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Dans le coffre-fort d'un collectionneur de montres de luxe

Tonny Berteloot, l'un des plus grands collectionneurs de montres IWC en Belgique. ©Karel Duerinckx

Il se considère comme un pêcheur, mais uniquement de montres de grande valeur. Sabato ouvre le coffre-fort de Tonny Berteloot, private banker chez BNP Paribas Fortis. "Oui, il m'arrive d'avoir trois montres au poignet."

"Je suis heureux. Je viens d'acheter la montre numéro 964, une des 20 montres de poche les plus anciennes d'IWC", sourit Tonny Berteloot. "Elle date vraisemblablement de 1870. C'est durant la nuit de mon 50ème anniversaire que j'ai acheté cette montre Jones (le nom fait référence à l'Américain qui émigra en Suisse en 1868 et y fonda International Watch Company, ndlr) à une vente aux enchères en ligne aux États-Unis. Je l'ai payée 5.000 euros, mais la satisfaction est extraordinaire. Mettre la main sur ce genre de montre ancienne exige énormément de patience: il faut attendre qu'il y en ait une qui remonte à la surface. Un peu comme à la pêche."

Une Apple Watch est dépassée le lendemain de sa sortie sur le marché, contrairement à ces montres ne vieillissent jamais.
Tonny Berteloot
Private banker chez BNP Paribas Fortis

Berteloot s'était déjà offert une IWC Portugieser. "Pour le 75ème anniversaire de la Portugieser!", s'exclame-t-il. "Cette 'Remontage Manuel Huit Jours Edition' avec l'un des tout derniers calendriers a une réserve de marche de huit jours. J'ai eu le coup de foudre au Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH) à Genève, la grand-messe des amateurs de montres. Cette édition est limitée à 175 exemplaires, en or rouge, et à 750, en acier fin, soit près d'une pièce par boutique IWC. J'avais réservé la mienne et j'ai bien fait: une heure après l'annonce de la nouvelle sur Facebook, il y avait déjà quelqu'un d'autre chez mon horloger!"

Attendre le Nouvel An
Tonny Berteloot possède cinq modèles de Portugieser dans sa collection qui compte vingt montres IWC. Collectionneur respecté, ce Belge sera également, dès janvier 2016, le nouveau modérateur du forum IWC, un poste de prestige dans les cercles horlogers. D'un coffret, il sort un automate en or blanc: un rare Régulateur en platine avec aiguille des heures décentralisée, un exemplaire avec calendrier perpétuel et phase de lune simple. "J'attends la nouvelle année pour voir comment tout ça va bouger... quand on pense qu'il y a là-dedans des rouages qui ne bougent qu'une seule fois par siècle! La montre peut sauter aux années 2100 et 2200 et elle est livrée avec une petite pièce de rechange pour les années 2300, 2400 et 2500. Un peu comme si on donnait un volant supplémentaire à une voiture neuve pour faire environ 5 millions de kilomètres. C'est fantastique, surtout à une époque où tout va très vite et où l'on ne peut pas prévoir ce qui se passera dans 20 ans. Une Apple Watch est déjà dépassée le lendemain de sa sortie sur le marché. Ces montres ne vieillissent jamais."

©IWC

Flop magistral
L'histoire de la IWC Portugieser remonte à 1939. Cette année-là, deux importateurs de montres portugais se présentent au siège d'IWC, à Schaffhausen. Les archives ne sont pas formelles, mais ce sont peut-être messieurs Rodrigues et Teixeira. Ils étaient à la recherche de montres-bracelet offrant la précision des montres de poche. Jusque-là, IWC fabriquait surtout des montres de poche de qualité, notamment pour les chemins de fer italiens et les sous-marins allemands et anglais. À l'époque, les montres de poche étaient plus précises que les montres-bracelet parce que leur boîtier pouvait accueillir un balancier de plus grande taille. Cependant IWC honora la demande des deux Portugais, ce qui donna une montre-bracelet de grande taille. Cela ne correspondait absolument pas au goût en vogue, mais les ingénieurs n'en avaient cure: leur objectif -atteint- était de produire la meilleure montre.

Pourtant, elle fut tout sauf un succès. Lorsque la production de la montre fut arrêtée, en 1981, seulement 690 pièces en trois versions étaient sorties des ateliers. À l'époque, le nom Portugieser n'existait pas encore: ce n'est qu'en 1993, quand IWC voulut créer pour son 125ème anniversaire un garde-temps illustrant son histoire, que cette montre-bracelet de précision fut relancée et officiellement baptisée 'Portuguese' ou 'Portugieser'. And guess what? Elle fit un tel effet qu'IWC en profita pour lancer la tendance des montres-bracelet XXL.

Les ateliers IWC autour des années 1900. ©IWC

"C'est un des designs de montre les plus purs qui soient", affirme Berteloot. "La Chronographe, référence 3714, est un classique auquel IWC n'a rien changé: la conception est parfaite." Question portefeuille: ce modèle de base est disponible à partir de 7.700 euros, TVA comprise. Les collectionneurs préfèrent la version originale. "On m'en a récemment proposé un exemplaire", explique Berteloot. "Je suis encore en train d'économiser. Il faut compter 20.000 à 25.000 euros pour un modèle en bon état." Et les montres qui ont été exportées au Portugal sont encore plus prisées. "Une de ces Portugieser a un sceau d'importation en haut à gauche, sur les pattes qui permettent d'attacher le bracelet au boîtier." Ont-elles plus de valeur? "Quand vous voyez ce cachet, vous êtes content!"

Ces dernières décennies, IWC a surfé sur le succès de la Portugieser. En 2000, la marque a édité une Portugieser avec Calibre 5000, un nouveau mouvement automatique de Kurt Klaus. Les ingénieurs d'IWC y ont aussi intégré une répétition minutes, le calendrier perpétuel de Klaus, un tourbillon et une Grande Complication (premier prix actuel: 209.000 euros).

©Karel Duerinckx

Début de la folie
Berteloot est passionné depuis le jour, en 2003, quand il a vu une Portugieser Chronographe dans la vitrine d'un horloger. "C'était la plus belle montre que j'avais jamais vue. Une sensation extraordinaire dès que je l'ai passée autour de mon poignet! En voyant l'étiquette de prix qui affichait 5.000 euros, je me suis dit que c'était impossible. Je me suis renseigné sur le forum en ligne et c'était possible."

Il rit tellement que je le soupçonne d'en porter parfois deux. "Seulement en réunion", rit-il. "Il existe trois versions de la Yacht Club: l'originale années 60 a été l'une des premières montres avec protection intégrée pour être portée pour faire du sport. Dans les années 70, il y a eu un modèle spécial avec boîtier octogonal. Plus tard, le nom a été repris pour la version sport de la Portugieser classique. C'est vrai, je les porte parfois toutes les trois simultanément."

"Le matin, je choisis trois IWC, mais la plupart se trouvent dans un coffre, en sécurité. C'est avant tout la beauté qui me touche, mais le raffinement technique d'une Grande Complication est tout à fait extraordinaire. Le jeu de la lumière sur le cadran bleu de la Calendrier Annuel est splendide -toutes ces nuances de gris et bleu au poignet, ça me donne des frissons."
www.iwc.com

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