Edouard Simoens | "À Knokke, l’art se vit de manière décontractée"

Edouard Simoens, marchand d’art à Knokke, nous parle de ce qui le fait se lever de son Aluminium Chair: discuter avec Magritte, boire du whisky avec Jim Morrison, se balader en tongs.

Quelle est la chaise de votre vie?

"L’Aluminium Chair de Charles et Ray Eames pour Vitra. Un souvenir de mon père: ces chaises se trouvaient dans le bureau de sa galerie. Ma famille m’a donné l’amour des belles choses. J’ai grandi à Knokke, dans une maison rénovée par les architectes Marc Corbiau et Claire Bataille avec un jardin conçu par Wirtz. À l’intérieur, il y avait des œuvres d’Alexander Calder et Jean Dubuffet. Dans le jardin, mon père organisait parfois des expositions de sculptures de Takis, par exemple. Petit, je déambulais parmi les collectionneurs que je ne connaissais pas encore à l’époque. Dès que ma maison sera achevée, je prévois d’y organiser des dîners réunissant collectionneurs, consultants et marchands d’art."

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Qu’est-ce qui vous a récemment fait tomber de votre chaise?

"La rétrospective consacrée à Philip Guston (1913-1980) à la Tate Modern de Londres. C’est un de mes artistes favoris. L’exposition solo de cet artiste américain d’origine canadienne a longtemps été retardée en raison du caractère politique de son œuvre cartoonesque. Il représente notamment le Ku Klux Klan, un sujet très sensible depuis le mouvement Black Lives Matter. Pour moi, Guston est un artiste révolutionnaire, car il transmet un message politique de manière humoristique et ludique. Son style est directement reconnaissable, ce qui fait de lui un artiste très complet."

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Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

"Magritte (1898-1967), sans hésitation. J’adorerais savoir ce qui lui traversait l’esprit quand il créait ses tableaux surréalistes. Mon père vendait parfois ses œuvres, souvent par l’intermédiaire de son ami Roger Nellens, qui dirigeait le casino de Knokke. La boucle est bouclée: pour ma première participation à la Tefaf, je présente deux Magritte provenant de collections privées. L’architecte irakienne Zaha Hadid (1950-2016) serait également de la partie, et mon troisième invité serait Jim Morrison (1943-1971), le chanteur des Doors. Il programmerait la musique et au dessert, il nous ferait l’honneur de réciter sa poésie. Ensuite, ‘he can show us the way to the next whiskey bar’. À Knokke, il y a encore quelques vieux cafés que j’affectionne particulièrement, comme Tracks & Travellers, en face de la gare."

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"Heureusement, mon environnement professionnel est peu stressant. À Knokke, en été, il n’est pas rare de voir des collectionneurs entrer en tongs dans la galerie."
Edouard Simoens
Marchand d’art à Knokke
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"À Knokke, l’art se vit de manière décontractée", assure Edouard Simoens.
©Alexander D'Hiet

Avec qui aimeriez-vous échanger votre siège le temps d’une journée?

"Le fauteuil de réalisateur de Quentin Tarantino. Il a travaillé avec les plus grandes stars du cinéma, de Brad Pitt à Bruce Willis en passant par Samuel L. Jackson et Uma Thurman. Pour eux, il a imaginé les personnages les plus cool et les dialogues les plus loufoques, truffés de répliques cultes. Tarantino est un artiste qui aime flirter avec le kitsch. Il suffit d’écouter les bandes-son de ‘Kill Bill’ ou ‘Pulp Fiction’ qui regorgent de chansons kitsch redevenues cool grâce à lui."

Qui mériterait une chaire?

"Je voue une grande admiration au marchand d’art new-yorkais Christophe Van de Weghe. Ancien espoir du tennis belge, il s’est fait connaître aux États-Unis en tant que bras droit du célèbre marchand d’art Larry Gagosian. Par la suite, il a ouvert sa propre galerie et se consacre maintenant aux œuvres modernes exceptionnelles de la plus haute qualité. Christophe est un homme remarquable, car il n’hésite pas à offrir son aide aux jeunes en leur prodiguant conseils et soutien actif. Il m’encourage à viser toujours plus haut et m’a motivé à continuer à postuler pour les grandes foires, même si ma candidature est parfois rejetée. En Belgique, je suis également très reconnaissant envers Patrick De Brock. Ce marchand d’art de Knokke a un œil exceptionnel pour l’art, doublé d’une grande générosité. Il m’a beaucoup appris et m’a ouvert son réseau de collectionneurs. Plus que collègues, nous sommes des amis qui discutent d’art pendant des heures."

Que faites-vous quand quelque chose vous tracasse?

"Je me plonge dans le travail pour me changer les idées. Heureusement, mon environnement professionnel est peu stressant. À Knokke, en été, il n’est pas rare de voir des collectionneurs entrer en tongs dans la galerie. Bien que la période d’avril à octobre soit intense pour moi, j’ai l’impression d’être en vacances. Ici, l’art se vit de manière décontractée. Je ne peux pas m’imaginer devoir me retrouver tous les jours dans les embouteillages pour tenir une galerie à Bruxelles. Pourquoi le ferais-je, alors qu’ici, tout est accessible à vélo?"

"L’Aluminium Chair, de Charles et Ray Eames pour Vitra, est un souvenir de mon père: ces chaises se trouvaient dans le bureau de sa galerie", confie Edouard Simoens.
©Alexander D'Hiet

Biographie d’une chaise

Aluminium Chair

◆ La célèbre Aluminium Chair de Charles et Ray Eames fut conçue en 1958 pour la résidence privée de l’entrepreneur et mécène Joseph Irwin Miller à Columbus (Indiana). Cette maison, dessinée par l’architecte Eero Saarinen, a un intérieur signé Alexander Girard.

◆ Girard s’étant plaint de ne pas trouver de mobilier de qualité pour les espaces extérieurs, Charles et Ray Eames ont conçu une gamme de sièges d’extérieur.

◆ Initialement, le siège portait l’appellation "Indoor Outdoor Group", qui devint ‘Aluminium Group’. Cependant, il n’était pas résistant aux conditions extérieures et fut reclassé comme meuble d’intérieur.

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◆ Vitra lança la production de la collection d’Aluminium Chairs sur le marché européen en 1959, tandis que la société Herman Miller produisait et distribuait les Aluminium Chairs pour le reste du monde.

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