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Un must à voir lorsque l'on descend à Paris

Il aura fallu six ans de travaux pour achever la première phase de la rénovation du site Richelieu de la Bibliothèque nationale de Paris. ©BnF/Inha/Enc - Bruno Gaudin, Virginie Brégal, Architectes, Paris 2016

Si vous prévoyez une escapade à Paris, une visite s'impose. Après plus de six années de rénovation, la Bibliothèque Nationale Richelieu-Louvois, fondée au XIXème siècle, est à nouveau accessible au public. Bienvenue dans le temple de la haute culture où l'on a pas froid aux pieds.

S'il y a quelque chose qu'Henri Labrouste (1801-1875) détestait par dessus tout, c'était d'avoir froid aux pieds. Quand son impressionnante salle de lecture dans la Bibliothèque Nationale de Paris fut dévoilée pour la première fois au public, en 1850, l'architecte annonça avec fierté que les lecteurs seraient bien au chaud. En effet, il y avait fait installer des tuyaux de chauffage dans le sol et des grilles d'aération sous les tables. Une idée aussi brillante que géniale à un époque où il n'y avait pas encore d'électricité à Paris.

En effet, le Français, à qui l'on doit également la bibliothèque Sainte-Geneviève, sur la place du Panthéon à Paris, était un architecte novateur. C'est lui qui, le premier, a utilisé la fonte dans ses constructions par exemple. Et, pour la bibliothèque, il n'a pas recouru au système d'éclairage habituel de l'époque, la chandelle, justifiant ce parti pris par le fait que le papier et le feu ne font pas bon ménage. Pour éclairer le bâtiment, il a préféré l'éclairage naturel: des gigantesques coupoles en verre font généreusement entrer la lumière. En éclairage d'appoint, il a fait placer des lampes à gaz au dessus des tables de lecture, un système qui a l'avantage de bien éclairer sans risquer de brûler les livres. Aujourd'hui, ces lampes ne fonctionnent plus au gaz mais à l'électricité. Par contre, les grilles d'aération diffusent toujours une agréable chaleur aux pieds.

La nouvelle passerelle en verre, conçue par l'architecte Bruno Gaudin, donne accès au toit. ©BnF/Inha/Enc - Bruno Gaudin, Virginie Brégal, Architectes, Paris 2016

Cathédrale de lecture
Après une rénovation complète de plus de six ans, cette bibliothèque Nationale historique a retrouvé sa grandeur. Si vous souhaitez visiter celle qui s'appelle officiellement la Bibliothèque Nationale Richelieu-Louvois car elle se trouve rue de Richelieu, pour la simple raison que vous adorez la littérature française, vous risquez d'être déçu. À la fin des années 90, la majorité des 14 millions de livres et des autres objets de la collection nationale a été déplacée à la Bibliothèque Nationale de France, projet de prestige personnel de l'ex-président François Mitterrand. À l'origine de ce formidable catalogue, la bibliothèque personnelle du roi de France Charles V dit le Sage. Pour ses 917 livres, ce qui n'est pas rien pour l'époque, il avait spécialement fait aménager une salle au palais du Louvre au cours de la seconde moitié du XIVème siècle.

La collection de la Bibliothèque Nationale Richelieu-Louvois se compose essentiellement de manuscrits, partitions musicales, cartes, pièces de monnaie, médailles, photos et gravures. À cela, ajoutons le catalogue de la bibliothèque de l'Institut National d'Histoire de l'Art (INHA) et de la Bibliothèque Théâtrale de France. On y trouve aussi des photos de grands artistes français (Robert Doisneau) et étrangers (Diane Arbus), des gravures de Rembrandt, Matisse, Barry Flanagan et Louise Bourgeois. Une belle collection, certes, mais ce qui compte, plus que le contenu, c'est le contenant: le bâtiment est un joyau architectural. Osons le mot: une cathédrale consacrée à la culture. 

Henri Labrouste a fait installer des gigantesques coupoles pour que la bibliothèque soit éclairée par la lumière du jour. La Bibliothèque vaut la visite, d'autant plus que certaines salles sont accessibles au public pour la première fois.

