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Le parcours d'Omar Sy, des Yvelines à Hollywood

La première saison de "Lupin" a pulvérisé tous les records d’audience sur Netflix. Alors que la saison 2 démarre, rencontre avec Omar Sy pour parler du succès, de l’anonymat, de l’invisibilité, de l’importance de la famille, mais aussi de ses Belges préférés.

Quand on rencontre Omar Sy (43 ans), on ne peut qu’être agréablement surpris. D’abord, il mesure 1,92m, son allure est sportive et chic -le plus souvent, c’est Louis Vuitton qui l’habille depuis que Virgil Abloh est aux commandes- et il se montre extrêmement sympathique. Il se souvient de mon prénom et le répète quelques fois durant l’entretien, il me met à l’aise et crée un lien de proximité. Oui, même si ce n’est que pour quelques minutes seulement.

Mais, aujourd’hui, il se trouve à l’hôtel Peninsula, à Paris, et nous nous voyons par écrans interposés. Nous sommes censés ne passer que vingt minutes ensemble, car, ensuite, l’acteur doit retourner sur le tournage de "Les Gars sûrs", de Louis Leterrier, l’un des rares réalisateurs français ayant réalisé des films d’action aux États-Unis et à qui l’on doit les trois premiers épisodes de la saison 1 de la série "Lupin" sur Netflix. Celle-ci a d’ailleurs été "binge-watchée" par  70 millions de téléspectateurs, dans une vingtaine de pays, ce qui constitue le premier grand triomphe français de la plateforme.

Omar Sy papa malgré lui dans "Demain tout commence", 2016.

Pour Omar Sy, qui tient le rôle-titre, c’était l’occasion de renouer avec un succès équivalent, voire supérieur, à celui d’"Intouchables" d’Olivier Nakache et Eric Toledano, en 2011. Ce film lui avait valu, en 2012, le César du meilleur acteur (coiffant au poteau Jean Dujardin pour "The Artist"). C’était la première fois qu’un acteur noir obtenait cette récompense. Sur scène, devant tout le gotha du cinéma français, il avait enchaîné sur une pirouette après avoir reçu le prix, comme dans la séquence du film où on le voit danser sur "Boogie Wonderland" d’Earth, Wind & Fire.

Ressemblances frappantes

Je fais remarquer à Omar qu’il a des points communs avec Assane Diop, son personnage dans "Lupin". Primo, c’est un caméléon. Secundo, il est très attaché à sa famille. Tertio, la justice lui tient à cœur. "Dans l’œuvre de Maurice Leblanc, Lupin a une capacité d’adaptation incroyable. Son père vient d’une famille du bas de l’échelle sociale et sa mère est issue de l’aristocratie. Lupin est capable de se mouvoir dans ces deux milieux sans se faire démasquer. Et Assane a aussi cet atout et je pense que je l’ai également. Je m’adapte facilement et je suis très observateur. Et comme lui, je suis attaché à ma famille et à mes racines. Il n’y a rien qui passe avant", répond l’acteur.

Né à Trappes, dans les Yvelines, à une heure de Paris, Omar est le fils du milieu dans une fratrie de huit enfants. Celui qui, un jour, a annoncé à Demba Sy, son père originaire du Sénégal, et à Diariyatou Dia, sa mère née en Mauritanie, qu’il voulait embrasser la profession de comique. Il avait alors dix-neuf ans et revenait les yeux pleins de paillettes du Festival de Cannes où un ami l’avait invité. Il n’a pas réussi son bac, mais est devenu acteur. Son père était ouvrier dans l’industrie automobile et sa mère, femme de ménage.

Dans "Lupin", Omar Sy incarne Assane Diop, rongé par la volonté de venger son père, accusé à tort pour le vol d’un collier et mort en prison. ©Netflix

©Netflix / Emmanuel Guimier

En outre, sa réplique favorite dans "Lupin", "Vous m’avez vu, mais vous ne m’avez pas regardé", pointe du doigt l’invisibilité des pauvres, des gens de couleur, des travailleurs à qui l’on ne jette pas un regard. "Peut-être qu’inconsciemment, le fait de vouloir devenir acteur est lié, chez moi, à cette notion d’invisibilité", lance Omar Sy. "Parce que, plus jeune, à Trappes, même si l’on était vu, on n’était pas vu avec le bon regard. Être acteur et diffuser une certaine luminosité, c’est pour être vu de la bonne façon. Aujourd’hui, quand je croise les gens, je vois des sourires dans leurs yeux - à cause des masques, on ne voit pas les sourires - et c’est agréable de provoquer ça. Mais quand, pour la promo de la saison 1, je suis allé coller des affiches de 'Lupin' dans le métro, vêtu comme un colleur d’affiches, il ne se passait rien. J’ai même, parfois, noté la méfiance de certains passants. Et je trouve que même la méfiance est plus intéressante que le rien. Le rien du tout, c’est quelque chose d’assez étrange."

