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Pharrell Williams a composé le hit de l'été... 2117

Ludovic du Plessis, global executive director du cognac Louis XIII, et Pharrell Williams, auteur, compositeur, chanteur et icône de la musique américaine.

L'auteur, musicien, chanteur et producteur américain Pharrell Williams monte une fois de plus au créneau pour la défense de l'environnement. Il a composé '100 Years', un titre qui ne sortira qu'en 2117. Du moins si, d'ici là, les caves du cognac Louis XIII ne sont pas inondées par le réchauffement climatique!

Bentley, Lamborghini, Rolls-Royce, Maybach, une Ferrari rose: le parc de véhicules stationnés devant les hôtels de luxe et centres commerciaux de Shanghai en dit long sur la dynamique de la ville, et même sur les goûts des nouveaux riches. Cependant, nous sommes véhiculés par une flotte Tesla par une soirée pluvieuse, avec la voix de Céline Dion qui résonne dans les haut-parleurs. Le nom 'Louis XIII' est projeté sur un gratte-ciel et les rues sont impeccables, comme si, ici à Shanghai, jeter des papiers par terre était passible de la peine de mort.

Chez '1933', un ancien abattoir qui abrite aujourd'hui des restaurants et des boutiques, on m'escorte de la voiture à l'entrée avec un parapluie. Nous sommes conduits jusqu'à un ascenseur, direction la Basilica Suite, éclairée par un immense lustre en béton patiné. C'est ici que Pharrell Williams (44 ans) fera écouter une seule et unique fois sa nouvelle chanson à un parterre de 100 invités conviés par la prestigieuse maison de cognac Rémy Martin.

Si les millennials et les femmes prenaient le pouvoir aux États-Unis, le monde irait beaucoup mieux.

Il y a des journalistes, mais surtout des artistes, acteurs, producteurs et autres célébrités du monde entier. Je repère Jesse Williams, de la série télévisée américaine 'Grey's Anatomy', ainsi que la photographe de mode Ellen von Unwerth, la première à avoir photographié Claudia Schiffer. Juste avant, j'ai siroté un 'old fashioned cocktail' dans le bar Hakassan avec le Sud-africain Kojo Baffoe, animateur radio, producteur, écrivain, poète, blogueur et bien plus encore: bref, un 'influencer'. Nous avons été rejoints par le chanteur producteur Zakes Bantwini, également originaire d'Afrique du Sud. La France, la Grande-Bretagne, la Russie et l'Ukraine, les États-Unis et le Mexique sont également représentés. La Chine a mandaté l'actrice, réalisatrice, productrice et chanteuse Zhao Wei, aussi connue sous le nom de Vicky Zhao.

Il règne une ambiance glamour comme je n'en avais jamais vu auparavant, avec des personnes extravagantes vêtues à l'avenant. Je suis le seul Belge. Notons que, par habitant, nous buvons plus de cognac que les Français. Ces cent invités ont pour mission de diffuser le message de Louis XIII dans le monde entier: le réchauffement climatique est une urgence planétaire. Avant tout, nos smartphones disparaissent dans une boîte qui sera verrouillée: les enregistrements sont strictement interdits. Ensuite, nous empruntons un couloir sombre jusqu'à la salle proprement dite, décorée à la manière d'un club. Ma place se trouve à la deuxième des trois rangées. Au milieu de la scène, on peut distinguer un tourne-disque.

Ludovic du Plessis (42 ans), global executive director de Louis XIII, est un séduisant homme blond mais surtout un expert de l'industrie des spiritueux. Il y a trois ans, il troqué le champagne pour le cognac. "Ce que nous faisons aujourd'hui définit le monde de demain. Chez Louis XIII, nous pensons avec un siècle d'avance. Ce matin, notre maître de chai a mis en réserve quelques eaux de vie: certaines seront utilisées par les générations futures pour composer les meilleurs cognacs. Prendre le temps et transmettre le patrimoine est au coeur de ce que nous faisons. Et sans dame nature, nous ne sommes rien. Rien n'est plus important que notre sol, notre terre."

Après la présentation, le disque disparait dans un coffre-fort qui sera entreposé dans les caves de Louis XIII.

