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"Tiens, on ne se croirait pas à Bruxelles, ici"

San Deuil, Tattoo Artist. "Mon énorme coup de coeur pour la Patinoire royale! J'ai littéralement craqué en visitant ce joyau architectural en 2007 et j'y ai installé ma galerie après quelques années de travaux!" ©Cici Olsson

Dans son livre " La Bruxelloise ", la photographe Cici Olsson brosse le portrait de sa ville à la manière d’une mayonnaise surréaliste.

'La Bruxelloise' n'est pas un blog de street style bruxellois sous la forme d'un beau livre. Ce n'est pas non plus un annuaire bobo chic de personnes qui arborent le même esprit et la même allure. C'est plutôt un livre d'amitié de Cici Olsson à Bruxelles, sa meilleure amie. Elle a photographié cent femmes, de Sonja Noël (pionnière de la mode dans la rue Dansaert) à Sophie Whettnall (artiste), Sarah Massoni (pompier) et Lolly Wish (performeuse burlesque). Un bouquet coloré, aussi varié que la capitale. Chaque femme a rempli à la main un questionnaire, plutôt succinct, à propos de sa profession, sa nationalité, son lieu de naissance, son quartier préféré et son souvenir bruxellois favori.

Comme on peut le lire, la ville croule sous les beaux compliments. Elle est qualifiée de 'drôle' et 'sexy', mais aussi de 'sage' et 'non prétentieuse'. D'autres s'en tiennent à une 'jungle surréaliste' ou un 'village cosmopolite à taille humaine', mais 'avec une unité dans la fragmentation'.

nathalie dewez, designer. ©Cici Olsson

Milieu éclectique
Cici Olsson n'est pas bruxelloise: la photographe suédoise n'est venue habiter dans la capitale qu'en 2004, mais elle s'y sent comme chez elle. "Si vous m'aviez demandé où je me voyais vivre, je n'aurais certainement pas répondu Bruxelles. Je pensais à New York ou à Londres. Bruxelles n'était pas mon premier choix, mais, aujourd'hui, c'est une évidence. En tant que photographe, j'ai énormément voyagé, avec mon ex-mari. Je me souviens du Burkina Faso avec un bébé de deux mois, dans un village sans électricité ni eau. Comme nous voulions une base un peu plus stable pour les enfants, nous sommes venus en Belgique. Tout d'abord à Liège, mais je n'ai pas pu m'y habituer. Puis à Bruxelles, une ville dans laquelle je peux être moi-même. Des amis suédois me demandent parfois quand je compte revenir, mais je n'y pense pas: ici, c'est ma ville."

En Belgique comme à l'étranger, Cici Olsson s'est bâti une carrière de photographe spécialisée dans la mode et les portraits. Après son livre de photos de mode 'Fashion in the making' (2013) et sa 'Creative Map of Brussels' (2015), 'La Bruxelloise' est sa première lettre d'amour à sa ville. "Sur les 100 Bruxelloises que j'ai photographiées, la majeure partie se trouvent de mon entourage. J'ai heureusement un cercle d'amis très éclectique", explique-t-elle. "Je ne voulais pas ressortir les mêmes noms clichés. C'est ma vision de Bruxelles. Le portrait n'est pas complet. Par exemple, j'ai longtemps cherché une mère au foyer, mais aucune femme ne souhaite se faire photographier dans ce rôle, bien qu'il n'y ait aucune honte à cela. J'ai également pensé immortaliser des prostituées, mais cela n'est pas passé chez l'éditeur", explique-t-elle. "Certaines personnes ont refusé de se faire photographier, pour des raisons pratiques ou personnelles. Mais c'était rare, en réalité, c'est plutôt l'inverse: il y a eu beaucoup de volontaires et c'est moi qui ai, hélas, dit non!

Valérie Bach, galeriste. "Mon énorme coup de coeur pour la Patinoire royale! J'ai littéralement craqué en visitant ce joyau architectural en 2007 et j'y ai installé ma galerie après quelques années de travaux!" ©Cici Olsson

Côté décalé
Les livres de photos sur 'la Parisienne' sont légion. Avec 'Die Berlinerin', le photographe Ashkan Sahihi a également réalisé en 375 pages un résumé stylistique abstrait de l'Allemagne dans ce qu'elle a de plus branché. Alors, qu'est-ce qui caractérise la Bruxelloise? Quel est le lien entre toutes ces personnes, connues et inconnues? "Elles ont toutes un côté décalé, une sorte d'insouciance sans naïveté", répond Olsson. "Elles reconnaissent les problèmes de la ville, mais y réagissent positivement. Une Bruxelloise ne se la pète pas. Elle est solide et sans chi-chi."
Curieusement, il n'y a que peu de vraies 'Brusseleirs' parmi les 100 femmes photographiées. Comme la Suédoise, elles sont arrivées dans la ville à un moment donné et sont tombées sous le charme de l'accueil du coeur de l'Europe.

Groupe de rock
Dans la préface, la Bruxelloise Michelle Poskin, directrice des éditions Racine, écrit que les attentats du 22 mars ont été la motivation. Poskin fait alors appel à la photographe pour réaliser un projet qui permettrait à Bruxelles de se relever, de se défaire de cette chape de plomb. "Les attentats ont avivé ma flamme: à l'époque, l'ambiance était sombre et négative. Les tunnels étaient fermés, personne ne sortait. Bruxelles était comme une ville occupée. En tant que résidents, nous avions le choix: soit nous devenions tous très sombres, soit nous faisions preuve de résilience. C'est ce que nous faisons avec ce livre: nous prouvons que la Bruxelloise ne se laisse pas abattre, qu'elle est forte et qu'elle a bien compris qu'il est idiot de se plaindre."

sue-yeOn youn, danseuse. ©Cici Olsson

Cependant, la critique s'exprime également. Nica Broucke, rédactrice en chef d'Elle België, dit de Bruxelles que c'est une 'ville aux multiples facettes, qui ne sont pas nécessairement toujours belles'. Pour la dessinatrice de bande dessinée Dominique Goblet, Bruxelles est 'un groupe de rock qui joue dans une cave'. Et pour l'architecte Laurence Creyf 'aime Bruxelles parce qu'il y a plein d'endroits où on peut se dire: tiens, on ne se croirait pas à Bruxelles!'

Mais la meilleure description est celle de l'actrice Anne Coesens: Bruxelles est 'drôle quand elle se prend pour une grande, et surréaliste quand elle y croit.'

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