Au cœur de la Wallonie, la Villa Michaux, un endroit magique pour les vacances

Le petit village wallon de Waulsort ressemble à un tableau vivant. Lentement coule la sombre et fraîche Meuse, bordée par de majestueuses maisons de la Belle époque. Depuis quelques années, ces villas reprennent vie, ici et là. La dernière restauration en date plaira particulièrement aux amateurs de modernisme: la Villa Michaux, une chaleureuse maison de week-end, est également disponible à la location pour les vacances.

Jadis, artistes et écrivains se rendaient à Waulsort pour échapper à l’agitation de la ville: Henri Conscience, Karel Van het Reve, William Turner ou Félicien Rops. En 2023, dans ce petit village de la commune de Hastière en province de Namur, de nouveaux visages sont venus s’y installer.

Parmi eux, Mieke Van der Linden et Armand Eeckels, tous deux architectes. C’est à Waulsort qu’ils ont déniché la maison de leurs rêves, la Villa Michaux. "Ce n’est qu’après que nous avons réalisé à quel point Waulsort était un endroit spécial qui avait connu son essor grâce à la richesse et aux infrastructures apportées par la révolution industrielle. Une ligne de chemin de fer aménagée à la Belle Époque pour l’industrie naissante avait permis à la bourgeoisie d’Anvers et de Bruxelles de découvrir la beauté du village, où ils ont fait construire des hôtels et des villas en bord de Meuse, entre vergers et vignobles. Notre maison fait tache parmi ces villas Art déco, car elle est moderniste", précise Eeckels.

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La moderniste Villa Michaux dénote au milieu des villas Art déco.
©Alexander D'Hiet

"Après avoir acheté la Villa Michaux, nous avons appris qu’il y avait une foule de candidats qui attendaient qu’elle soit mise en vente", poursuit Van der Linden. "Nous ne la connaissions pas: nous étions juste à la recherche d’une maison de week-end dans la région. Nous suivions attentivement des agences immobilières en ligne et, un beau soir, nous avons vu que la Villa Michaux était à vendre: je n’en croyais pas mes yeux!"

"Nous avions du mal à croire qu’une telle maison soit à vendre."
Mieke Van der Linden et Armand Eeckels
Architectes
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Coup de foudre. "Nous avons tout de suite réagi." Il s’est avéré que les propriétaires étaient les filles du compositeur gantois Franklin Gyselinck, qui avaient hérité de la maison suite au décès de leur père. Elles voulaient nous la vendre parce que nous étions des Gantois comme son père, et parce qu’elles estimaient qu’en tant qu’architectes, nous la respecterions", ajoute Eeckels. Le couple connaissait la région, car il venait régulièrement y faire de l’escalade. Et puis, la pandémie a éclaté. "En plein Covid, nous étions à la recherche d’espace et de respiration. Notre loft à Gand, où nous vivions avec nos trois enfants, offrait peu de liberté. Nous avons pensé que la solution serait une maison de week-end. Au départ, notre idée était une cabane dans les bois, pas trop grande, mais notre projet a pris une tout autre tournure!" (rires)

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La villa michaux peut être louée pour un court séjour, comme un incentive, un week-end ou des vacances.
©Alexander D'Hiet

État lamentable

Le couple n’a pas trouvé beaucoup d’information au sujet des maîtres d’ouvrage et de l’architecte. "La maison a été construite en 1937 pour la famille Picard par l’architecte Michaux, au sujet duquel nous n’avons pas trouvé beaucoup de détails", explique Eeckels. "Dans le village voisin, il y a une maison similaire, construite à flanc de colline. Est-elle également de lui? Nous ne le savons pas. On raconte au village qu’il s’agirait de la première maison issue d’un masterplan visant à construire des maisons modernistes sur tout le versant, mais que pour l’une ou l’autre raison, ce projet n’a jamais abouti."

