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Le prêt-à-boire

Roberto Verino se consacre à l’essence galicienne du vin sur son vignoble de 8 hectares, planté de variétés locales.

En Espagne, Roberto Verino n’est pas seulement une icône de la mode. Aujourd'hiu ses vins galiciens avec des cépages anciens sont enfin disponibles en Belgique.

"Toute ma vie, j’ai essayé de mettre l’accent sur la qualité et l’originalité dans mes vêtements et mes accessoires. Avec mes vins Gargalo, j’essaie de faire de même." C’est aussi la raison pour laquelle le créateur de mode espagnol Roberto Verino (75 ans) a choisi pour ses vins l’appellation relativement méconnue de Monterrei. "Monterrei est une appellation jeune", explique Verino. "Elle n’a été fondée officiellement qu’en 1994, mais cette région a une histoire viticole de deux millénaires et j’ai l’ambition de la faire revivre. De plus, les racines de ma famille sont ici."

Les grands-parents maternels de Verino étaient vignerons dans la région de Ribeira Sacra. C’est eux qui lui ont transmis l’envie de faire du vin. Entouré de 8 hectares de vignobles plantés de cépages blancs locaux tels que godello, albariño, dona branca et loureira ou des cépages rouges -mencía, arauxa et merenzao-, il recherche systématiquement l’essence galicienne de la vinification. "Quand j’ai créé mon label de vin, il y a presque 25 ans, il n’y avait que 3 chais à Monterrei. Aujourd’hui, on en  compte 27, une croissance exponentielle qui a valu à cette appellation le surnom de "nouvelle Ribera del Duero"."

Le chai est constitué de cubes orientés nord-sud, comme l’orientation du vignoble.

Les cuvées de Gargalo sont enfin disponibles en Belgique. Les vignobles et le chai de Verino sont situés sur la colline du château de Monterrei, à Gargalo: "Dans le passé, c’était aussi le meilleur endroit pour faire du vin. Don Gaspar de Zúñiga (1560-1606), cinquième comte de Monterrei et vice-roi de Nouvelle-Espagne et du Pérou, proclamait que ces vins étaient les meilleurs qu’il ait jamais bus."

Nez très fin

Roberto Verino, le nom de plume de Manuel Roberto Mariño Fernández, est un phénomène dans le monde de la mode espagnole. Il a étudié les arts visuels et le commerce à Paris avant de reprendre l’entreprise familiale de couture à son retour sur le sol espagnol, en 1967. Mais, le jeune Fernández nourrissait de plus grandes ambitions: en 1982, il lance sa première collection de prêt-à-porter femme et, un an plus tard, ouvre une boutique à Paris -après Balenciaga, Verino a été le premier créateur de mode espagnol à s’implanter dans la Ville Lumière.

Le reste appartient à l’histoire. L’entreprise familiale locale s’est imposée comme un acteur international de la mode, notamment lorsque Roberto Verino a conclu, en 1987, une collaboration -unique pour l’époque- avec la chaîne de grands magasins espagnols El Corte Inglés. En 2021, son groupe compte plus de 180 points de vente dans le monde ainsi qu’une section en ligne de plus en plus importante.

Après Balenciaga, Roberto Verino a été le premier créateur espagnol à ouvrir une boutique à Paris. Aujourd’hui, le label de mode compte 180 points de vente dans le monde.

Parallèlement, Verino a ajouté à ses lignes homme et femme une gamme d’accessoires, des lunettes de soleil aux sacs à main, en passant par les cosmétiques et les parfums -créés par de grands nez: Christine Nagel (Hermès), Richard Herpin (Patchouli Absolu de Tom Ford c’est lui) et Alberto Morillas (CK One entre autres).

La mode et le vin ont le même objectif: faire chavirer nos sens.
Roberto Verino
Créateur de mode espagnol et propriétaire de vins Gargalo

"Pour mes vins également, j’aime travailler avec des vignerons et des techniciens professionnels, des hommes et des femmes dotés d’un précieux savoir-faire et d’un nez très fin", déclare Verino. "Je ne leur imposerai jamais ma volonté, même si je pense que mon expérience de créateur de mode peut s’avérer utile dans l’élaboration du vin. La mode et le vin ont le même objectif: faire chavirer nos sens."

Aujourd’hui, cette séduction n’opère plus du tout de la même manière que les premières années, reconnaît Verino. "Dans cette appellation, il a d’abord fallu sensibiliser les vignerons et remplacer la quantité par la qualité. Je pense que j’ai été un exemple pour beaucoup à Monterrei, car j’ai récupéré les anciens cépages de qualité de Galice pour leur donner une seconde chance."

"La phase suivante a été la modernisation: nous avons utilisé de nouvelles technologies dans le vignoble et pour la vinification, et avons cherché à donner à nos vins leur caractère unique en tenant compte du terroir, de la nature et de l’environnement. Depuis le premier jour, que ce soit des assemblages ou des vins monocépage, nous visons des cuvées ayant leur propre personnalité."

Frank Lloyd Wright

La bodega présente également une architecture originale. "Je suis un aficionado du mouvement du "rationalisme organique" de l’architecte Frank Lloyd Wright, et qui peut s’appliquer à la mode comme au vin. Notre chai est constitué de cubes orientés nord-sud, en ligne avec la meilleure orientation du vignoble."

En dehors du terroir et de l’utilisation de cépages indigènes, nous tenons à être aussi respectueux que possible de l’environnement, de la nature et des traditions.
Roberto Verino
Créateur de mode espagnol et propriétaire de vins Gargalo

Cela implique-t-il une approche écologique et durable? "En dehors du terroir et de l’utilisation de cépages indigènes, nous tenons à être aussi respectueux que possible de l’environnement, de la nature et des traditions. Nous recherchons la durabilité et essayons d’intervenir le moins possible dans le vignoble ou pendant la vinification, même si l’approche est pragmatique: nous faisons appel à la science pour trouver un équilibre avec la nature."

"En effet, même si nous avons un microclimat, nous constatons le changement climatique. La rivière Támega, dernier affluent du Douro avant l’océan Atlantique, apporte à nos vignobles le même climat que celui que ce grand fleuve viticole apporte à l’Espagne et au Portugal."

Sur le plan personnel, Verino déclare vouloir poursuivre sa quête de l’excellence. "Même si c’est une ambition qui ne pourra jamais être concrétisée", reconnaît-il. "J’aime utiliser cette métaphore: si je devais me noter sur une échelle de 1 à 10, je m’attribuerais 7,5 ou 8; mais il me faut un 9 ou même un 9,5. Pour l’instant, car je ne veux pas échouer dans ma quête."

Quoi qu’il en soit, le niveau d’énergie de ce septuagénaire est au moins égal à un 9: "Si j’avais trente ans de moins, je referais sans hésiter le chemin que j’ai suivi jusqu’à présent. En effet, mon parcours expérimental dans la mode et le vin m’a aidé à être heureux. C’est le plus important, non?"

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