sabato

Coup d'œil dans un appartement parisien aussi classique que contemporain

L'architecture classique rime avec le design moderne dans l'appartement d'Emmanuel de Bayser. ©Annick Vernimmen

Visite privée dans le pied-à-terre haussmannien d'Emmanuel de Bayser, le propriétaire des concept stores branchés The Corner à Berlin.

En temps normal, Emmanuel de Bayser est à Paris au moins une fois par mois. Le propriétaire des trois concepts stores les plus branchés de Berlin, The Corner, y vient pour acheter des collections de mode, assister à des défilés ou rejoindre sa famille.

Emmanuel de Bayser, propriétaire des concept stores The Corner à Berlin. ©Christian Kain / The Interior Archive / Basset Images

Mais la crise du coronavirus l’a retenu plus longtemps que prévu à Berlin. "Nous vivons une période difficile, car nos clients sont très internationaux. Et les clients russes ou américains sont pour la plupart absents", explique-t-il. "Je peux me rendre à Paris, mais cela n’a pas beaucoup de sens: rien n’est ouvert! Paris me manque, mais la ville est un peu morte en cette drôle de période."

Le quartier où se trouve son appartement de 180 mètres carrés n’est certainement pas le plus branché de Paris et Covid ou pas Covid, il n’y a jamais beaucoup d’animation près du parc Monceau.

On y trouve principalement des bureaux et des ambassades, logés dans des immeubles haussmaniens, un style très parisien qui doit son nom à l’urbaniste Georges-Eugène Haussmann qui, au milieu du XIXe siècle, a aménagé de grandes avenues pour relier les faubourgs au centre historique de Paris. 

Emmanuel de Bayser a à peine transformé son appartement parisien, mettant plutôt l'accent sur la décoration.

Assez vu

Emmanuel de Bayser connaît très bien le quartier Monceau: ses parents y ont vécu pendant longtemps et il a eu un petit appartement rue Murillo. Quand il est tombé sur cet appartement haussmannien, il a voulu s’y installer.

"Je ne voulais pas vivre dans un appartement du XIXe siècle."
Emmanuel de Bayser

"Beaucoup d’appartements de cette époque ont un long couloir qui donne accès aux différentes pièces, de chaque côté", explique-t-il. "Ce n’est pas le cas de celui-ci: si les portes sont ouvertes, on dirait un loft. Nous l’avons à peine transformé, car la circulation était déjà optimale, comme la structure, l’atmosphère et les volumes. Nous avons donc mis l’accent sur la décoration."

Avec tout le respect que je vous dois, votre appartement est loin d’être aussi trendy que vos boutiques...

Ce n’est pas parce que l’offre de vos boutiques change chaque saison que vous devez décorer votre maison de la même façon! La mode évolue très vite et je ne voulais pas d’un intérieur dont je me serais lassé au bout de trois mois.

C’est peut-être un peu plus classique, mais, dans dix ans, je suis sûr que j’apprécierai toujours ce cadre. Il y a des décorateurs talentueux qui abordent un intérieur comme un décor de théâtre, avec des couleurs très expressives qui dominent tout. Ce n’est pas trop mon écosystème: j’ai besoin d’équilibre, d’art et de design d’une beauté intemporelle.

Dans la bibliothèque, Emmanuel de Bayser a choisi du mobilier de Jean Royère et Jean Prouvé, de la céramique de Georges Jouve et une carpe de Francois-Xavier Lalanne.

Vous avez choisi de jouer la carte française pour la décoration...

Oui, c’est vrai, les pièces françaises conviennent à cette atmosphère haussmannienne. J’ai du design vintage de Jean Prouvé, de la céramique de Georges Jouve et du contemporain de Francesco Balzano et Joseph Dirand. Je ne voulais pas vivre dans un appartement du XIXe siècle entouré d’art ou de design de la même époque.

L’art et le design sont également en harmonie dans la chambre à coucher.

Pour cet appartement, avez-vous travaillé avec Balzano ou Dirand?

J'ai réalisé cet aménagement moi-même. Mais Francesco Balzano a conçu une série de tables et de tables d’appoint spécialement pour cet appartement. Elles sont disponibles en édition limitée via The Invisible Collection sous le nom de "Monceau".

"L’art et le design sont conçus pour faire partie de la vie, pas pour être entreposés dans un dépôt."
Emmanuel de Bayser

J’ai rencontré Francesco quand il travaillait pour Joseph Dirand. Nous sommes restés en contact, même après son départ, quand il a fondé sa propre agence de design, en 2018. Les meubles de Balzano sont inspirés de l’antiquité classique, mais j’y vois aussi des références au néoclassicisme, au brutalisme et même à l’architecture fasciste.

La trouver belle est aujourd’hui encore mal perçu, mais, sur le plan architectural, je ne trouve pas cette période inintéressante. Par exemple, la gare Centrale de Milan, achevée sous Mussolini, est un beau bâtiment.

©Annick Vernimmen

Vous n’aimez pas qu’on vous qualifie de "collectionneur", même si vous venez d’une famille de marchands d’art. N’êtes-vous pas passé à côté de votre vocation dans le monde de l’art?

Mon grand-père a fondé la Galerie de Bayser, spécialisée dans les dessins anciens, en 1936. Mon oncle et ses enfants ont repris cette entreprise, mais je n’y ai jamais travaillé. Mon arrière-grand-père maternel était le peintre symboliste Georges Desvallières. Ma mère a publié son catalogue raisonné à l’occasion de sa toute première exposition solo au Petit Palais, en 2016.

"La mode évolue très vite et je ne voulais pas d’un intérieur dont je me serais lassé au bout de trois mois."
Emmanuel de Bayser

L’art classique est très présent dans ma famille depuis des générations certes, mais il n’empêche que j’ai plutôt choisi de me consacrer à l’art moderne et contemporain. Je préfère ne pas parler de "collection", car j’ai toujours acheté des œuvres et du design en fonction d’un lieu particulier. Chaque objet d’art est sélectionné pour un ensemble bien précis. L’art et le design sont conçus pour faire partie de la vie, pas pour être entreposés dans un dépôt.

Emmanuel de Bayser ne voulait pas de mobilier datant du XIXe siècle dans son appartement.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour 2021?

Table en granito, chaises et enfilade de Jean Prouvé, céramiques de Georges Jouve et tableau de Camille Henrot.

J’ai hâte de me consacrer à un nouveau projet, un penthouse à la montagne, dans les Alpes. Je suis en train de le terminer. Ce sera quelque chose de complètement différent de ce que j’ai décoré à Berlin ou à Paris: j’ai plutôt joué la carte scandinave, avec des luminaires du designer finlandais Paavo Tynell et des meubles du moderniste suédois Axel Einar Hjorth.

Honnêtement, je trouve ses créations un peu plus raffinées que celles de Charlotte Perriand. Peut-être qu’un jour, je me consacrerai à des projets d’architecture d’intérieur en tant que directeur artistique.

On me le demande parfois et je pense que j’ai un bon œil pour ça. Mais, pour le moment, mes concept stores de Berlin occupent tout mon temps.

Lire également

Publicité
Publicité