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Carte sur table | Le Château du Mylord, à Ellezelles: “Une cuisine classique un peu trop sage”

Le critique culinaire Jan Scheidtweiler s’attable au Château du Mylord doublement étoilé: “Une belle adresse, mais sa cuisine est moins impressionnante que son cadre.”

Parmi les 132 restaurants belges affichant une ou plusieurs étoiles Michelin, pratiquement aucun n’a plus de quarante ans. Heureusement, de belles adresses comme La Villa Lorraine ou Comme chez Soi donnent un vernis historique à ce palmarès.

Historique, Le Château du Mylord l’est: Jean-Baptiste Thomaes officie depuis 1981 au piano de ce charmant manoir de style normand qu’un Lord fit construire en 1861. Avec sa tour et son parquet ciré, le château emmène les convives à une époque où les chefs ne se prenaient pas pour des stars et proposaient une cuisine classique.

Cette même rigueur à l’ancienne se retrouve dans le service. De discrets serveurs en costume veillent à ce que la table soit impeccablement dressée (avec chandelier en argent) et rechargent régulièrement en bûches le feu ouvert crépitant. Également en salle, le sommelier Simon De Tavernier, qui a décroché le prix de Premier maître d’hôtel de Belgique 2022, n’est pas avare de ses bons conseils.

Et la cuisine? De la part d’un chef qui a décroché deux étoiles (depuis 2002 avec une courte interruption), on doit pouvoir s’attendre à un véritable feu d’artifice. L’offre est large – cinq menus et seize plats à la carte – et fait la place belle aux produits de luxe – blinis au caviar (130 euros) ou filet de chevreuil au foie gras (95 euros). Hélas, le feu d’artifice espéré n’apparaît ni dans les dégustations – un mélange de cuisines ultra classique, le homard en gelée, et contemporaine, le pani puri à la coriandre – ni dans la première entrée. Leur point commun est la sagesse de leurs saveurs sans grand raffinement ni profondeur.

Même le tartare de langoustines et bar manque de punch, noyé dans la crème et, malgré la finition au caviar et sorbet au citron et cèleri très réussie, ce plat n’est pas équilibré.

Le chef marque un point avec un ragoût de Saint-Jacques et huîtres, une préparation cohérente déclinant poireaux et confit de tomates, nappée d’une sauce onctueuse au beurre de truffe qui se fond littéralement dans la salinité des fruits de mer. Le menu se poursuit de manière inégale, passant d’une espuma de rouille plutôt moyenne pour accompagner une barbue poêlée à une sauce poivrade parfaite qui met en valeur un râble de lièvre grillé.

Le Château du Mylord est une belle adresse, mais sa cuisine est moins impressionnante que son cadre.

Adresse

Rue Saint-Mortier 35, 7890 Ellezelles
Tél. 068/54.26.02 | www.mylord.be
Fermé le lundi et le mardi

Addition

585,50 euros pour deux couverts.

Sommelier

Le sommelier, Simon De Tavernier, gère une bible de vieux millésimes doublée d’un beau choix de vins contemporains, du riesling allemand au chenin sud-africain.

45 euros les cinq verres.

Décibels

Le Château du Mylord est spacieux et discret, avec de grandes tables espacées, d’où la moyenne très raisonnable de 64 dB affichée par le décibelmètre.

On y retourne?

Quand la cuisine n’est pas à la hauteur, un beau cadre et un service élégant ne corrigent malheureusement pas le tir. Je n’y retournerai pas.

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