Sa réplique favorite dans "Lupin", "Vous m’avez vu, mais vous ne m’avez pas regardé", pointe du doigt l’invisibilité des pauvres, des gens de couleur, des travailleurs à qui l’on ne jette pas un regard.

Tertio, la justice est une valeur chère aux yeux d’Omar Sy. L’an dernier, il avait notamment envoyé une lettre ouverte publiée sur le site de L’Obs, dans laquelle il avait comparé les morts de George Floyd et Adama Traoré, rappelant à cette occasion les noms d’autres victimes tels que Malik Oussekine, Makomé ou Lamine Dieng. Il sommait ainsi les pouvoirs publics de réagir face aux discriminations et aux violences policières en France. "Il faut que nos dirigeants entendent, comprennent, agissent pour changer le cours des choses. C’est une maladie qui ronge notre pays et cela n’augure rien de bon pour l’avenir", écrivait-il.

Making it in L.A.

Après le succès du film "Intouchables", l’acteur et sa famille ont mis les voiles pour s’installer à Los Angeles pour retrouver la qualité de l’anonymat. La famille Sy est composée d’Hélène, son épouse, son âme sœur, son pilier, et de leurs cinq enfants. Le petit dernier est né en 2017. "J’étais parti pour une année sabbatique parce que j’ai eu peur quand j’ai constaté que l’on commençait à regarder mes enfants différemment. Je ne savais pas comment les élever dans la célébrité. J’ai constaté là-bas que l’anonymat avait un bon effet sur eux. Et on a décidé de rester parce que c’était plus confortable et rassurant d’élever nos enfants comme ça."

Le personnage d’Omar Sy est un admirateur d’Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, le personnage créé par Maurice Leblanc au début du XXe siècle. Ils ont en commun, la classe, le charme, la séduction, le charisme. ©Netflix / Emmanuel Guimier

Toutefois, à L.A., Omar Sy n’est pas resté longtemps un père anonyme. Il intègre rapidement le cast de "X-Men: Days of Future Past", celui de "Jurassic World" (pour lequel il apparaîtra dans le prochain volet), pris part à "Inferno" avec Tom Hanks et "À Vif" avec Bradley Cooper. Soit des blockbusters hollywoodiens rapportant au box-office des montants à plus de neuf chiffres. Et le succès de "Lupin", qui lui a même valu les compliments de Sharon Stone, pour ne citer qu’elle, a fini par avoir raison de son statut d’anonyme... La troisième saison de la série vient d’être confirmée. "J’ai, aujourd’hui, une expérience de la célébrité. Je vois mieux les choses. Et puis, surtout, mes enfants sont plus âgés. Ils ne sont plus dans la petite enfance. Cela aura donc moins de conséquences sur eux aujourd’hui", explique la personnalité préférée des Français.

Service après-vente, bonjour!

Le rappeur français Akhénaton du groupe IAM qualifiait récemment Omar de mec bien. Un mec bien, c’est forcément un gentleman? "Je ne sais pas si un mec bien est forcément un gentleman, mais un gentleman est obligatoirement un mec bien. Moi, j’ai une définition du gentleman que j’aime beaucoup. Un gentleman, c’est quelqu’un qui sait jouer de la cornemuse, mais qui n’en joue jamais." Une réplique 100% Omar qui nous fait immanquablement penser au "Service après-vente des émissions" (SAV), ces capsules de deux, trois minutes qu’il animait avec Fred Testot sur Canal Plus. Chaque soir, de 2005 à 2012, Omar et Fred endossaient des rôles de personnages caricaturaux en les tournant en dérision.

