sabato

Le yoga n'est pas qu'un sport de nana

©Thomas Vanhaute

Après le métrosexuel et l'übermacho, voici le Broga. Sabato a fait une salutation au soleil avec trois hommes adeptes du yoga et qui le pratiquaient bien avant qu'il soit tendance.

Ooom, cymbales et encens. Pour les lecteurs masculins auxquels ces trois mots donnent déjà envie de fuir, la voie de salut s'appelle le Broga. Ce nouveau yoga hybride est réservé aux hommes -d'où le nom, contraction de 'brother yoga'-, qui ne met pas la honte à ceux qui ne parviennent pas à toucher leurs orteils. Ici, il n'est pas question de se la jouer adorateurs du persil: les postures classiques, que l'on appelle les asanas, sont rebaptisées 'rock star' ou 'chill out'. Et il n'y a pas de gourous. Le seul mantra crédible est "cela permet de renforcer les muscles du tronc".

En fait, cette nouvelle approche 'men only' est un anachronisme car, pendant des millénaires, le yoga indien a été pratiqué uniquement par les hommes. Les femmes étaient un obstacle sur la voie de l'illumination (ha, ha, ha!). Ce n'est que dans les années 70, quand le yoga est arrivé aux États-Unis, qu'il a été estampillé "sport de nana".

Aux États-Unis, au Royaume-Uni ainsi que chez nos voisins du Nord, le Broga est une sérieuse tendance et les centres de yoga pour hommes poussent comme des champignons après la pluie, mais ce n'est pas encore le cas en Belgique. Nous avons fait la salutation au soleil avec trois hommes qui sont, depuis des années, Broga dans l'âme.

PATRICK TONNARD (52)
- Chirurgien plastique à Gand.
- Pratique le yoga depuis 15 ans.

"Le yoga, c'est comme se brosser les dents" - Patrick Tonnard. ©Thomas Vanhaute

Il y a de nombreux points communs entre la chirurgie et le yoga. Pour l'une comme pour l'autre pratique, on s'améliore au fil des ans. Au fur et à mesure, On acquiert des compétences que l'on ne peut pas tirer d'un livre mais d'un maître, et cela nécessite des années de pratique."

"Certaines personnes disent que je suis accro au yoga. Je le pratique quatre à six fois par semaine, en séances d'une heure ou d'une heure et demie. Pour moi, le yoga, c'est comme se brosser les dents: ce n'est pas une addiction, c'est prendre soin de soi. J'ai commencé parce que j'avais des maux de dos. La pratique de la chirurgie sollicite extrêmement le dos et, au bout d'un certain temps, j'ai eu peur que la douleur l'emporte et m'empêche de continuer à travailler jusqu'à ma retraite. Malgré la yoga, mon dos reste un point faible, mais c'est nettement mieux qu'avant. En plus, je trouve que le yoga soigne très bien le mental. Le corps et l'esprit s'assouplissent."

Les chirurgiens ont, par définition un ego sur-dimensionné. Le yoga est une belle lecçon d'humilité.
Patrick Tonnard

"Pour certains, le yoga est un truc de baba cool, mais je vous invite à participer à un cours d'ashtanga yoga, vous serez étonné de voir à quel point c'est physique. J'ai commencé à le pratiquer après deux ans de hatha yoga, une forme plus douce. Ensuite, je suis parti en Inde pendant un an pour apprendre l'ashtanga. Ce type de yoga est très dynamique, voire difficile, tant au niveau physique que mental. Ce n'est pas de la compétition, une notion qui n'est pas dans l'esprit du yoga, plutôt un défi à relever."

