Melinda, Mackenzie et cie: bienvenue au "First Wives Club"!

Melinda French Gates, Mackenzie Scott, Justine Wilson et Anne Wojcicki, ces ex-épouses de milliardaires de la Silicon Valley qui savent comment mener leur barque et dépenser leur fortune à bon escient.

Il s’agit d’un club assez fermé, ne comptant qu’une poignée de membres, et sans charte officielle. Les conditions d’admission? Une fortune de plusieurs centaines de millions (milliards, de préférence) de dollars et un ex-mari avec un profil très particulier. Bienvenue au First Wives (of the Silicon Valley Billionaires) Club.

Vous vous demandez quel effet cela fait d’en devenir membre? Le regard franc de Melinda French Gates face à Gayle King, animatrice sur CBS, le temps d’une interview est suffisamment éloquent. Elle a entamé un voyage vers ce qu’elle décrit comme une "guérison" qui a fait d’elle une femme neuve.

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Melinda French Gates veut donner une partie de sa fortune, estimée à 6,2 milliards de dollars, via Pivotal Ventures, son fonds d’investissement.
©John Keatley/Redux

Son mariage avec Bill Gates a duré 27 ans et a longtemps été considéré comme une des relations les plus solides entre milliardaires, jusqu’à leur divorce l’année dernière. "Vous pleurez la perte de quelque chose que vous pensiez avoir et, surtout, que vous pensiez avoir pour toute la vie", a déclaré la divorcée. Oui, elle a admis qu’au moins une liaison extra conjugale, mais surtout l’amitié de Bill avec le pédocriminel Jeffrey Epstein avaient irrémédiablement sapé les fondements de leur relation. "Je crois au pardon, c’est pour cela que je pensais que nous allions nous en sortir", a-t-elle déclaré. "Mais nous avions atteint un point de non-retour: c’était tout simplement too much. J’ai réalisé que ce n’était plus une situation saine. Et que je ne pouvais plus avoir confiance en nous."

Melinda French Gates face à Gayle King, animatrice sur CBS

Signal intéressant

Melinda rencontre Bill en 1987, lorsqu’elle a commence à travailler en tant que product manager chez Microsoft, l’entreprise cofondée par Gates 12 ans plus tôt. Aujourd’hui, suite à son divorce, elle dispose d’un patrimoine d’environ 6,2 milliards de dollars, ce qui lui permet de rejoindre le club d’autres ex-épouses seules et d’âge mûr, dotées de milliards dont elles se demandent que faire: la première épouse d’Elon Musk (Tesla), l’ex-épouse de Jeff Bezos (Amazon) ainsi que celle de Sergey Brin (Google).

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Devenir aussi riche de manière aussi soudaine permet sans doute de se débarrasser un peu plus facilement du cliché qui colle à la peau de toutes les ex-épouses de magnats de la technologie. Mais, ce qui rend la "première épouse de" si intéressante, c’est la question de savoir ce qu’elle va faire de cette fortune. La réponse? C’est que la majorité entend en faire don.

"Je suis certain qu’elles le font pour de bonnes raisons, mais c’est aussi un signal très intéressant", déclare un expert de la Silicon Valley. "Les milliardaires de la tech sont considérés comme des salauds qui ne font que thésauriser leur fortune. Pour leurs ex-épouses, qui ont souvent été trompées, la philanthropie est un moyen intéressant de faire passer un message: distribuer ainsi l’argent qu’elles ont obtenu lors de leur divorce s’apparente presque à une vengeance." Exception à la règle: Bill et Melinda Gates pratiquaient déjà la philanthropie avant leur divorce. De 1994 à 2018, le couple a fait don de plus de 36 milliards de dollars à travers sa propre fondation. Par contre, ce que Melinda Gates partage avec les autres membres de son nouveau club, c’est que, pendant toute sa vie, elle n’a pas été autre chose que l’épouse du grand génie.

Inside Bill's Brain: Decoding Bill Gates | Official Trailer | Netflix

La fête avec Paris Hilton et Leonardo DiCaprio

"Ces milliardaires sont souvent considérés par le monde extérieur comme des visionnaires", lance Tahmima Anam, autrice du roman "The Startup Wife". "Leur épouse doit composer à la fois avec l’image du milliardaire et avec la véritable personne qui se cache derrière ce personnage public. C’est une très mauvaise base pour l’égalité dans un mariage. Il ne faut donc pas s’étonner qu’après le divorce, elles veuillent faire quelque chosequi soit intéressant pour elles-mêmes."

En 2000, lorsque la Canadienne Justine Wilson épouse Elon Musk, à l’époque un entrepreneur dans la vingtaine plein de projets et d’espoir, elle n’imaginait pas une seconde qu’elle nagerait un jour dans les millions grâce au succès de PayPal, la première entreprise de Musk. Six enfants plus tard, en 2008, ils se séparent et, en 2020, l’ex écrit un article donnant un rare aperçu du style de vie de ces femmes souvent universitaires et ambitieuses, mais ayant tout sacrifié pour soutenir leur brillant époux. "Nous rendions visite à des donateurs en costume trois pièces et occupions les meilleures tables dans les boîtes de nuit les plus chics d’Hollywood, où Paris Hilton et Leonardo DiCaprio faisaient la fête à nos côtés", se souvient-elle. "Et lorsque nous nous déplacions, nous allions en voiture jusqu’au jet privé d’Elon, où une hôtesse de l’air nous accueillait avec une coupe de champagne."

