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Un coup d'œil dans le projet père-fille de Geert et Eline Ostyn

©Verne

Geert Ostyn (Obumex) a cherché et trouvé le calme à Cadzand. Sa fille Eline y a conçu un appartement serein pour lui, inspiré des dunes de Zélande.

"Mais qu’est-ce que tu vas faire à Cadzand?" En 2018, quand Geert Ostyn a été le premier à acheter (sur plan) un appartement dans le projet De Blanke Top de Bart Versluys, ses amis, connaissances et clients ont exprimé des réserves. "Maintenant, ce sont eux qui m’appellent: "Dis, Geert, nous sommes passés la semaine dernière à Cadzand. Ça n’avait pas l’air mal. Si tu entends parler de quelque chose à vendre, fais-moi signe!"

©Verne

Bien que Cadzand ne soit qu’à un quart d’heure en voiture de Knokke, on a l’impression d’être dans un autre monde. La digue n’est pas (encore) construite. La plage est pratiquement déserte. Il n’y a qu’un seul bon boulanger et il ne faut pas faire une demi-heure de file pour acheter ses croissants. "Parfois, le week-end, Knokke est si animée qu’on a l’impression d’être dans une grande ville", commente-t-il. "J’avais besoin de calme et d’isolement. Lors de vacances au Cap Ferret, en face de la Dune du Pilat, j’ai rêvé de vivre au bord de la mer, mais je n’ai pas dû chercher aussi loin."

Ce calme, l’entrepreneur l’a trouvé juste de l’autre côté de la frontière, à Cadzand. "Quand je quitte Knokke en traversant les polders de Flandre zélandaise, un sentiment de sérénité m’envahit. Dès que j’entre dans l’appartement, j’ai l’impression d’être en vacances. C’est comme une thérapie. La lumière s’allume automatiquement, je vois la mer et pendant la première demi-heure, je reste sans voix."

Magasin de bonbons

En tant que CEO d’une entreprise d’aménagement sur mesure haut de gamme, Obumex, il aurait facilement pu concevoir son appartement du rez-de-chaussée avec un architecte d’intérieur de son équipe, mais il a laissé cette opportunité à sa fille Eline. Celle-ci a travaillé au Brésil, chez l’architecte Marcio Kogan, et à Londres, chez John Pawson, avant de créer son agence en Belgique. "Eline a sa personnalité et j’ai la mienne. Dans le cadre de ce projet, nous avons beaucoup appris l’un de l’autre. C’était une façon de nous découvrir professionnellement", sourit-il.

"Je préfère regarder la ligne d’horizon plutôt qu’un terrain de golf. Et dès que j’ouvre la porte, je sens l’odeur de la mer."

"On dit toujours qu’il ne faut pas travailler pour sa famille, mais cette opportunité a fait mon bonheur", déclare Eline. "Même s’il s’agit de mon père, je lui ai réservé - autant que possible - le même traitement qu’à mes autres clients. Mais en termes de personnalisation, de finition, de matériaux et de mobilier, nous avons pu aller loin. Très loin, même: dans l’atelier d’Obumex, avec toutes ces possibilités de placage et de finition, je me suis sentie comme un enfant dans un magasin de bonbons!"

Eline Ostyn a conçu un appartement au plan ouvert: la salle de bain, le vestiaire, la cheminée et les toilettes sont placés dans des blocs fonctionnels, le reste est un espace de circulation libre. ©Verne

L’ampleur du choix l’a rendue plus exigeante que stressée. "Nous sommes allés à trois reprises choisir un lot de placages, jusqu’à ce que nous trouvions le dessin parfait. Nous avons fait faire des dizaines d’échantillons, jusqu’à ce que nous ayons trouvé le bon grain, la bonne texture et la bonne structure du fil du bois. C’était un processus qui a duré plusieurs mois. Eline a poussé notre atelier dans ses derniers retranchements", ajoute l’heureux père.

"Je n’utilise généralement que trois matériaux dans mes projets", explique-t-elle. "Ensuite, j’épure cette palette à l’extrême. Ici, je voulais des matériaux naturels qui s’harmonisent avec les dunes. Plutôt que du marbre poli, nous avons choisi un grès beige 'dei medici' à la belle patine, un enduit à la chaux au toucher sableux et un placage d’épicéa blanc sablé qui évoque les ondulations du sable. Ces matériaux semblent ton sur ton, mais la subtilité réside dans les textures. Ça ne se voit pas, mais, sur certains murs, nous avons opté pour des fils de bois rectilignes alors que, sur d’autres, nous avons placé un placage aux notes subtiles. Ensemble, ces matériaux créent une unité, une sérénité et une paix visuelle. L’intérieur est sobre, il n’écrase pas le paysage magnifique, au contraire."

