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10 mots que l'on ne veut plus entendre

©Philip Van Bastelaere

Dix ans de journalisme lifestyle pour Sabato. Dix ans de tendances mode, design, beauté, gastronomie et tourisme. Dix ans de nouveaux termes et de concepts originaux qui, au bout d'un moment, deviennent horripilants à force d'être employés. Usés. La lady boss a demandé à une millennial et à une vegan d'en choisir dix qu'elle préférerait -enfin- ne plus entendre. Les voici, pour la dernière fois. Juste pour le buzz.

1. CULTE

On voit du culte partout. Un film? Culte. Un artiste? Culte. Un voyage? Culte. Un jeans? Culte. Un cocktail? Culte. Oui, même un cocktail (soupir). C'est le tout au culte, tant et si bien qu'on en finit par avoir le culte de ce qui est culte. On ne sait même plus ce que ce terme sous-entend tant les incitations au culte font penser à l'adoration du veau d'or, ce qui n'est pas très glorieux mais biblique. Oui, le culte nous fige dans le sacré au point que, si une chose n'est pas culte, elle est iconique. On a les métaphores que l'époque mérite car, faut-il le rappeler, Malraux nous avait prévenus que le XXIe siècle serait mystique, et le culte fait partie de la panoplie du mystique au même titre que la spiritualité. Alors, faut-il vouer un culte au culte ou, au contraire, se débarrasser de ce terme embarrassant qui plombe les superlatifs et fusille les idées neuves? On pencherait pour la deuxième proposition, mais on sèche sur le terme qui pourrait le remplacer. Une idée quelqu'un?

2. INFLUENCER

Un influencer est une agence de publicité stretchée en entreprise unipersonnelle. L'influencer reçoit de des produits, ou un rémunération, en échange de visibilité sur les réseaux sociaux. Intéressant, mais comment devient-on influencer? Les influencers n'ont pas d'association professionnelle comme les journalistes. Ils n'ont pas de cursus à suivre comme dans le cas pour le marketing. Il n'y a pas non plus d'entretiens d'embauche à passer. Et pourtant, ce n'est pas si simple: les influencers doivent avoir des followers, générer des clics et pousser à la consommation. N'importe qui peut se proclamer influencer et c'est précisément ce qui devient insupportable concernant ce terme: il est utilisé pour désigner quelqu'un qui se trouve lui-même incroyablement important au point d'en influencer ses followers.

3. MILLENNIAL

Pour désigner une génération, il n'y a évidemment rien de mal à utiliser un terme-concept, tout comme on l'a fait pour les baby boomers et la génération X. Les millennials sont nés entre 1980 et 2000. Point. Le problème des millennials (je peux le dire parce que j'en suis officiellement une), c'est qu'ils sont cités à tout propos pour des généralisations aussi improbables que farfelues. "Les millennials adorent le rose". Bah, si ce n'est que ça, ma fille de six ans aussi l'adore. Par contre, mon millennial de mari n'aime pas du tout. "L'argent n'est pas important pour les millennials". Ne nous emballons pas: c'est juste ce que tout le monde dit tant qu'il n'y a pas de maison à payer. On entend aussi que "les millennials sont paresseux". Dans ce cas, je me demande si ce sont ces mêmes millennials qui souffrent massivement de burnout...

4. BISTRONOMIQUE

Voilà un mot-valise, composé de bistro et gastronomique. Ce terme aurait été inventé en 2003, lors de la semaine du Fooding, un guide de restaurants et d'événements gastronomiques dont l'ambition est de remplacer ce monument qu'est le Michelin. Le Fooding qui, lui, est un néologisme formé par l'amalgame des mots anglais food (nourriture) et feeling (ressenti, sentiment), soit une gastronomie moins formelle, moins intimidante, moins "précieuse". Mais on s'égare. Donc, bistronomique qualifie à la fois le lieu où l'on sert une cuisine de haut niveau dans un cadre simple à un prix abordable et la cuisine qui est servie dans, je vous le donne en mille, un restaurant bistronomique. C'est à la fois le contenant et le contenu. Sinon, qu'est-ce qu'on mange? Une cuisine inventive, préparée avec des produits bons et simples par un chef sexy et tatoué, mais formé dans une grande maison. Une cuisine un peu poseuse qui cartonne sur Instagram mais qui, rien qu'à prononcer son nom, donne plutôt envie de bailler que de déplier sa serviette. Bref, on en a soupé !