©Yann Rabanier / modds

L’un des plus iconiques était Doudou que, suivant l’actualité, Omar qualifiait de Doudou Claude François ou Doudou U2. Récemment, sur Twitter, il a donné son interprétation d’une chanson d’Aya Nakamura, intitulée justement "Doudou". Huit ans après SAV et sans avoir pris une ride, l’acteur à l’humour hilarant et au rire communicatif ajoute humblement: "C’est très compliqué de trouver le lien entre le ‘Service après-vente’ et ‘Lupin’. C’est un grand écart. Si j’avais calculé ce parcours, j’aurais été génial. Mais je pense avoir suivi mon instinct et aussi, j’ai eu beaucoup de chance."

Jean-Claude Van Damme

On l’a dit, Omar Sy observe. Et il suit notamment tout ce qui concerne deux Belges en particulier. Stromae et Jean-Claude Van Damme. "Stromae, c’est un artiste génial. Il a une inspiration de dingue, une forme d’expression étonnante, il est en avance sur son temps", justifie Omar Sy. "Et pour avoir rencontré le bonhomme, je l’ai trouvé d’une grande sensibilité. Il a vraiment toutes les qualités des êtres humains que je préfère."

Plébiscité par le public, «Intouchables» (2011)

"Jean-Claude Van Damme fait partie de mon enfance. Le rêve américain pour un Européen, c’est celui qu’a réalisé Jean-Claude Van Damme, et le premier. Le Belge est arrivé à Hollywood et il a tout fracassé, dans les deux sens du terme. Je le suis sur Instagram et il me fait marrer. À soixante ans, c’est encore un môme. Dans sa façon de danser, il est encore un enfant. Cela me touche et cela me plaît." Lorsque l’interview s’achève, je dis à Omar que je le tiens à l’œil. Et il me répond du tac au tac: "Vous avez intérêt!"

Les saisons 1 et 2 de "Lupin", disponibles en intégralité sur Netflix, ainsi que "Demain tout commence", "Inferno" et "Jurassic World".

Le parcours d’Omar Sy

◆ INTOUCHABLES (2011)

Un jeune ex-taulard de la banlieue parisienne devient, à sa grande surprise, l’assistant personnel de Philippe, un aristocrate paralysé. Le contraste entre les deux ne pourrait être plus grand. Pourtant, une amitié particulière se développe peu à peu. "Intouchable" est un succès immédiat: près de 20 millions de Français vont le voir au cinéma et l’acteur remporte le César du meilleur acteur en 2012.

◆ SAMBA (2014)

Après "Intouchables", on présente les rôles à Omar Sy sur un plateau d’argent. Olivier Nakache et Éric Toledano, les réalisateurs d’"Intouchables", lui demandent de jouer dans "Samba" avec Charlotte Gainsbourg. Le scénario? Un immigrant clandestin fait tout ce qu’il peut pour obtenir un permis de travail en France, ce qui s’avère un parcours du combattant.

◆ X-MEN: DAYS OF THE FUTURE PAST (2014)

L’acteur s’installe à Los Angeles pour que ses enfants grandissent sans être "les enfants de". Il fait d'une pierre deux coups, Hollywood l’ayant aussi dans sa ligne de mire. L’acteur apparaît dans "X-Men: Days of The Future Past" en 2014. Il y interprète le rôle de Bishop qui, dans les comics, est un mutant qui voyage dans le temps. Omar Sy ne manque pas de charisme, mais son personnage a trop peu à faire dans cette superproduction.

◆ MONSIEUR CHOCOLAT (2016)

Après des apparitions plus remarquées dans "Jurassic World" (2015) et "Inferno" avec Tom Hanks (2016), il revient vers le cinéma français avec le film d’art et d’essai "Monsieur Chocolat". En jouant le rôle du premier artiste de cirque noir au monde pour lequel les curieux viennent de loin et dont la gloire monte à la tête, Omar Sy impressionne à nouveau.

◆ DEMAIN TOUT COMMENCE (2016)

Les tragi-comédies deviennent presque une signature. Dans "Demain tout commence", Samuel vit de manière insouciante, sans attaches, sans responsabilités jusqu’à ce que débarque une ex, qui lui met un bébé, sa fille Gloria, dans les bras avant de disparaître.

◆ DR. KNOCK (2017)

Dans "Dr. Knock", le destin ne lui est pas favorable non plus: ici, Omar Sy est un joueur qui décide de devenir médecin dans un village français des années 1950, jusqu’à ce que ses créanciers le retrouvent.

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