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Fashion victims: 5 mini-thrillers remplis de paillettes, de glamour et de coups de feu

©Getty Images

'House of Gucci', le film sur le meurtre de Maurizio Gucci, avec Lady Gaga et Adam Driver, est enfin sur les écrans. Pour Sabato, c’est l’occasion idéale de rouvrir quelques dossiers criminels dans l’univers de la mode et des célébrités.

1. Maurizio Gucci

Le riche héritier et la veuve noire

En janvier 1997, l’enquête sur le meurtre de Maurizio Gucci (1948-1995), héritier du label éponyme, est toujours en cours. Deux ans plus tôt, il est abattu en pleine rue, devant son bureau à Milan. Deux balles dans le dos, une troisième dans la tête. Il décède sur place et les meurtriers disparaissent dans le trafic milanais à bord d’une Renault Clio. Les mobiles ne manquent pas. Depuis des années, des querelles agitent la famille Gucci au sujet du contrôle de la mythique maison de mode. S’agirait-il d’un règlement de comptes mafieux? Maurizio avait l’intention d’ouvrir un casino en Suisse. Un troisième suspect est son ex-épouse, Patrizia Reggiani, qui souhaitait ouvertement sa mort depuis des années.

Le mariage de Maurizio Gucci et Patrizia Reggiani commence comme un conte de fées dans le milieu de la jetset et finit comme un thriller dans les pages des faits divers. ©Belga Image

Deux ans après le meurtre, une information anonyme permet d’éviter que le dossier ne soit classé. Un client d’un misérable hôtel milanais entend le portier se vanter de son implication dans le meurtre. Le signalement conduit à l’arrestation de cinq suspects: l’ex-épouse, deux intermédiaires qui ont recruté le tueur, le tueur et le chauffeur de la voiture utilisée pour fuir. Reggiani aurait payé 600 millions de lires (environ 300.000 euros) pour ce contrat. Le jour du meurtre, le 27 mars 1995, Reggiani écrit "Paradeisos" dans son journal.

Au cours du procès, Patrizia Reggiani a démenti toute implication dans le meurtre de Maurizio Gucci, ce qui n’a pas empêché les juges de la condamner à 29 ans de prison. Elle est libérée 16 ans plus tard. ©Belga Image

Le mariage de Gucci et Reggiani, de 1972 à 1994, a commencé comme un conte de fées. Maurizio est éperdument amoureux de la socialite italienne aux faux airs d’Elizabeth Taylor. Le plus beau couple du monde vit selon les règles de la jetset, entre Milan, Florence et New York. Reggiani déclare au New York Times: "Je préfère pleurer dans une Rolls-Royce qu’être heureuse à vélo."

Hélas, cette belle vie a une fin. Patrizia Reggiani ne pardonne pas à Maurizio Gucci d’avoir vendu sa part de l’empire à Investcorp, la société d’investissement qui gère également Tiffany & Co. Parti en voyage d’affaires à Florence, il lui annonce par l’intermédiaire d’un ami de la famille qu’il ne reviendra pas et demande le divorce pour épouser Paola Franchi. C’en est trop pour l’épouse. Pendant le procès, elle niera jusqu’au bout toute implication, mais est tout de même condamnée à 29 ans de prison. La presse, qui l’appelait "Lady Gucci", la rebaptise "Vedova Nera".

Après 16 ans de prison, la veuve noire est libérée sous conditions. Un journaliste lui demande: "Pourquoi avoir engagé un assassin pour tuer Maurizio? Pourquoi ne l’avez-vous pas fait vous-même?" Sa réponse? "Ma vue n’est pas très bonne, je ne voulais pas le rater."

2. Rudolph "Mosi" Moshammer

L’excentrique tsar de la mode et le demandeur d’asile

Avec sa perruque noire, sa moustache signature et son style extravagant, Rudolph Moshammer dit "Mosi" (1940-2005) était l’une des figures les plus hautes en couleur de la scène de la mode allemande. Il n’apparaissait jamais en public sans sa mère à un bras et son yorkshire-terrier adoré à l’autre. Dans sa boutique Carnaval de Venise de la Maximilianstraße à Munich, il vendait ses créations exclusives en fourrure, soie et cachemire à une clientèle d’Arabes fortunés et de stars comme l’acteur Arnold Schwarzenegger, le roi Carl Gustaf XVI de Suède et le ténor José Carreras.

