L'ultime mission de l'aventurier Mike Horn

Après avoir traversé l'Antarctique et descendu l’Amazone en solitaire, rejoint les deux pôles, Mike Horn s'est lancé un nouveau défi: gagner le Dakar en roulant à l’hydrogène. "J’ai la volonté de laisser la planète en meilleur état que celui dans lequel je l’ai trouvée."

"Nous appelons impossible ce qui n’a jamais été tenté." Cette citation du philosophe politique français Alexis de Tocqueville (1805-1859) est l’épigraphe du dernier livre de l’aventurier de l’extrême Mike Horn (55 ans), "Conquérant de l’impossible". Et, en effet, dans la vie du Sud-Africain, rien n’est impossible. Traverser l’Antarctique en solitaire en 57 jours, descendre l’Amazone en solitaire sur 7.000 kilomètres, faire le tour du monde par l’Équateur sans moyen de transport motorisé, gravir quatre sommets de plus de 8.000 mètres sans apport d’oxygène.

Nous rencontrons Mike Horn à Bruxelles, lors de l’ouverture de Prosper, une nouvelle boutique d’horlogerie rue Dansaert, où il est présent en tant qu’ambassadeur de l’horloger Panerai. Sa poignée de main est la plus ferme que nous ayons jamais reçue bien qu’il lui manque quelques phalanges. C’est le tribut payé par un explorateur qui a joué sa vie. Au pôle Nord, il est tombé dans un lac gelé, mais s’en est sorti. Au Congo, son camarade a été abattu par des miliciens. Lors de la dernière étape de l’ascension du sommet du K2, deux collègues alpinistes sont morts.

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Lors de sa dernière expédition, Pole2Pole, Mike Horn a fait le tour du monde en passant par les deux pôles.
©Belga Image

Mais le plus dur a sans doute été la perte de son épouse, Cathy, décédée d’un cancer en 2015. C’est alors qu’il resserre les liens avec ses deux filles, Annika et Jessica. "J’étais un père absent, toujours en expédition et je le regrette. Elles font maintenant partie de l’équipe qui soutient mes expéditions et mes projets." Comme Pole2Pole, une expédition qu’il a achevée le 30 décembre 2019: une traversée de trois ans du pôle Nord au pôle Sud. Seuls moyens de transport:  les skis, un kayak et un voilier. "Mon expédition la plus difficile." On le croit sur parole.

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"Regardez l’étendue du désastre: l’homme est capable de tout détruire! Il oublie les générations futures."

Microplastiques et hydrogène

Après ce dernier défi, l’homme a décidé de passer de la performance à la sensibilisation. "En 2020, j’ai montré personnellement au président Emmanuel Macron à quel point la Mer de Glace à Chamonix avait fondu. Mais, dès ma première expédition en Amazonie, en 1997, j’avais déjà pu constater les conséquences de la crise climatique. À l’époque, je croyais que nous n’irions pas jusqu’à détruire la jungle quand même! Mais regardez l’étendue des zones déboisées, c’est un désastre: l’homme est capable de tout détruire! Il oublie les générations futures", s’indigne-t-il.

Mike Horn lors de sa première expédition, en 1997, aux sources de l’Amazone. Sept mille kilomètres en solitaire, sans balises, à bord d’un mini bateau à moteur.

En tant qu’explorateur, il constate de visu que les derniers espaces de nature vierge ne sont pas mieux épargnés. "Il y a des microplastiques là où personne n’a jamais vécu. Il y a un mois, j’ai trouvé en Antarctique des traces de plastique dans de la glace âgée de dix ans. La préservation de notre planète est devenue ma mission principale. Je tiens à laisser la planète dans un meilleur état que celui dans lequel je l’ai trouvée."

Son dernier projet, Gen Z, est pourtant né d’un faux pas. Cyril Despres, cinq fois vainqueur du Dakar, lui avait demandé d’être son copilote lors de l’édition du Dakar de janvier 2020. L’aventurier accepte ce qui déclenche un flot de critiques. "Vous vous plaignez que les calottes polaires fondent, mais que faites-vous? Vous participez à une course automobile ultra polluante!"

MA NOUVELLE AVENTURE AU RALLYE DU DAKAR !

Horn et Despres se lancent alors un nouveau défi: gagner le Dakar à bord d’un véhicule 100% clean. "Une voiture électrique n’est pas une option: si vous courez dans des zones aussi reculées, il est impossible de recharger les batteries pour des étapes de 800 km/jour. Nous avons donc imaginé un moteur à hydrogène, une technologie existante, mais entravée par le lobby du pétrole."

Ils participent ainsi au Dakar 2021 dans un véhicule équipé d’un système d’acquisition de données qui ont été exploitées par les ingénieurs du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) de Grenoble. "Nous développons actuellement la pile à hydrogène la plus performante au monde, une technologie qui pourrait éventuellement remplacer celle de Tesla", ajoute l’optimiste aventurier. "Je peux gagner le Dakar en 2023 en roulant à l’hydrogène. Mais, grâce à cette technologie, dans dix ans, nous pourrons aussi faire rouler trains, cargos, taxis et camions. Nous voulons décarboner l’Europe d'ici à 2030."