Justine Wilson a été l’épouse d'Elon Musk de 2000 à 2008 et l’a soutenu dans ses entreprises tout en assurant la vie de famille et leurs six enfants.

"Mais tout ce glamour et ces paillettes ne pouvaient m’empêcher d’avoir à lutter contre un vide toujours plus grand, au point que je me reconnaissais à peine. Je n’étais plus une femme, mais un trophée et j’étais très mauvaise dans ce rôle: je ne parvenais plus à cacher mon ennui quand les hommes parlaient et que les femmes les écoutaient en riant. Le botox ne m’intéressait pas et j’avais beau faire des colorations, pour Elon, je n’étais jamais assez blonde. C’est ce mode de vie là que j’ai refusé." L’une des premières choses qu’elle fait lors de la séparation: changer la couleur de ses cheveux. Six semaines plus tard, Musk s’affichait avec Talulah  Riley, une actrice britannique blonde comme les blés qu’il a épousée en 2010 et dont il a divorcé deux ans plus tard pour l’épouser à nouveau en 2013, avant de divorcer une dernière fois un an plus tard. Enfin, pour le moment.

D’autres membres de ce club ont fait des déclarations encore plus étonnantes. Jeff Bezos est l’un des rares milliardaires à ne pas avoir répondu à l’appel de Bill Gates, à savoir donner un plus grand pourcentage de sa fortune à des œuvres caritatives. Lorsqu’il est apparu que Bezos avait une liaison avec la présentatrice de télévision et entrepreneuse Lauren Sanchez, le couple Bezos-Scott se sépare en 2019. MacKenzie Scott se lance directement dans l’humanitaire, y consacrant un montant record se chiffrant en milliards. Et en veillant à ce que le monde entier le sache. L’ancienne épouse de Bezos, qui n’a jamais été une adepte des tapis rouges, est à la tête d’une fortune de 38 milliards de dollars: depuis son divorce, elle a fait don d’un dixième de cette somme à des centaines d’organisations caritatives, dont beaucoup soutiennent les femmes. On murmure qu’elle distribue son argent le plus rapidement possible, comme s’il lui brûlait les doigts.

Girl power

Alors que leurs ex-époux sont souvent des rivaux acharnés, en lice pour être les plus rapides à envoyer une fusée dans l’espace, les First Wives se soutiennent mutuellement. L’année dernière, Mackenzie Scott et Melinda French Gates ont fait don de 40 millions de dollars à l’organisation Equality Can’t Wait Challenge, pour accroître le pouvoir et l’influence des femmes américaines. La page d’accueil de l’organisation caritative de Melinda French Gates indique: "Nous sommes convaincues que le monde sera nettement meilleur pour chacun lorsque les femmes et, surtout, les femmes de couleur, seront en mesure de prendre des décisions, de contrôler leurs ressources et de planifier l’avenir de leur famille."

La philanthropie menée tambour battant ne les oblige pas à renoncer définitivement aux hommes. Dans une récente interview, Melinda French Gates a confié enchaîner les rendez-vous. Et Scott, romancière à succès, s’est remariée avec un professeur de physique de l’école de ses enfants.

MacKenzie Scott a été mariée de 1993 à 2019 au fondateur d’Amazon, Jeff Bezos.
©Elena Seibert

Une couleur selon le statut

D’autres femmes n’ont pas eu besoin d’aide pour commencer une nouvelle vie. Anne Wojcicki était une entrepreneuse de la tech lorsqu’elle a rencontré et épousé Sergey Brin, cofondateur de Google, en 2007. En 2015, après huit ans de mariage et deux enfants, elle a demandé le divorce lorsqu’elle a découvert qu’il avait une liaison avec une collègue. On n’a jamais su le montant qu’elle avait obtenu, mais la somme doit être coquette vu que Brin pèserait 30 milliards de dollars. En plus, Wojcicki était déjà milliardaire: elle est cofondatrice et CEO de l’entreprise de biotechnologie 23andMe, pionnière des tests ADN destinés au grand public et qui a fait son entrée en bourse il y a un an. Dans l’intervalle, elle a eu un troisième enfant et investit désormais dans des startups numériques dirigées par des femmes.

Anne Wojcicki, l’ex-compagne du fondateur de Google Sergey Brin.
©Jessica Chou

Anne Wojcicki a expliqué au magazine Fortune à quel point il était humiliant, pour elle, d’accompagner son mari au Forum économique mondial de Davos, où les invités portent des badges de couleurs différentes en fonction de leur statut: "Lorsqu’on déduit de votre badge que bah, vous êtes simplement ‘partenaire de’, on vous ignore complètement." Il n’est dès lors pas surprenant qu’après une vie d’épouse de génie, ces dames veuillent prêter main-forte à d’autres femmes. D’autant plus qu’en tant que membres du First Wives Club, elles ne peuvent plus être ignorées.

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