Au départ, notre idée était une cabane dans les bois, pas trop grande, mais notre projet a pris une tout autre tournure!"
Mieke Van der Linden et Armand Eeckels
Architectes

Le lendemain de la publication de l’annonce en ligne, les deux Gantois achetaient la maison, même s’ils ont hésité au vu de l’état lamentable dans lequel elle se trouvait. "Quand nous l’avons visitée pour la première fois, il faisait sombre et lugubre: je me suis mise à douter", se souvient Van der Linden. "Le dernier occupant l’avait complètement négligée. En tant qu’architectes, nous avons rapidement pu estimer quels travaux et quel budget seraient nécessaires pour la remettre en état. Malgré tout, nous avons tout de même décidé de nous lancer. Aussi parce que c’était un projet à réaliser avec les enfants."

Leur passion pour l’escalade a conduit les architectes Armand Eeckels et Mieke Van der Linden à la Villa Michaux.
©Alexander D'Hiet

Eeckels: "Nous étions impressionnés par le concept original. La maison n’était pas très profonde: le corps du bâtiment est tout en hauteur. Et comme elle se trouve sur une pente, elle paraît vraiment monumentale. Le monde extérieur y est très présent, car on est aspiré par la vue magnifique qu’elle offre. Il y a beaucoup de lumière qui afflue de toutes parts. Même si la maison n’est pas orientée face au soleil, mais face à la vallée, le soleil pénètre généreusement et les terrasses en surplomb font office d’auvents. Il était également important pour moi que le temps s’y soit arrêté. Franklin Gyselinck n’avait rien modifié: tout était dans son jus. C’était très particulier."

Moderniste

Il leur a fallu deux ans pour remettre la maison en parfait état. Avant de se lancer, ils avaient pris le temps de bien réfléchir à tous les détails et aux couleurs. "Malheureusement, nous n’avions pas de photos de la maison dans son état d’origine", déplore Van der Linden. "Nous avions des plans du propriétaire d’origine, mais ils ne correspondaient pas à la réalité."

Les châssis de fenêtres rouges de la Villa Michaux sont caractéristiques. "On adore ou on déteste!", s’exclame Van der Linden en riant. "Nous avons eu cette idée quand Armand a découvert la peinture d’origine. Nous avions mené une recherche sur les couleurs utilisées par Le Corbusier, entre autres. C’était passionnant! La Villa Michaux présente beaucoup de similitudes avec la Villa Muller d’Adolf Loos à Prague, qui a des châssis de fenêtres jaune moutarde vif. Nous avons fait des simulations avec différentes couleurs et c’est le rouge qui soulignait le mieux le style de la villa. Pour nous, le plus important était d’essayer de respecter les valeurs du modernisme en lui donnant notre propre interprétation."

©Alexander D'Hiet

Toit-terrasse

Pour la finition intérieure aussi, Van der Linden et Eeckels ont préféré recourir aux méthodes traditionnelles qui demandent beaucoup de main-d’œuvre qualifiée. "Si nous avions recouru à un plâtrage moderne, l’âme des lieux aurait disparu. Nous avons tout fait plâtrer sans profilés, mais avec des angles arrondis et polis comme on faisait à l’époque", précise Eeckels. "Pour ce genre de travail, vous avez besoin de personnes qui sentent la passion que vous éprouvez pour la maison, qui sont à même de l’apprécier et font preuve de la même passion pour leur métier - et tant pis si vous n’optez pas pour la solution de facilité. Le plâtrier qui a tout restauré a effectué son travail avec beaucoup de soin et de plaisir. Il y a passé environ un mois et demi. Je pense qu’il a aussi beaucoup aimé l’ambiance de travail qui régnait ici."

Le toit-terrasse est la cerise sur la Villa Michaux, car il offre une vue imprenable sur toute la vallée. Pourtant, le toit plat du haut n’avait jamais été utilisé comme terrasse. Van der Linden: "Autrefois, il y avait seulement un toit plat, ce qui est assez étrange, car les terrasses sont justement une des caractéristiques du modernisme. Nous avons une vue sur le village et sur la Meuse. Il y avait un rebord de 50 cm, mais pas de garde-corps. Nous en avons fait une nouvelle grande terrasse."

