sabato

Le plus vieux cinéma de Bruxelles fête ses 80 ans: "Il survit à chaque crise"

Henri de Gerlache a insufflé une dynamique nouvelle au Cinéma Galeries. ©Laure van Hijfte

Le Cinéma Galeries, le plus vieux cinéma de Bruxelles, fêtera ses 80 ans le week-end prochain. Entretien avec Henri de Gerlache, le cinéaste qui l'a sauvé en 2011.

Son arrière-grand-père, Adrien, a hiverné en Antarctique et son grand-père, Gaston, y a établi une base polaire. C’est dire si Henri de Gerlache a l’aventure dans le sang! Pour un cinéaste bruxellois tellement aventureux, le confinement est une déception supplémentaire.

"Son" Cinéma Galeries, dont il est président, a également été victime du corona: le week-end de fête pour son quatre-vingtième anniversaire (prévu du 11 au 13 décembre) tombera plus que probablement à l’eau.

"Le Cinéma Galeries a été mon école de cinéma."
Henri de Gerlache
Président du Cinéma Galeries

Même si les galeries royales Saint-Hubert de Bruxelles se parent de mille feux et d’oiseaux en origami, le cinéma Galeries n’est pas à la fête. "Le cinéma est de nouveau fermé depuis le 15 octobre. Le plus vieux cinéma de Bruxelles n’avait jamais été fermé aussi longtemps depuis sa création en 1939. Même pas pendant la Seconde Guerre mondiale", soupire le Bruxellois.

"Je comprends que cette pandémie demande des mesures exceptionnelles, mais une deuxième fermeture est difficile à encaisser. La crise sanitaire asphyxie notre salle de cinéma et nous ne pourrons pas tenir beaucoup plus longtemps sans revenus", déclare-t-il.

Les galeries royales Saint-Hubert accueillent la plus vieille salle de cinéma de la capitale. ©Laure van Hijfte

Cinéma Arenberg

Des propos amers dans la bouche de celui qui a pourtant ressuscité ce cinéma en 2011. "L’institution connaissait alors de graves difficultés financières: soit elle fermait ses portes, soit elle louait ses locaux à un énième chocolatier. La Société des Galeries, qui est propriétaire des bâtiments, savait que j’étais cinéphile et elle m’a demandé si je ne connaissais pas quelqu’un qui voudrait contribuer à sauver le cinéma."

Le cinéaste Henri de Gerlache travaille sur un projet consacré aux jeunes militantes pour le climat. ©Laure van Hijfte

"Je ne connaissais que trop bien l’endroit. Entre 1995 et 2001, j’ai habité dans un appartement sous les toits de la galerie. J’allais très souvent voir des films à l’époque où il s’appelait Cinéma Arenberg. Je me souviens encore très bien de ‘The Pillow Book’ de Peter Greenaway et de ‘Dead Man’ de Jim Jarmusch, avec la musique de Neil Young et la poésie de William Blake."

" J’y ai aussi vu ‘La Promesse’, à mon avis le meilleur film des frères Dardenne. Pour moi, une fermeture aurait été une catastrophe. J’étais très attaché à cet endroit, c’était mon école de cinéma."

"J’estimais qu’il devait continuer à exister parce que, tout comme moi, de nombreux Bruxellois y étaient attachés. Heureusement, je suis rapidement parvenu à réunir un petit groupe de personnes désireuses de lui insuffler une dynamique nouvelle, lui donner un programme ambitieux, organiser des expositions et des événements."

"Les premières années ont été très difficiles sur le plan financier, mais nous avions trouvé un nouvel équilibre. Avec trois salles, nous sommes un cinéma à l’économie fragile et la pandémie nous a fragilisés d’autant plus."

La fête prévue le week-end prochain pour les 80 ans du Cinéma Galeries a dû être reportée. ©Laure van Hijfte

Crise et cinéma

Le programme du week-end d’anniversaire comprenait notamment des films cultes accompagnés de musique live, des avant-premières et - ironie du sort - un débat sur l’avenir du cinéma.

Les jours du Cinéma Galeries sont-ils comptés? "Le cinéma a été déclaré mort à plusieurs reprises au cours de son histoire. Et il survit à chaque crise", sourit de Gerlache. "Son arrêt de mort était pour ainsi dire signé quand le film sonore a remplacé le film muet! Il a ensuite résisté à l’arrivée de la télévision et de la cassette VHS, ainsi qu’à l’avènement du DVD et de Netflix, rien n’a pu lui asséner le coup de grâce."

"L’expérience cinéphile collective est irremplaçable!"
Henri de Gerlache

"Je pense que regarder un film ensemble sur grand écran a de l’avenir. L’expérience cinéphile collective est irremplaçable! Surtout au Cinéma Galeries: nous ne sommes pas un lieu placé sous le signe des blockbusters et du pop-corn. Nous programmons des productions rares, nous organisons des discussions avant ou après la projection, nous invitons des cinéastes, nous avons un programme d’expositions et un public très fidèle de cinéphiles."

"Nous l’avons remarqué après le premier confinement: l’envie de revenir voir des films en salle était grande, même en été. Nous avions de bons chiffres de fréquentation, les gens avaient clairement le souhait de retourner au cinéma. Normalement, je vais au cinéma deux fois par semaine, alors, vous pouvez bien imaginer à quel point cela me manque!"

Les jours du Cinéma Galeries ne sont pas encore comptés, selon Henri de Gerlache. ©Laure van Hijfte

Le plus vieux de Bruxelles

Il y a cependant une autre raison pour laquelle le Cinéma Galeries devait survivre: c’est le plus vieux cinéma de Bruxelles resté toujours en activité. De plus, il est situé dans l’une des plus anciennes galeries marchandes couvertes d’Europe, conçue en 1837 et inaugurée en 1847, dans laquelle s’est écrit un chapitre de l’histoire du cinéma.

En effet, le 1er mars 1896, les frères Lumière y ont organisé la première projection hors de France: ce fut le coup d’envoi officieux de l’histoire du cinéma belge, qu’Henri de Gerlache continue d’écrire à sa manière.

La fête prévue le week-end prochain pour les 80 ans du Cinéma Galeries est reportée au printemps 2021. Cliquez ici pour plus d'infos.

Lire également

Publicité
Publicité