésente, notamment grâce au monde de la mode: elle a figuré dans les campagnes été de Saint Laurent et d’APC. En juin, le label ultra branché Supreme a lancé une version de la “Plia” avec son logo sur le cadre en acier.

Selon Edoardo Pavan, l’actuel éditeur, l’idée géniale de la “Plia” de Piretti, c’est sa transparence. Une fois pliée, elle devient pour ainsi dire invisible.

Qu’en disent les autres?
Pour la marchande de design londonienne Jenna Fletcher, la “Plia” est aux chaises ce que le “Trio” de Celine est aux sacs à main: un design épuré, intelligent, précis et sexy. Selon Edoardo Pavan, le producteur actuel, le génie de la “Plia” réside dans sa transparence. “Une fois pliée, la chaise disparaît presque complètement, car elle est complètement transparente et ne mesure que cinq centimètres d’épaisseur. C’était la première fois que la transparence était poussée à ce niveau. Une révolution comparable au premier iMac ou aux Air Max.”

La chaise en plexiglas “Plia” (1957) de Piretti est culte, comme l’a bien compris la maison de mode saint Laurent qui l’a choisie pour sa campagne été.

Quel est le secret de cette pièce?
La chaise “Plia” semble être l’incarnation de la génération “and-and”: elle est simple et élégante. Un design résolument industriel (rapide et bon marché à produire) et pourtant ultra poétique. Piretti a consacré trois ans à cette création, et la chaise a connu un succès sans faille dès son lancement: aujourd’hui, plus de quatre millions d’exemplaires ont été vendus. La chaise fait partie de la collection du MoMA et a même sa page Wikipédia. La boutique en ligne 1stDibs, qui regroupe plus de deux mille vendeurs de vintage, a enregistré cette année une augmentation de 125 pour cent des recherches pour la “Plia” et Piretti, faisant augmenter de 80 pour cent son prix moyen.

La “Plia” fait partie de la collection du MoMA. Vu son succès, Anonima Castelli la compte toujours au catalogue (285 euros).

Disponible où?
Les nouveaux modèles d’Anonima Castelli coûtent 285 euros. Pour un exemplaire vintage, il faut compter cent euros en moyenne. On en trouve plus facilement sur le site www.marktplaats.nl que sur www.2ememain.be, ce qui n’est pas un hasard, car la marque de design néerlandaise Artifort a distribué les meubles de Castelli au Benelux pendant 25 ans. En Belgique, cette chaise n’a jamais vraiment été un succès, si bien qu’il y a moins d’exemplaires vintage en circulation. Gardez l’œil ouvert!

De 1960 à 1972, Giancarlo Piretti (1940) a été le designer en chef d’Anonima Castelli, une marque italienne de mobilier fondée en 1877, dont il a contribué à faire le succès international.
©Cafeine
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