 

Sons funky
Le Français avait besoin d'un artiste visionnaire qui comprenne cette philosophie et qui soit sensibilisé au changement climatique: ce sera Pharrell Williams, qui apparaît sous nos applaudissements. "Cette chanson est conçue comme une carte postale destinée aux personnes qui devraient avoir honte d'être au pouvoir, aux politiciens qui prennent des décisions irresponsables." Je m'attendais à ce qu'il présente sa chanson mais, hélas, la superstar ne fait que nous montrer le disque en argile des terres calcaires des vignobles de Louis XIII en Grande Champagne. Il place le disque sur la platine, y dépose l'aiguille mais l'argile ne se transforme pas facilement en son.

La chanson débute comme un air de country à la Dylan: les paroles de Williams s'adressent aux pseudo-scientifiques et autres climatosceptiques. Au bout d'une demi-minute, il s'écrie: "Cela ne va pas! On recommence!" S'ensuivent des sons plus funky. La chanson est belle, par contre l'enregistrement est moyen. Si tout va bien, on pourra l'écouter en 2117: ce n'est qu'à cette date qu'elle sera rendue publique. Et seulement 'if we care', comme le dit Louis XIII dans le hashtag de l'action.

Ensuite, le disque est rangé dans un coffre-fort Fichet-Bauche qui sera installé dans les caves de Louis XIII à Cognac et qui, comme le disque, ne se dissous que par immersion. "C'est une façon brillante et poétique de transmettre ce message", explique l'artiste. "Nous risquons de perdre cette musique, mais aussi cette planète. Nous devons continuer à exercer une pression et défier ceux qui ont le pouvoir. Leurs mensonges sont inacceptables."

Bouteilles, pipettes et verres en cristal sont apportés sur des plateaux. Je goûte le cognac. Délicieux, très doux. Dans le commerce, une bouteille revient à 1.800 euros. Le Louis XIII est composé d'environ 1.200 eaux-de-vie, les meilleures et les plus âgées de Rémy Martin. Jusqu'à récemment, on alléguait que chaque carafe contenait des spiritueux centenaires.

"C'est le secret du maître de chai", déclare Ludovic du Plessis. "Mais, en effet, ils ont plusieurs décennies et s'étendent sur plusieurs générations." C'est étrange, car toute la campagne a été basée sur l'allégation de l'âge. Mais il s'avère que celle-ci a été interrompue par de nouvelles règles européennes, qui interdisent aux marques de spiritueux de communiquer uniquement sur leurs ingrédients les plus âgés, ce qui est une bonne chose. Si Louis XIII n'a jamais mentionné d'âge sur ses bouteilles, les rhums affichant '30 ans d'âge' alors qu'ils contiennent en réalité à peine une goutte de rhum de 30 ans d'âge, sont monnaie courante. "Comme c'est interdit, nous avons choisi de ne plus parler d'âge", conclut Du Plessis.

©Smallz & Raskind / Contour by Getty Images

Dandy des temps modernes
Pharrell Williams n'est pas venu à Shanghai uniquement pour passer un disque. Une semaine plus tôt, le 11 novembre, il était présent au 'Singles Day Gala' du géant de l'e-commerce Alibaba, où étaient conviées, entre autres, Nicole Kidman et Maria Sharapova. Williams adore la mode. Il a dessiné des collections pour Louis Vuitton, Moncler, Adidas et Uniqlo. Cette année, le 'black dandy' est devenu le visage de Gabrielle, le sac à main de Chanel. Le magazine masculin GQ le considère comme l'un des hommes les mieux habillés du monde et il a reçu le titre de Fashion Icon décerné par le Council of Fashion Designers of America (CFDA). Et il est connu pour ses combinaisons stylistiques uniques et originales. Et ses chapeaux.

Cette passion, il l'a déjà associée à son engagement pour la nature. Il est copropriétaire de Bionic Yarn, une entreprise qui transforme les déchets en plastique des océans en fil pour vêtements. En 2014, quand ce fan de jeans s'est mis en quête d'un fabricant qui pourrait réaliser des vêtements composés de ce tissu, il s'est retrouvé chez G-Star, qui se profile comme une marque durable. Dans le cadre du projet Raw for the Oceans, les déchets des océans sont recyclés en denim. Au début de l'année 2016, Pharrell a pris une participation dans G-Star, avec qui il collabore tant pour les lignes de produits que pour les projets en matière de développement durable.