"Le yoga, ce n'est pas ce que l'on fait sur le tapis, c'est ce que l'on en retire pour le reste de la journée. Nombreux sont ceux qui, en particulier dans le monde des affaires, trouvent que le yoga est une perte de temps: pourtant, je vois beaucoup de gens qui ne vont pas bien, qui ont une mauvaise alimentation et un mode de vie stressant. Quand je leur suggère d'essayer le yoga, c'est toujours la même parade: je n'ai pas le temps. Le paradoxe, c'est qu'en y consacrant une heure, on profite mieux de sa journée. On est concentré, mieux organisé, plus énergique et l'on rentabilise mieux le temps dont on dispose."
"Pour moi, la facette "entraînement physique" du yoga est accessoire. Le yoga ne donnera jamais un corps de bodybuilder. On améliore sa force, son endurance et sa souplesse, mais je ne dirais pas que le yoga est un sport. Finalement, pour moi, c'est le volet spirituel qui est le plus important. Comme la méditation, le yoga apporte la sérénité, il m'emmène dans une zone entre deux pensées et il m'apprend à m'accepter tel que je suis."

"Par définition, les chirurgiens ont un ego prononcé, car si ce n'était pas le cas, ils ne pourraient pas passer les gens au bistouri. Le yoga est une confrontation avec soi-même et ses propres limites et, donc, avec son ego. C'est une leçon d'humilité. Aucune posture de yoga n'est réalisable à la perfection. On peut s'y consacrer corps et âme, mais c'est sans fin. Une fois que l'on a commencé, c'est parti pour le reste de sa vie."
"J'ai fait convertir l'ancienne grange près de chez moi en salle de yoga. J'ai aussi le projet d'y donner des classes. Si j'avais su quelle importance le yoga allait prendre dans ma vie, j'aurais commencé plus tôt. J'aimerais transmettre cette découverte aux jeunes."

PHILIPPE DEKIMPE (48)
- Professeur d'informatique à la Haute École Léonard de Vinci.
- Pratique le yoga depuis 15 ans.

"Je pratique le yoga même dans le métro" - Philippe Dekimpe. ©Thomas Vanhaute

"C'est ton épouse qui vient faire du yoga?" Quand je suis allé m'inscrire à mon premier cours, il y a 15 ans, on m'a posé cette question. Quand j'ai répondu que c'était pour moi, on m'a regardé l'air étonné. Je ne pense pas que le yoga soit réservé à la gent féminine. C'est d'ailleurs dommage que le yoga ait cette image, car les hommes en ont autant besoin que les femmes."
"Je suis le seul homme de ma classe de yoga. Et je remarque quelques différences. C'est vrai que les hommes sont un peu moins souples que les femmes, mais je ne me débrouille pas mal non plus. Les hommes ont plus de force musculaire. D'ailleurs, les profs hommes proposent des exercices un peu plus physiques, alors que les profs femmes mettent plus l'accent sur la relaxation."

"Beaucoup de gens ne se rendent pas compte à quel point notre esprit et notre corps sont liés. Le yoga permet de restaurer ce lien. Grâce à la pratique du yoga, je reprends conscience de ce qui se passe dans mon corps. J'ai commencé sur les conseils de mon médecin, parce que j'avais des problèmes de dos. Non seulement je suis devenu plus souple, mais je suis aussi beaucoup plus conscient de mon corps."

Je ne pense pas que le yoga soit réservé à la gent féminine. C'est d'ailleurs dommage que le yoga ait cette image.
Philippe Dekimpe

"Je suis un cours de yoga une fois par semaine, mais, en général, je fais une série de postures et d'étirements une ou deux fois par semaine à la maison, pendant quinze à trente minutes. Tous les jours, je fais la navette à Bruxelles pour mon travail. Cela peut paraître bizarre, mais même dans le métro et le train, je pratique le yoga. Je ferme les yeux et je me concentre sur moi-même. Même s'il y a du bruit, je parviens à faire abstraction de ce qui se passe autour de moi. Je ne pense à rien d'autre qu'à ma respiration. Mais, pour cela, je dois être assis: debout, coincé entre d'autres personnes, c'est plus difficile."

