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Une soirée avec Hillary Clinton ou Jeff Bezos: on s'immisce dans les clubs privés à New York

Metropolitan Club ©Jim Dow

Où Jeff Bezos, James Cameron et Hillary Clinton passent-ils leurs (rares) soirées libres? Le photographe Jim Dow a eu accès aux clubs privés les plus exclusifs de New York où il a découvert un monde d’anciens condisciples qui adorent nager entre hommes et vénèrent leurs chiens.

Des néons spectaculaires, des stades de football géants ou des universités majestueuses: ces bâtiments ont beaucoup inspiré Jim Dow. "Pendant des années, je me suis concentré sur l’architecture populaire informelle", explique le photographe originaire de Boston.

"Et puis, les sociétés new-yorkaises, clubs privés et autres bibliothèques ‘members only’ m’ont interpellé, car ces lieux n’avaient pas encore fait l’objet d’une présentation cohérente." Grâce à différents intermédiaires, il se procure les précieux sésames pour pénétrer dans les clubs les plus exclusifs de la ville qui ne dort jamais. "J’ai vite compris que ces clubs, à première vue formels et poussiéreux, étaient en fait fascinants et mêmes excentriques."

First Lady

Dans certains des clubs auxquels il a pu accéder, le membership est un droit de naissance ou le fait d’avoir étudié dans une université définie, d’être un homme (ou une femme), d’adhérer à une certaine religion ou de pratiquer tel ou tel sport. D’autres ont pour critère les chiens, les premières éditions de livres ou de timbres. D’autres encore réunissent dans une confortable bibliothèque leurs membres qui s’y consacrent aux arts et aux lettres.

Les clubs les plus anciens existent depuis le milieu du XIXème siècle. Au départ, ils s’adressent aux jeunes hommes qui se lancent dans la vie et qui, dans leur ascension vers le sommet, y trouvant une plateforme de réseautage. En réaction, des clubs pour femmes ont vu le jour au début du XXème siècle. La célèbre première dame Eleanor Roosevelt était membre de l’un des premiers, le Cosmopolitan, ainsi que Pearl Buck, prix Nobel de littérature, et Margaret Mead, pionnière de l’anthropologie culturelle.

Aujourd’hui, il ne reste plus que deux grands clubs qui soient exclusivement réservés aux hommes. Les autres sont le reflet du mode de vie actuel, avec un bémol cependant: ils restent ‘white only’ dans une ville où moins de 50 % des habitants l’est.

Une des conditions pour en faire partie est l’aisance financière: la cotisation s’élève en moyenne à 5.000 dollars par an, un montant qui peut facilement doubler dans les clubs plus récents et plus recherchés. Des montants qui explosent le budget de Jim Dow. Sans oublier qu’il faut porter une tenue règlementaire pour y accéder, ce qui a aussi un prix.

"J’ai photographié mon premier club en portant une veste empruntée et une cravate beaucoup trop serrée. Mais, grâce à un groupe d’amis, j’ai peu à peu pu me constituer un assortiment de cravates et de costumes, en lin pour l’été, en laine pour l’hiver. Depuis, je ne me sens plus mal à l’aise dans ces clubs. Et les membres ne me regardent plus de travers."

Get inside

1. Les millionnaires: The Metropolitan Club

Metropolitan Club ©Jim Dow

Fondation: 1891.

Adresse: 1 East 60th Street.

Objet: Ce club social a été fondé par un groupe d’hommes fortunés, dont JP Morgan, en réaction à l’élite de l’Union Club, qui avait rejeté la demande de nombre de leurs amis. La presse l’a baptisé le ‘Club des Millionnaires’, car ses 25 membres fondateurs étaient de “nouvelles fortunes”.

Membres célèbres: Richard Nixon, Ronald Reagan, Gerald Ford, Bill Clinton, Salman Rushdie (romancier).

Politique de genre: Il est, au départ, exclusivement masculin, mais les femmes ont été autorisées à sortir de l’annexe construite, pour elles, dans les années 1940.

Titres de gloire: Les fondateurs étaient tellement riches qu’il ne leur a fallu qu’un mois à partir de la première réunion, en 1891, pour financer l’achat du terrain. Le clubhouse a été achevé trois ans plus tard, pour un coût total de près de 2 millions de dollars (l’équivalent de 57 millions de dollars actuels).

Ironie du sort, le Métropolitain a connu de constants problèmes financiers dans les années qui ont suivi son inauguration. En 1945, le clubhouse a même failli être vendu pour régler des prêts et, bien qu’il se soit redressé depuis lors, le nombre de membres est tombé à 434 en 1970.

2. Top secret: The Knickerbocker Club

The Knickerbocker Club ©Jim Dow

Fondation: 1871.

Adresse: 2 East 62nd Street.

Objet: Le ‘Knick’ a été fondé par des membres de l’Union Club, le plus ancien club privé de gentlemen de la ville, qui craignaient que l’abaissement des conditions d’admission menace son élitisme.

Membres célèbres: Douglas Fairbanks (star hollywoodienne), John Jacob Astor (business man), JP Morgan (financier), Franklin D Roosevelt.

Politique de genre: Exclusivement masculin.

Titres de gloire: Le mot ‘knickerbocker’ était le pseudonyme de Washington Irving, écrivain du début du XIXème siècle, avant de devenir un terme générique pour désigner l’élite new-yorkaise. Aujourd’hui, le ‘Knick’ reste un des clubs les plus exclusifs, sans site web, sans femme et avec un code secret.

3. Cabinet de curiosité: The Explorers Club

The Explorers Club ©Jim Dow

Fondation: 1904.

Adresse: 46 East 70th Street.