À la conférence de presse, il déclare que cette action avait du sens: "J'aime que Louis XIII pense avec un siècle d'avance. C'est ce que nous devrions tous faire. Cette idée correspond à mon engagement personnel. C'est une belle métaphore. Nous n'avons qu'une seule planète et, en tant qu'espèce, nous ne faisons pas ce que nous devrions faire."

Il qualifie sa chanson de sarcastique. "Les chansons activistes sont souvent ennuyeuses: je voulais procéder différemment. Il y a beaucoup de scientifiques extraordinaires, mais il y en a aussi qui ne font rien pour notre écosystème et sont d'accord avec l'administration des États-Unis. Pourquoi ne devrais-je pas prendre les armes? Nous devons combattre le mal par le mal."

 

Applaudissements nourris
Au début de l'année, il est devenu papa de triplés. Son message à la nouvelle génération? "Je ne pense pas qu'ils en aient besoin. 'These kids care about others'. Ils représentent un autre type de socialisme -oui, de socialisme", ajoute-t-il d'un air de conspirateur. "Ils sont prêts à partager dans un intérêt supérieur. La génération d'après les années 1940 était biberonnée au rêve américain. La nouvelle génération utilise Uber, n'écrit pas des chansons à titre individuel mais en tant que groupe, envisage le recyclage actif et veut diminuer l'empreinte écologique. Mon message s'adresse aux personnes plus âgées, moins sensibles à cette cause. Si les millennials et les femmes prenaient le pouvoir aux États-Unis, le monde irait beaucoup mieux." Et des applaudissements nourris fusent.

"En 2014, Baptiste Loiseau est devenu notre nouveau maître de chai", intervient Ludovic du Plessis. Il avait 34 ans!" Williams lui demande: "Il y a aussi des femmes qui font ça?" "Oui, la précédente était Pierrette Trichet." "Mais,...il y en a beaucoup?" "Euh, pas vraiment." À quoi Williams lui rétorque: "Fais un peu de place, mec!"

"Nous ne faisons pas de politique", affirme Du Plessis. "Je n'impose rien à personne, je ne suis pas là pour donner des leçons. Nous existons depuis 1874, ce qui illustre bien notre relation avec le temps. Pour nous, le terroir est la chose la plus importante. Et il est dans l'intérêt de tous que la planète soit préservée pour les générations futures. Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, Occidentaux et Orientaux." Comment lui donner tort?

J'aime que Louis XIII pense avec un siècle d'avance. C'est ce que nous devrions tous faire. Cette idée correspond à mon engagement personnel. C'est une belle métaphore.

Une note d'optimisme
Avant que le disque de Williams ne soit définitivement rangé, Louis XIII organisera une tournée des métropoles pour la collecte de fonds en faveur des organisations environnementales. Il y a quinze ans, l'idée que les entreprises deviendraient des activistes était absurde. "Le groupe Rémy Martin est membre de l'organisation environnementale du Pacte Mondial des Nations Unies depuis 2003. Nos priorités sont les techniques viticoles durables, l'efficacité énergétique, les emballages respectueux de l'environnement, l'optimisation du transport et la préservation des forêts. Et nous relevons constamment la barre. Je suis inquiet, mais je suis moi aussi optimiste au sujet de la nouvelle génération. Je suis sûr que mes descendants entendront la chanson de Pharrell", explique Du Plessis. Il me montre son smartphone. "Cet objet n'existera plus, contrairement au Louis XIII."

"Nous sommes une marque mondiale. Nous vendons 30% en Asie, 30% aux États-Unis et 30% en Europe", ajoute Du Plessis. "Louis XIII est en Chine depuis 1878 et bien ancré dans la mentalité locale. La jeune génération apprend à nous apprécier. Ici, on boit du cognac de 20 à 70 ans, y compris les femmes. Il y a cinq ans, il y a eu un lancement en Inde, et en 2015, un grand événement à Los Angeles à l'occasion du film '100 Years - the movie you will never see', que nous avons réalisé avec John Malkovich (sortie en 2115). Le prochain projet peut avoir lieu en Europe, même si ce ne sera pas nécessairement en Belgique."

 

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