Rudolph "Mosi" Moshammer était une figure excentrique de la mode allemande. ©Getty Images

Le "tsar de la mode", comme il aimait être appelé, était apprécié de tous en raison de sa personnalité excentrique (il avait participé aux éliminatoires du concours Eurovision de la chanson), mais aussi de ses activités caritatives. En effet, il était particulièrement sensible à la cause des sans-abris de Munich, car son père s’était retrouvé à la rue suite à sa dépendance à l’alcool et était décédé sans domicile fixe alors que Mosi était encore un enfant.

Le styliste Rudolph Moshammer a été assassiné en 2005 par un réfugié irakien, Herisch Ali Abdullah. ©Getty Images

Par une fraîche matinée d’hiver, le 13 janvier 2005, le chauffeur de Moshammer entre dans le luxueux appartement de son patron dans la banlieue de Munich. Il y règne un silence glacial. Ce n’est pas normal. Le chauffeur entre dans la chambre et voit Moshammer étendu sans vie sur le sol. La chienne Daisy est indemne. L’ADN du tueur est retrouvé sur les lieux: c’est celui d’Herisch Ali Abdullah, un demandeur d’asile irakien de 26 ans. Plusieurs témoins les ont vus ensemble la nuit précédant le meurtre. Moshammer l’avait engagé pour des services sexuels, mais refuse de payer les 2.000 euros convenus. Abdullah devient fou: il étrangle Mosi à l’aide d’un long câble de téléphone noir avant de disparaître dans la nuit. Deux jours plus tard, il est arrêté par la police et condamné à la prison à vie.

Moshammer est enterré à côté de sa mère dans le mausolée qu’il avait fait construire. Les funérailles sont retransmises en direct à la télévision allemande. Une foule énorme s’est amassée et les porteurs doivent même faire un deuxième tour pour que toutes les personnes présentes puissent apercevoir le cercueil. Dans le respect du désir de Moshammer, aucune réception n’est organisée pour les invités après les funérailles, mais 400 sans abris reçoivent un bon repas chaud.

Quant à sa chienne Daisy, elle est adoptée par le chauffeur de Moshammer. La petite chienne est décédée d’une infection respiratoire le 24 octobre 2006 à l’âge de treize ans, après une vie heureuse. On ne sait pas si Daisy repose auprès de ses maîtres dans le mausolée familial.

3. Christa Worthington

La journaliste de mode et l’éboueur de Cape Cod

Truro est une petite ville côtière tranquille de Cape Cod, à l’est des États-Unis. En été, les plages de sable blanc sont envahies de touristes et, le reste de l’année, les 2.500 habitants y jouissent d’un calme total, jusqu’au meurtre de Christa Worthington (1956-2002). Avant de s’installer à Truro, en 1999, cette journaliste de mode vit à Manhattan. Elle écrit pour Harpers Bazaar, Elle et The New York Times et est coauteure de trois livres sur les accessoires. À 43 ans, elle abandonne sa vie trépidante et s’installe à Truro.

©Getty Images

Le 6 janvier 2002, Tim Arnold, son ex-petit ami, vient lui rendre une lampe de poche qu’il lui avait empruntée. Il est surpris de voir sa voiture dans l’allée, car il vient de l’appeler sans obtenir de réponse. En entrant dans la cuisine, il voit Ava, la fille de la jeune femme, âgée de deux ans, s’accrocher au corps de sa mère gisant sans vie sur le sol, dans une mare de sang. Arnold entraîne la fillette à l’extérieur et appelle la police qui ne peut que constater qu’elle a été assassinée d’un coup de couteau dans le cœur. Son téléphone portable indique le 9, comme si elle avait essayé d’appeler les services d’urgence (le fameux 911). Des traces d’ADN masculin sont retrouvées sur et dans son corps.