Objet: Promouvoir “l’exploration scientifique de la terre, des mers, de l’air et de l’espace” par la recherche et l’instruction. Le club sponsorise des expéditions à travers le monde, mais seul un nombre restreint de membres a l’honneur de porter son drapeau officiel.

Membres célèbres: Neil Armstrong, Edmund Hillary et Tenzing Norgay (explorateurs), Sylvia Earle (biologiste des océans), Walter Cronkite (présentateur), Jeff Bezos (business man), James Cameron (cinéaste).

Politique de genre: Exclusivement masculin jusqu’en 1981.

Titres de gloire: Les membres ont quelques “premières’ célèbres à leur actif, dont l’exploration des deux pôles, l’ascension de l’Everest et le voyage sur la lune. Le banquet annuel a déjà mis au menu du tatou rôti, de la tarentule frite et des boulettes de viande d’iguane.

4. Les timbrés: The Collectors Club

The Collectors Club ©Jim Dow

Fondation: 1896.

Adresse: 22 East 35th Street.

Objet: l’étude et la promotion de la philatélie. Son bâtiment, un brownstone de Stanford White, a été rénové en 2000 et, depuis l’année dernière, la Philatelic Foundation, une organisation spécialisée dans l’authentification de timbres, partage ses locaux.

Membres célèbres: John Walter Scott (marchand de timbres et créateur du catalogue annuel de timbres Scott), Theodore E. Steinway (petit-fils du fondateur des pianos Henry Steinway), Henry J Crocker (business man californien admis en tant que ‘Père de la Philatélie’ en 1921).

Politique de genre: mixte.

Titres de gloire: la bibliothèque du club, qui compte environ 150.000 volumes, est l’une des plus grandes collections de littérature philatélique au monde.

5. Funny serious ladies: The Cosmopolitan Club

The Cosmopolitan Club ©Jim Dow

 Fondation: 1909.

Adresse: 122 East 66th Street.

Objet: Offrir un lieu permettant aux femmes accomplies dans les arts et les lettres d’échanger des idées. Ou, comme le dit son guide officiel, “to provide fun for serious women”.

Membres célèbres: Eleanor Roosevelt (militante et First Lady de 1933 à 1945), Pearl Buck (écrivaine), Marian Anderson (contralto), Margaret Mead (anthropologue).

Politique de genre: Exclusivement féminin.

Titres de gloire: Le club a vu le jour sous le nom de Cosmos Club, formé par une organisation de gouvernantes. Les premières salles étaient modestes et donnaient sur une cour d’écurie, mais le club a très vite déménagé pour s’installer dans de plus grands locaux sur Lexington Avenue et changé de nom pour devenir le Cosmopolitan Club. Il a un riche héritage d’activisme et nombre de ses membres ont été impliquées dans le mouvement pour le droit de vote des femmes.

6. American psycho: The Yale Club

The Yale Club ©Jim Dow

Fondation: 1897.

Adresse: 50 Vanderbilt Avenue.

Objet: Toutes les universités de l’Ivy League ont des clubs prestigieux à New York. C’est au Yale Club que se retrouvent les anciens élèves et professeurs de l’Université de Yale.

Membres célèbres: Hillary Clinton, George Pataki (ancien gouverneur de New York), Cesar Pelli (architecte), David McCullough (auteur), George HW Bush.

Politique de genre: Mixte depuis 1969, sauf la piscine du 5ème étage qui l’est finalement devenue en 1987 suite à une contre-campagne ‘Save the Fifth’.

Titres de gloire: Ses membres sont des personnages de roman, dont Nick Carraway (Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald) et Patrick Bateman (American Psycho de Bret Easton Ellis).

7. Royal canin: The Leash Club

The Leash Club ©Jim Dow

Fondation: 1925.

Adresse: 41 East 63rd Street.

Objet: Créé pour les amateurs de chiens et l’étude scientifique de l’élevage canin.

Membres célèbres: John O’Hara (écrivain).

Politique de genre: Exclusivement masculin.

Titres de gloire: Ce bar clandestin à la Prohibition était réservé aux propriétaires de chiens. Détail amusant: les membres du club se servaient de leurs casiers privés -gravés au nom de leur chien- pour cacher de l’alcool. Bien qu’il ne soit plus obligatoire d’avoir un chien, ces casiers existent toujours, comme la collection de tableaux de chiens. Installé dans une maison de ville comptant sept pièces, le club est l’un des plus petits de la ville.

8. Les états vraiment unis: The Union League

The Union League ©Jim Dow

Fondation: 1863.

Adresse: 38 East 37th Street.

Objet: Le premier club de l’Union League a été fondé à Philadelphie en 1862, en pleine guerre de Sécession, pour soutenir la cause de l’Union et la politique d’Abraham Lincoln. Tout un réseau de clubs Union League a ensuite été créé, dont celui de New York, dans plusieurs villes. Après la guerre, d’autres, plus éphémères, ont été ouverts dans le Sud des États-Unis.

Membres célèbres: Theodore Roosevelt, Thomas Nast (satiriste), William Cullen Bryant (poète et journaliste).

Politique de genre: Exclusivement masculin jusqu’en 1988, date à laquelle la Cour Suprême a confirmé une loi municipale interdisant la discrimination fondée sur le genre dans les clubs privés.

Titres de gloire: Ce club n’était pas seulement actif sur le plan politique, il apportait aussi un soutien militaire à l’armée de l’Union, dont l’organisation complète d’une infanterie afro-américaine en Louisiane. Le club a aussi soutenu le régiment des Hellfighters de Harlem pendant la Première guerre mondiale. Il organise chaque année un dîner pour les vétérans. Le clubhouse abrite 14.000 soldats de plomb, une des plus grandes collections au monde.

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