Derrière une façade néo-classique se cache un dédale de salles et de couloirs menant à une impressionnante salle de lecture. Cette dernière est à la fois spacieuse et extrêmement haute, ce que permet l'utilisation de la fonte. Pour la Salle Labrouste, l'architecte s'est surpassé: cet impressionnant espace de 10.000 mètres carrés pouvant accueillir 400 personnes n'a pas de plan rectangulaire. Notons aussi le jeu entre lucarnes ovales et grandes fenêtres qui font entrer une lumière douce, les neuf coupoles revêtues de tuiles de faïence et les murs décorés de fresques italiennes. Rien n'était trop beau pour accueillir les lecteurs. L'architecte avait deux amours: la nature et la Rome antique. Le premier se retrouve dans les fresques sur lesquelles on remarque des écureuils, qui devaient donner l'impression de se trouver dans la nature. Le second se reflète dans le choix du marbre pour les sols, les bas-reliefs plaqués or et les 36 médaillons.

©BnF/Inha/Enc - Bruno Gaudin, Virginie Brégal, Architectes, Paris 2016

Tabula rasa
Comme la Salle Labrouste est un monument classé, sa rénovation (des sols au mobilier en passant par les fresques) a dû être abordée avec une précaution extrême. Ainsi, le gouvernement français a fait appel à Jean-François Lagneau, un architecte qui a fait de la rénovation de monuments historiques l'oeuvre de sa vie.

La mission de son collègue de rénovation, l'architecte Bruno Gaudin, était encore plus délicate: préparer l'ensemble du complexe à accueillir le visiteur du XXIème siècle. "Ses équipements techniques et ses dispositifs de sécurité étaient désespérément obsolètes: cette bibliothèque était totalement inutilisable, non seulement pour les visiteurs, mais aussi pour la conservation", explique-t-il. "Une seule solution: faire tabula rasa. En d'autres termes, il fallait faire une rénovation de A à Z." Un lifting de cette importance va généralement de pair avec une facture salée: l'État français a allongé la bagatelle de 78,2 millions pour la première phase des travaux; la rénovation complète ne sera terminée qu'en 2020. Il faudra donc attendre encore un peu avant de pouvoir admirer l'autre salle de lecture, la Salle Ovale.

©BnF/Inha/Enc - Bruno Gaudin, Virginie Brégal, Architectes, Paris 2016

Il n'empêche que la bibliothèque vaut déjà la visite, d'autant plus que certaines salles sont accessibles au public pour la première fois de son histoire, comme l'entrepôt central qui fut révolutionnaire en son temps: en 1865, séparer la salle de lecture de l'entrepôt était sans précédent. Dans les années 30, on y installa un système par tube pneumatique impressionnant qui permettait de transmettre les commandes en un temps record. Un processus tellement au point qu'il fut utilisé jusque dans les années 90 et qui a été conservé pour ses qualités historiques et esthétiques.

La pièce maîtresse est le nouveau couloir en verre qui permet aux visiteurs de se promener sur le toit, une interprétation moderne de la passerelle en bois d'origine qui n'a pas résisté aux outrages du temps. Si vous n'avez pas froid au yeux, vous pourrez admirer une vue impressionnante sur la cour de la bibliothèque et sur la ville de Paris. Une visite qui, décidément, n'est pas faite pour les frileux!

Visites guidées tous les jeudis et samedis, de 15h30 à 17h45; pour les groupes, les mardis à 21h30. Inscription par tél. au +33/1.53.79.49.49 ou par e-mail à visites@bnf.fr. Vestibule Labrouste, rue de Richelieu, 58 à 75001 Paris.

La salle des Manuscrits a été conçue par l’architecte Jean-Louis Pascal. Le businessman américain Mark Pigott a financé une partie de la rénovation du parquet. ©BnF/Inha/Enc - Bruno Gaudin, Virginie Brégal, Architectes, Paris 2016

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