Chaque homme de Truro devient un suspect en puissance. Mais la police ne trouve pas le coupable. Trois ans après le meurtre, la police convoque tous les hommes de Truro à effectuer un prélèvement volontaire d’ADN. Cette enquête très médiatisée débouche sur une découverte: le sperme de Christopher McCowen, un éboueur local, a été retrouvé dans le corps de la journaliste. Il est soumis à un interrogatoire de six heures, pendant lequel il change de témoignage à plusieurs reprises: tout d’abord, il prétend n’avoir jamais rencontré Worthington avant de déclarer qu’ils ont eu des rapports sexuels quelques jours avant le meurtre. Dans une autre version, il avoue l’avoir tabassée avec un ami après une nuit de beuverie.

La journaliste de mode américaine Christa Worthington a été assassinée en 2002 à Truro par Christopher McCowen. Il est condamné à perpétuité sans n'avoir jamais témoigné au tribunal. ©Getty Images

Détail non négligeable: McCowen est l’un des seuls résidents afro-américains de Truro. Pour assurer sa défense, ses avocats invoquent son manque d’instruction et ses problèmes d’alcool et de drogue. Il aurait même été sous influence pendant l’interrogatoire, dont il n’existe qu’un rapport de police de 27 pages. Rien à faire: McCowen est déclaré coupable de meurtre, de viol et d’attaque à main armée et il est condamné à perpétuité sans n’avoir jamais témoigné au tribunal. En décembre 2010, ses avocats demandent la réouverture de l’affaire en invoquant des préjugés raciaux lors du procès initial. Cette demande est refusée. Aujourd’hui, McCowen est en prison depuis près de 20 ans et continue de clamer son innocence.

4. Dorothy Stratten

La playmate et le mari jaloux

Dorothy Stratten (1960-1980) est jeune, blonde et d’une beauté éblouissante. La protégée du playboy Hugh Hefner est à la veille de son ascension vers la gloire, passant du statut de "Bunny" à celui d’actrice, lorsque son corps est retrouvé sans vie, le 14 août 1980. Elle a été abattue d’une balle dans la tête avec un fusil de chasse. Comment les choses ont-elles pu si mal tourner?

Les photos de Dorothy Stratten sont remarquées par Hugh Hefner en personne. Très vite, elle devient Playmate de mois, puis de l’année. ©Belga Image

Au cours de l’été 1978, la Canadienne a 17 ans et travaille dans un Ice Parlour quand elle est repérée par Paul Snider, de dix ans son aîné. Le proxénète et promoteur de clubs à Vancouver séduit la jeune fille et la convainc de poser pour des photos de charme et de les envoyer au magazine Playboy. Les photos sont remarquées par Hefner en personne. Ensuite, tout va très vite se passer pour la jeune femme. En août 1979, elle est playmate du mois. Un an plus tard, les lecteurs l’élisent playmate de l’année.

Stratten commence une carrière d’actrice: elle décroche  le rôle principal dans la parodie de science-fiction "Galaxina". Plus elle a du succès, plus elle s’éloigne de Snider, qu’elle a épousé dans l’intervalle. Son mari devient arrogant et jaloux. Pendant le tournage de son premier film sérieux, "Et tout le monde riait" avec Audrey Hepburn, la jeune femme tombe amoureuse du réalisateur, Peter Bogdanovich. Elle se sépare alors officiellement de Snider, qui engage un détective privé pour la surveiller.

Le 14 août, Stratten et Snider se voient pour discuter des derniers détails de leur divorce. Son avocat conseille à la jeune femme de ne pas le rencontrer seule, mais elle ne l’écoute pas et se rend chez lui, dans un appartement qu’il partage avec deux colocataires. Quand ces derniers rentrent chez eux, ils voient le sac à main de Stratten ouvert sur la table, mais nulle trace des deux protagonistes et ils supposent que le couple s’est réconcilié sur l’oreiller. Vers 23h, ils décident finalement de jeter un œil dans la chambre de Snider. Ils font une macabre découverte: sur le sol gisent leurs deux corps, nus et sans vie. Snider a tiré sur Stratten, avant de se suicider. Des traces de violence sont retrouvées sur le corps de la jeune femme: la lutte a dû être terrible.

