Alfred Cointreau | “Je ne voulais pas être un fils à papa ni à grand-papa”

Alfred Cointreau, sixième génération et “heritage manager” du groupe de spiritueux éponyme, nous parle de ce qui le fait se lever de sa chaise: la pêche, Ayrton Senna et Le Mans Classic.

Alfred Cointreau

  • “Heritage manager” chez Cointreau.
  • Cocktails préférés: margarita, cosmopolitan et white lady.

Quelle est la chaise de votre vie?

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“Ce tabouret pliant appartenait à mon grand-père. Enfant, je l’accompagnais parfois à la chasse. Je ne tirais pas: je restais assis sur ce trépied en grelotant. Mes grands-parents l’ont toujours gardé dans leur salle de chasse, parmi les bottes, les chapeaux, les manteaux et les fusils. Quand ma grand-mère est décédée, ma sœur et moi avons acheté sa maison, La Richardière, pour en faire un lieu d’événements. C’est ainsi que ce tabouret s’est retrouvé chez moi. C’est plus un souvenir lié à mon grand-père qu’à la chasse: je n’aime pas tuer des animaux, mais quand ils se trouvent dans mon assiette, je ne me plains pas!”

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©Alexander D'Hiet

Restez-vous facilement assis?

“Comme je suis assez agité, j’ai appris à pêcher, un exercice de patience et de concentration. Ce tabouret est très pratique: je le replie et le range avec mon matériel de pêche. Avec mon meilleur copain, nous allons parfois pêcher en mer pendant tout un week-end. C’est génial, surtout en été! Durant l’une de ces sorties, nous n’avions attrapé qu’un seul misérable poisson jusqu’à ce que mon épouse monte à bord. Alors qu’elle n’aime pas la pêche et a facilement le mal de mer, c’est à partir du moment où elle nous a rejoints que nous avons remonté cinq bars en un après-midi. Depuis, je suis certain qu’elle est la femme de ma vie!”

Biographie d’une chaise

Trépied en cuir

Comme c’est le cas pour l’iconique “Butterfly Chair” ou la chaise de jardin “Monobloc”, il est impossible d’identifier le concepteur de ce trépied pliable en cuir. Il est toujours en production chez d’innombrables fabricants, mais on peut facilement trouver des exemplaires vintage à partir de dix euros.

Ce tabouret de camping poids plume est pourvu d’une sangle en cuir très pratique, qui permet de le transporter facilement une fois replié.

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Dans l’Antiquité, en Égypte et en Grèce, on utilisait déjà ce modèle de tabouret.

Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

“Ma regrettée grand-mère qui nous a appris à recevoir. Margarita Sames, la femme qui aurait inventé le cocktail margarita chez elle, à Acapulco, au Mexique. Et le pilote de Formule 1 Ayrton Senna, décédé en 1994, suite à un accident sur le circuit d’Imola, en Italie. À l’époque, j’étais un spectateur assidu des Grands Prix et un fan de Senna. C’était une légende, même s’il est toujours resté simple: le succès ne lui est jamais monté à la tête. Et pour que mes invités ne soient pas tous décédés, j’inviterais aussi mon frère cadet. Il est huissier. Une fois par mois, nous organisons ensemble un apéro pour des amis. Nous officions alors tous les deux au bar, pour assurer l’ambiance en préparant des cocktails pour tout le monde.”

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“Je ne voulais pas être un fils à papa ni à grand-papa. Heureusement, mon grand-père pensait qu’un nom de famille n’était pas un permis pour décrocher un poste de direction.”
Alfred Cointreau
“Heritage manager” chez Cointreau

Pour qui gardez-vous votre siège au chaud?

“Comme mes enfants ont, respectivement, sept ans, quatre ans et demi et cinq mois, ma succession n’est pas à l’ordre du jour. Sur l’ensemble des quinze cousins et cousines, je suis le seul à avoir choisi de travailler pour Cointreau. Quand mon grand-père me l’a explicitement demandé en 2011, ça m’a directement fait penser à Nicolas Sarkozy, qui avait tenté de placer son fils Jean à la tête de l’EPAD (Établissement Public pour l’Aménagement de la Défense) en 2009. Je ne voulais pas être un fils à papa ni à grand-papa. Heureusement, mon grand-père pensait qu’un nom de famille n’était pas un permis pour décrocher un poste de direction. Dans l’entreprise, j’ai fait plein de choses, comme décharger les écorces d’orange et travailler dans la distillerie. Dans tous ces départements, j’ai été accueilli à bras ouverts: ils étaient fiers qu’un Cointreau veuille rejoindre l’entreprise.”

©Alexander D'Hiet

Qu’est-ce qui vous fait vous lever de votre chaise?

“Les oldtimers. Mon père est un restaurateur de voitures anciennes spécialisé dans les modèles français d’avant-guerre. Il a une Bugatti Type 51 et une Talbot de l’entre-deux-guerres. Je baigne dans le monde des voitures anciennes depuis ma plus tendre enfance. Près d’Angers, où j’ai grandi, se trouve Le Mans, une ville célèbre pour son circuit automobile où se déroulent les mythiques 24 Heures. Cet évènement est plutôt fermé: on ne peut pas entrer dans le paddock. Depuis 2002, il y a Le Mans Classic, une course réservée aux voitures ayant disputé cette épreuve depuis 1923, année de la première course sur le circuit. Comme il y a 8.500 voitures en lice, cet évènement dure des heures et c’est alors que ce petit tabouret s’avère bien utile. Les nouvelles voitures me passionnent moins: je préfère les anciennes. D’ailleurs, je porte beaucoup de vêtements d’occasion, surtout de marques françaises. Mais rassurez-vous: mes sous-vêtements et mes chaussettes, je les achète neufs!”

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