"Au cours des premières années de pratique, on se consacre principalement aux premières postures, à la respiration et à leurs effets sur le corps. Aujourd'hui, je remarque que je glisse de plus en plus vers la méditation. Sur ce plan, le yoga a certainement un effet sur ma vie. Non seulement on apprend à évacuer le stress, mais aussi à mieux sentir ses propres limites. Grâce au yoga, je sais plus rapidement quand je suis allé trop loin et quand je dois m'arrêter. Je suis beaucoup plus conscient de la pression qui s'exerce sur moi et sur mon corps. Le yoga m'a permis de mieux contrôler mon corps et mon esprit, il me permet de surmonter le stress et la fatigue."

STIJN VERLINDEN (37)
- Dirige avec son partenaire l'agence de relations publiques Pure.
- Pratique le yoga depuis 6 ans.

Larmes, sueur et posture de chameau - Stijn Verlinden. ©Thomas Vanhaute

"Ma mère a été une des pionnières du yoga à Audenarde. Elle en faisait déjà dans les années 80, dans une petite salle avec neuf ou dix autres personnes. Enfant, je ne l'ai pas pratiqué, mais il a fait partie de mon éducation. Tous les étés, nous passions un mois à la mer en famille et il nous arrivait de faire une salutation au soleil sur la plage."

"Je pratique le hot yoga depuis un certain temps. Ce "yoga chaud" se déroule dans une pièce où règne une chaleur humide de 40 degrés. Au début, ce n'est pas évident de se relaxer. La seule chose à laquelle on pense, c'est à cette chaleur torride et si on va la supporter pendant 90 minutes! Peu à peu, on s'y fait, on parvient à se concentrer sur les postures et à les améliorer. On transpire à mort. Pourtant, ce n'est pas un yoga pour perdre du poids. Ses adeptes disent qu'on brûle jusqu'à 700 calories par séance, mais c'est essentiellement de l'eau. Dès que l'on boit, on les récupère. Par contre, la chaleur rend plus souple et plus ferme."

C'est pourquoi, deux à trois fois par semaine, je m'offre un break. 90 minutes rien qu'à moi, à ne penser à rien.
Stijn Verlinden

"Le yoga, un truc de nanas? Peut-être est-ce le cas des yogas plus classiques, avec beaucoup de mantras et de méditation, mais pas celui que je pratique. 40% des participants sont des hommes; des hommes d'affaires aux hipsters, en passant par les danseurs. Et il y a autant d'hétéros que de gays!"
"Je déteste aller au fitness. C'est terriblement ennuyeux. Le hot yoga est pour moi la combinaison idéale d'exercice physique et de méditation. En plus, au fitness, il y a cette culture de l'exhibition et du narcissisme dont je ne raffole pas, alors que c'est beaucoup moins le cas du yoga."

"Nous vivons dans un monde où l'on est tout le temps stimulés. Téléphone, médias sociaux, mails, ... ça n'arrête pas! En tant qu'attaché de presse, cela fait partie du métier. C'est pourquoi, plusieurs fois par semaine -je vise deux ou trois cours-, je m'offre un break. 90 minutes rien que pour moi, à ne penser à rien."
"Par contre, le professeur se charge de penser à ma place. Je ne dis pas que mon yogi est autoritaire, mais il m'en donne l'impression! (rires) On ne peut ni parler, ni quitter la salle pendant le cours. On boit uniquement quand il nous le permet. J'apprécie cette discipline. Elle m'aide à me concentrer sur les postures et la méditation. C'est alors que je me rends compte que l'esprit a beaucoup plus de pouvoir qu'on ne le pense."

"Pour certaines personnes, le yoga est une catharsis. En particulier la posture du chameau: agenouillé, les mains sur les chevilles on met la tête en arrière. La combinaison de l'afflux de sang dans le cerveau, des exercices, de la méditation et de la chaleur décharge à la fois physiquement et émotionnellement. Certaines personnes ne le supportent pas. Après un cours, on est vidé."
"C'est justement parce que j'ai un travail très prenant que je dois me libérer pour pratiquer le yoga. Grâce à ces quelques séances de 90 minutes, je fonctionne mieux le reste du temps. Après le cours, je dors comme un bébé. Un conseil: ne buvez pas après un cours de yoga parce que vous serez ivre avec un seul verre de vin!"
www.yyoga.be

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