Dorothy Stratten et son mari, Paul Snider. Il l’a assassinée en 1980 quand elle a demandé le divorce et s’est suicidé ensuite.

Le meurtre de la playmate a été abondamment repris dans la pop culture: les Red Hot Chili Peppers y font référence dans "Californication" et Bryan Adams a également écrit deux chansons sur ce drame, "Cover Girl" et "The Best was Yet to Come". Il fait également l’objet de deux films; "Meurtre d’une créature de rêve" avec Jamie Lee Curtis et "Star 80" avec Mariel Hemingway (fille de) qui a remporté un Golden Globe.

5. Gianni Versace

Le couturier de la jetset et le tueur en série

Nous sommes le 15 juillet 1997. Gianni Versace, 50 ans, se réveille tôt, comme à l’accoutumée. Le soleil matinal s’infiltre par les fenêtres de la Casa Casuarina, le pied-à-terre que le créateur de mode italien partage avec son mari Antonio D’Amico à South Beach, Miami. Versace passe quelques coups de fil à Milan et se rend chez son marchand de journaux préféré, le News Café. Il achète quelques magazines - Vogue, The New Yorker - et rentre chez lui. Au moment où il insère la clé dans la serrure du portail en fer forgé, un étranger surgit derrière lui. Deux balles touchent Versace dans la nuque. Le tireur, Andrew Cunanan, se retourne et s’éloigne, laissant le couturier se vider de son sang sur les froides marches de marbre.

Le styliste Gianni Versace est assassiné de deux balles dans la nuque devant chez lui, à Miami, en 1997. ©Getty Images

Au cours des trois dernières décennies, l’Italien a transformé sa petite boutique de Milan en un empire de la mode pesant 700 millions d’euros. Grâce à ses créations sensuelles et ses talents de marketing aiguisés, il a acquis une place centrale dans l’univers de la mode. Lady Diana, Elton John et Madonna font partie de son cercle rapproché.

Le choc est donc immense. Une chasse à l’homme est menée tambour battant: 400 agents fédéraux sont déployés pour retrouver le tueur de 28 ans, connu de la justice. En effet, la semaine précédant l’assassinat, le FBI le plaçait sur sa liste des 10 personnes les plus recherchées. Et  Versace n’est pas sa première victime: il a déjà commis quatre autres meurtres décrits comme "pathologiques, sadiques et horribles".

L’assassin, Andrew Cunanan, avait déjà perpétré quatre autres meurtres sadiques. Il s’est suicidé avant d’être arrêté par la police. ©Alamy

Pourtant, quatre mois avant qu’il ne tue Versace de sang-froid, le casier judiciaire de Cunanan était vierge. Le jeune homme intelligent (il a un QI de 147), évolue dans le milieu homosexuel en tant que gigolo. Il affiche une préférence pour les hommes plus âgés qui peuvent se permettre le style de vie luxueux dont il rêve. Bien qu’il fréquente manifestement les mêmes cercles que Versace, sa famille nie que les deux hommes ne se soient jamais rencontrés.

Huit jours après le meurtre, le corps de Cunanan est retrouvé sur une péniche, à quelques kilomètres de la maison de Versace. Il s’est suicidé avec la même arme que celle qu’il avait utilisée pour tuer ses deux dernières victimes. Il ne laisse pas de lettre derrière lui: nous ne saurons jamais pourquoi Cunanan a ciblé Versace. Si son sinistre mobile était la soif de gloire, il a réussi. La mini-série "American Crime Story: The Assassination of Gianni Versace", qui raconte son histoire, a remporté un Golden Globe en 2019.

©Getty Images

"House of Gucci", dans les salles à partir du mercredi 24 novembre.

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