Disposition ouverte

La cuisine est un autel en marbre beige 'dei medici'. L’étagère est suspendue par deux boucles en bronze au plafond. La table "toi & moi" d’Obumex est accompagnée d’une lampe Apparatus et de chaises Liaigre. ©Verne

Geert et Eline Ostyn étaient sur place dès 2018, alors que Govaert & Vanhoutte, le bureau d’architecture n’avait pas encore entamé le gros œuvre, ce qui leur a permis de demander des interventions structurelles dans le plan. "Même si je ne faisais que l’intérieur, je voulais éviter les murs gênants ou les colonnes porteuses mal placées. Je voulais que la vue et la circulation dans l’appartement soient optimales."

Ce qui est le cas. À l’instar de son mentor, Marcio Kogan, Eline Ostyn est partie d’un plan ouvert. Elle n’a pas conçu un appartement traditionnel où tout est compartimenté, mais une disposition ouverte, où les fonctions sont dissimulées dans des meubles. Elle a placé trois grands blocs dans cet espace: un premier pour le vestiaire, le placard de la cuisine et le dressing, un deuxième pour le feu ouvert, le vaisselier et les toilettes, et un troisième pour la douche, le lavabo et l’armoire pour le linge de maison. "L’espace autour est en libre circulation. Comme il n’y a pratiquement pas de portes, la lumière naturelle afflue dans tout l’appartement", justifie-t-elle.

"Je voulais absolument être au rez-de-chaussée, car c’est là que le lien avec la mer et le paysage des polders est le plus direct", poursuit Geert Ostyn. "Je préfère regarder la ligne d’horizon plutôt qu’un terrain de golf. Dès que j’ouvre la porte, je sens l’odeur de la mer. Quand je regarde dehors, j’ai l’impression de vivre dans une petite cabane dans les dunes. On ne voit pas la différence entre les oyats du jardin et ceux des dunes."

Eline Ostyn a également choisi de faire pénétrer les dunes à l’intérieur: les matériaux ont un aspect vieilli et elle a décliné la pente des dunes sur la courbe du feu ouvert en pierre naturelle. Une prouesse technique, surtout en raison du panneau coulissant vers le haut qui masque la télévision. "Nous ne la regardons pas beaucoup ici. Avec ce panorama, il y a nettement mieux à faire", déclare Geert Ostyn.

Eline Ostyn a choisi des matériaux ton sur ton, chacun avec sa propre texture : épicea sablé, grès beige 'dei medici' et enduit à la chaux texturé au sable. ©Verne

Authenticité

"Je ne voulais pas concevoir une énième cuisine ouverte avec un îlot central et des placards intégrés: nous en avons assez vu! Mon père ne cuisine pas beaucoup de toute façon."
Eline Ostyn

La cuisine a, du moins à notre avis, de grandes chances de devenir une "Cuisine Signature" Obumex. Eline l’a dessinée et l’architecte Wouter Tousseyn, qui a assuré le suivi des chantiers parisiens de l’entreprise belge, a contribué à affiner les détails. "Je ne voulais pas concevoir une énième cuisine ouverte avec un îlot central et des placards intégrés: nous en avons assez vu!", s’exclame Eline. Avec son "autel" monolithique en pierre, la cuisine ressemble davantage à une sculpture qu’à un laboratoire. La vaisselle repose sur une étagère en pierre naturelle suspendue au plafond par deux anses en bronze patiné. De chaque côté se trouve un haut placard en bois: celui de gauche dissimule le réfrigérateur, et celui de droite, la cuisinière.

"Mon père ne cuisine pas beaucoup, de toute façon. Il préfère les brunchs le week-end", explique Eline Ostyn. "La cuisine devait donc être compacte, pratique et esthétique. Pour que, même si l’on ne l’utilise pas, elle reste belle à regarder." D’autant plus qu’il y a un lustre asymétrique en bronze d’Apparatus Studio, la table "toi et moi" d’Obumex et les chaises en bois de Liaigre. "Elles sont ultra confortables", sourit Geert Ostyn. "Pour moi, cette chaise en osier est synonyme de vacances."

©Verne

À 65 ans, Ostyn ferme-t-il le chapitre Knokke? Ou bien ce déménagement est-il plutôt symbolique, pour laisser la place à la nouvelle génération, son fils Thomas et sa fille Eline? "Ni l’un ni l’autre", répond-il. "Je reste actif à Knokke. Mais, au niveau privé, je cherchais un nouveau mode de vie, une autre forme d’authenticité. Pour moi, Cadzand ne doit pas devenir "le nouveau Knokke". Nous nous sentons bien ici. Le dimanche soir, nous nous plaignons toujours de devoir déjà rentrer!"

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