5. BOOSTER

Un terme anglais, c'est mieux que tendance: c'est moderne, novateur, sexy ou, allons-y, start-up (oui, ce mot là aussi pourrait passer à la trappe, mais on cherche encore un synonyme qui ferait mieux l'affaire). Et c'est cette modernité qui lui donne un vernis si brillant et qui lui permet, mieux que tout autre, d'exprimer un dynamisme démultiplié par un optimisme à toute épreuve. Cette qualité en fait la meilleure façon d'accélérer nos vies un peu trop poussives pour les projeter dans la stratosphère. Comment ça, on exagère? Pas du tout, ce terme vient de la technologie spatiale: le Larousse nous précise même qu'un booster est un propulseur destiné à accroître la poussée d'un lanceur. Et c'est exactement l'avenir que l'on souhaite à ce mot trop entendu: qu'il parte dans une galaxie lointaine, très lointaine.

6. MOMLIFE

En plus des "Je sens mon horloge biologique tourner" ou "J'ai trouvé le père idéal de mes enfants", une motivation supplémentaire pour fonder une famille est venue s'ajouter au cours de ces dernières années: Instagram. Le hashtag #momlife est devenu l'excuse idéale pour faire porter à son bébé des tutus fluffy ou pour exhiber des donuts licorne faits maison pour la fête d'anniversaire de sa petite merveille. La maternité devient peu à peu une compétition dont les pauvres bébés (qui n'ont pas demandé une telle exposition) sont les premières victimes. Plus tard, pourront-ils encore postuler sans être confrontés à leur photo de carnaval publiée sous #momlife en costume de coccinelle?

7. VEGAN

On était végétarien. Et quand on était un puriste, on était végétalien, une pratique alimentaire qui, en plus de la viande et du poisson, exclut aussi tout produit d'origine animale comme le fromage, les oeufs et le miel. Aujourd'hui, la pureté a pris le dessus: on est vegan (au restaurant) et veggie (entre nous). Précurseur du gluten free et du zéro lactose, le vegan a une longueur d'avance parce qu'il est parti plus tôt. À la fin du siècle dernier, c'est pour lui qu'ont été créés des drôles d'aliments comme le seitan, sorte d'éponge au soja qui rappelle le goût du steak mais avec une mâche comment dire... molle. Autres nouvelles stars de l'assiette vegan: le tofu, le fromage de cajou ou d'amandes, les légumes oubliés (mais retrouvés depuis) et les céréales (forcément délaissées comme le petit épeautre ou le sarrasin). C'est bon d'avoir la conscience tranquille...

8. LADYBOSS

Le fait qu'il n'existe pas de pendant masculin au concept de lady boss montre d'emblée à quel point ce terme est inapproprié. Une femme manager est une patronne, pas une lady boss, un terme qui évoque une silhouette à la Beyoncé avec une bouche pulpeuse (et une poitrine à l'avenant). Quelqu'un qui ne tolère pas la contre-attaque et agit comme bon lui semble. Une Lara Croft avec un tableau de papier... bon, peut-être pas de tableau de papier finalement. La lady boss est souvent définie comme une personne ayant une apparence soignée, une vie active et une opinion ferme. Très bien, mais nous avions déjà un mot pour cela: une femme tout court.

9. BUZZ

Une grosse mouche coincée derrière une vitre? Un personnage rigolo tout droit sorti de Toy Story? Que nenni! La première caractéristique du buzz, c'est d'être viral et, modernité oblige, c'est plus du brouhaha du village planétaire transmis par les réseaux sociaux qu'il s'agit que des ragots de la concierge. Et qui dit planétaire, dit vues: 171 millions pour la vidéo de la mère de famille américaine qui s'éclate avec le masque de Chewbacca acheté pour ses enfants. À la clé, une visite chez Ellen DeGeneres et des contrats comme s'il en pleuvait. Et c'est justement ça qui plaît dans le buzz: son côté diffus presque irréel, mais dont les conséquences sont bien sonnantes et trébuchantes. Les conseillers en communication soutiennent qu'il faut créer et entretenir le buzz. Cette médaille a un revers: le bad buzz. Une réputation peut se retrouver sur le fil et le risque d'effet 'Trierweiler' est majeur si l'on n'a pas l'à-propos de rectifier le tir ou de faire intervenir... la communication de crise (de nerfs ou de rage).

10. ME-TIME

Au début c'était le prime time, quand la télévision déterminait l'organisation de nos soirées. Une fois que nous avons commencé à passer un peu trop de temps devant la télévision et d'autres écrans, est apparu le quality time. Autrement dit, du temps de qualité passé entre amis et en famille à table, en excursion, au parc... Ce concept a, lui aussi, dégénéré et, dans tout ce quality time, nous avons perdu de vue nos besoins personnels: voilà comment nous en sommes venus au 'me time', au temps à soi. Un sauna, du shopping ou (notre préféré) une tasse de thé (vert) le samedi en lisant les magazines (lifestyle) du week-end. Ce terme a peu à peu conquis trop de domaines: quand couper des légumes soi-même ou aller aux toilettes est qualifié de me-time, il est temps de réintroduire un peu de 'quality'!

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