Mike Horn et Borge Ousland, après leur traversée à ski de l’océan arctique (2019).
©Belga Image

La soif de Mike Horn pour les défis n’est manifestement pas encore apaisée. Et son optimisme est inoxydable. "Un pessimiste, c’est un optimiste qui a beaucoup d’expérience. C’est pourquoi j’aime travailler avec les jeunes: eux, au moins, ils y croient encore", déclare-t-il. "J’ai créé la plateforme Pangaea X, sur laquelle des étudiants et des doctorants peuvent demander un soutien pour leurs projets écologiques. Lorsqu’ils les présentent à l’industrie, personne ne les écoute. Cette année, le thème est ‘comment sauver nos mers?’ Des projets ambitieux sur la biodiversité, les microplastiques et les forêts sous-marines ont déjà été soumis. L’année prochaine, ils pourront proposer des projets sur la forêt vierge et les arbres. Ensuite, sur les glaciers et les rivières. Chaque année, nous aurons un nouveau défi. Le mien consiste à trouver des fonds pour concrétiser ces projets. Dans ma carrière d’aventurier, j’ai toujours été soutenu par des mécènes ou des entreprises, comme Panerai et Mercedes. Maintenant, je vais frapper aux portes pour ces beaux projets écologiques. Nous essayons de rendre l’impossible possible de cette manière également."

Trop vite, trop tôt

Mike Horn perd son père, un ancien joueur de rugby, à un âge précoce. Après s’être engagé dans les forces spéciales pendant le sanglant conflit frontalier entre l’Afrique du Sud et l’Angola, il suit une carrière dans l’armée. Ensuite, il travaille pendant un an dans l’entreprise de son oncle, qui faisait de l’import de fruits et de légumes. En 1990, une année catastrophique pour les récoltes en Afrique du Sud, il vend une cargaison de choux en réalisant un joli bénéfice. "J’ai gagné trop d’argent trop tôt", reconnaît-il. "J’avais une belle maison à Johannesburg, une grosse voiture et de jolies petites amies. La belle vie. Mais, à 24 ans, j’ai réalisé que l’argent ne faisait pas mon bonheur. L’aventure et les challenges me manquaient."

"Aujourd’hui, je vais aussi jouer un rôle dans la protection de la planète. C’est mon aventure ultime."
Mike Horn

Et puis la vie, c’est comme une flaque d’eau: quand elle stagne, ça pourrit et ça pue, s’est alors dit Mike Horn. Il organise une grande fête à Johannesburg et distribue tous ses biens à ses amis en ne gardant qu’assez d’argent pour se payer un billet d’avion pour la Suisse, où il commence une nouvelle vie. Il devient moniteur de ski, apprend le rafting et décroche ses premiers contrats de sponsoring pour partir au Pérou (où il s’est écrasé en parapente).

Alors que d’autres auraient pu choisir de se calmer après un accident aussi grave, pendant sa revalidation à l’hôpital, il décide de passer à la vitesse supérieure et de devenir aventurier à plein temps. "Ce job combine tout ce qui me passionne. Je suis très curieux et je peux recourir aux techniques de survie que j’ai apprises quand j’étais militaire pour repousser mes limites physiques et mentales. Aujourd’hui, je vais aussi jouer un rôle dans la protection de la planète. C’est mon aventure ultime."

Expédition virtuelle

Reste-t-il quelque chose à explorer sur terre pour un aventurier aussi expérimenté? "Malheureusement oui, à cause du réchauffement climatique. Il y a des endroits dans le nord du Groenland et du Canada où la glace a tellement fondu que des zones auxquelles personne n’a jamais eu accès sont maintenant dégagées", répond-il. "J’ai vu de grandes parties de la planète, mais le monde virtuel est encore largement inexploré. Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de NFT, du Web3 et du métavers, je n’ai pas compris. Pourquoi créer un avatar pour vivre dans un monde virtuel? Pourquoi escalader une montagne numérique alors que je peux gravir un sommet réel? Mon entourage m’a dit que, si je voulais toucher les jeunes, je devais me plonger dans leur univers. J’ai donc lancé un projet NFT sur les explorations. J’emmène les gens dans une expédition numérique au pôle Nord, où il faut aussi une tente, une luge et un sac de couchage, mais virtuels. Ensuite, j’espère pouvoir les inspirer à vivre cette expérience dans la vie réelle."

Borge Ousland et Mike horn, après leur traversée à ski de l’océan arctique (2019), et le Lance, le brise-glace qui les a ramenés dans les eaux norvégiennes.
©AFP

Et l’univers comme destination de voyage inexplorée? La planète Mars est-elle la limite? "On m’a déjà demandé de donner cours à de futurs astronautes, parce que j’ai l’habitude d’entreprendre de longs voyages là où personne ne va. Et parce que je sais comment survivre à -50°C. Donc, oui, ça me tente. Il y a 53 ans, nous marchions sur la lune: pourquoi devrions-nous nous contenter d’un vol commercial dans la stratosphère, pendant quelques minutes? Envoyez-moi sur Mars!" Chiche?

"Mike Horn, Survivant des Glaces", aux éditions Michel Lafon, 19,90 euros.
www.mikehorn.com

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