La vue sur le village et les rochers de Freÿr ont ébloui Armand Eeckels et Mieke Van der Linden, grands amateurs d’escalade.
©Alexander D'Hiet

Eeckels: "Le modernisme considérait le toit-terrasse comme une cinquième façade, un lieu pour faire du sport, méditer, profiter du plein air, se connecter à la nature: les modernistes adhéraient à l’idée d’un esprit sain dans un corps sain. Michaux était un architecte d’avant-garde, mais peut-être que, pour cette maison, il a eu affaire à un client conservateur, aux conceptions obsolètes en la matière."

Van der Linden: "La pièce au dernier étage était utilisée uniquement par le personnel, à la manière d’une chambre de bonne. Nous en avons fait une chambre spacieuse avec une grande baie vitrée et une salle de bains. Comme il y a une pergola, la pièce reste fraîche."

Technique de construction

Comment aborder ce genre de bâtiment moderniste? Comment le mettre en conformité, comment l’adapter aux besoins modernes, aux normes d’isolation? Eeckels: "La Villa Michaux n’était pas un bâtiment classé, c’était une maison moderniste d’une beauté exceptionnelle, avec des détails intéressants. Nous voulions les préserver autant que possible, mais cela nous a contraints à faire certains choix. Il s’est avéré que notre maison était un des premiers bâtiments modernistes avec un toit plat. Mais du point de vue de la technique de construction, c’était un désastre: les briques utilisées étaient de solides spécimens issus de la région de Rupel. Par contre, le béton était plein de pourriture. Afin d’assainir le bâtiment sans en modifier l’esthétique, nous avons dû engager beaucoup de travaux. Le béton a été restauré et renforcé par une nouvelle armature avec des produits modernes. J’ai fini par faire une grande partie de ces travaux moi-même."

Les châssis des fenêtres de la Villa Michaux sont d’un beau rouge vif, rappel de l’usage de la couleur dans l’architecture moderniste.
©Alexander D'Hiet

L’isolation a été plus difficile. "Si on isole par l’extérieur, on perd les proportions. Si on isole par l’intérieur, on perd les lambris et toute la finition. Heureusement, les murs avaient une quarantaine de centimètres d’épaisseur, ce qui rendait l’isolation moins nécessaire. De plus, il y a un mur creux sur la façade ouest. Le sous-sol accueille maintenant les chambres et les salles de bain, où nous avons tout isolé par l’intérieur. Sinon, nous avons tout laissé tel quel, sauf les toits plats qui, tous, ont été isolés: c’est ce qui est le plus efficace, avec le vitrage thermique."

"Nous louons notre villa pour de courts séjours ou des vacances, car nous avons besoin de cet apport financier."
Mieke Van der Linden et Armand Eeckels
Architectes

Lourd investissement

Aujourd’hui, la Villa Michaux n’est pas un lieu de ressourcement réservé à Van der Linden et Eeckels: tout le monde peut en profiter vu qu’elle est à louer comme maison de vacances. Et d’autres projets sont dans les tuyaux. "Avec la Villa Michaux, Mieke et moi avons fait revivre un élément du patrimoine", déclare Eeckels. "Nous espérons familiariser d’autres personnes aux qualités de l’architecture moderniste et aux détails artisanaux originaux. Pour nous, la Villa Michaux a été un investissement très lourd, c’est pourquoi nous avons commencé à la louer comme maison de vacances dès que c’était possible, car nous avons besoin de cet apport financier. Nous voulons aussi y organiser des réunions pour de plus longues périodes, que ce soit entre amis, en famille ou entre collègues, en mettant sur pied des activités, des ateliers et des teambuildings liés aux arts, à l’artisanat et à la musique."

"Nous voulons aussi concrétiser des projets en collaboration avec les habitants du coin, pour créer une base de soutien plus large. Nous n’avons pas l’intention de vivre dans une enclave de nouveaux venus, même s’ils apportent au village une énergie nouvelle. Nous voulons également que nos projets aient un sens au niveau local et faisons tout notre possible pour y parvenir."

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La Villa Michaux