Vincent Van Duysen | "J’ai l’impression de me trouver au sommet de ma carrière"

L’architecte Vincent Van Duysen nous parle de ce qui le fait se lever de son fauteuil "Eyre de Lanux": des gens heureux, vingt minutes de méditation, l’équilibre entre le corps et l’esprit.

Quelle est la chaise de votre vie?

"Cette paire de fauteuils d’Elizabeth Eyre de Lanux (1894-1996), une artiste, écrivaine et designer américaine qui s’est installée à Paris en 1919. Bien qu’elle soit principalement connue pour ses tapis géométriques, son mobilier d’avant-garde a été exposé à l’époque aux côtés de créations de Jean-Michel Frank et d’Eileen Gray."

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"J’ai mis la main sur cette paire de chaises rares chez Sotheby’s. Je les ajoute dans le salon quand il me manque des sièges pour mes invités. Dans la salle à manger, les chaises autour de la table sont beaucoup moins sophistiquées: ce sont de simples tabourets, ce qui oblige les convives à se tenir droits — cela maintient le dos droit et en plus, cela favorise les échanges à table."

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Vincent Van Duysen a mis la main sur cette paire de fauteuils rares d’Elizabeth Eyre de Lanux chez Sotheby’s.
©Alexander D'Hiet
"Je suis arrivé à un âge où je pourrais envisager de lever le pied. Mais nous réalisons des projets aux quatre coins du monde et ces derniers deviennent de plus en plus complexes et ambitieux."
Vincent Van Duysen
Architecte et designer

Pour qui gardez-vous une chaise?

"J’ai le privilège de collaborer avec une équipe fantastique, dont mon associé Kristof Geldmeyer. Grâce à lui, la relève est assurée. Quand Dries Van Noten a annoncé qu’il se retirait de la mode, à 65 ans, cela m’a fait réfléchir. J’ai 62 ans et je travaille comme architecte depuis 40 ans. Je suis arrivé à un âge où je pourrais envisager de lever le pied, mais nous continuons à développer le bureau qui emploie 40 personnes actuellement."

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"Nous réalisons des projets aux quatre coins du monde et ces derniers deviennent de plus en plus complexes et ambitieux. J’ai l’impression de me trouver au sommet de ma carrière. Cependant, je veille à ce que les projets restent axés sur la qualité et non sur la quantité. Qu’il s’agisse de mes clients ou de mes collaborateurs, je tiens à travailler avec des gens heureux."

Qu’est-ce qui vous a récemment fait tomber de votre chaise?

"Un ami très cher est décédé bien trop tôt. J’étais avec lui la veille de son décès pour lui dire adieu. Sa perte a été très douloureuse, d’autant plus que ma mère nous a également quittés récemment. Le stress peut être canalisé par le sport ou en déléguant mieux son travail. Mais le chagrin, on ne peut pas le sous-traiter: il faut y faire face soi-même."

Qui mériterait une chaire?

"Mes parents. Ils m’ont élevé de manière classique et conservatrice, les pieds sur terre. J’apprécie les valeurs qu’ils m’ont transmises: le respect, la gratitude, l’honnêteté. Ils m’ont aussi initié à l’art et à la photographie dès mon plus jeune âge. Si je n’étais pas devenu architecte, je serais devenu photographe."

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Vincent Van Duysen est architecte, designer et directeur artistique de Molteni&C. Son livre "Vincent Van Duysen: Private" vient de paraître aux éditions Rizzoli.
"Beaucoup me perçoivent comme un ‘minimaliste froid’, alors qu’en réalité, je suis quelqu’un de chaleureux qui apprécie la beauté de la sobriété."
Vincent Van Duysen
Architecte et designer

Que faites-vous quand quelque chose vous tracasse?

"J’ai une nature positive, même dans les moments difficiles. ‘Creativity is my longevity’, telle est ma devise. Je m’inspire de la créativité et de la collaboration avec mon équipe et de Jonathan, mon coach physique et mental."

Savez-vous rester assis?

"J’étais un enfant hyperactif, mais aujourd’hui, je recherche le calme. Je m’oblige à faire 20 minutes de méditation transcendantale chaque matin avant de commencer ma journée. C’est pour cela que mes maisons sont si importantes: ce sont des havres de paix dans lesquels je peux me retirer. La tranquillité à l’intérieur de la maison offre un contrepoids essentiel à l’agitation du monde extérieur."

"Avant, quand j’étais à l’étranger, je profitais de mon temps libre pour visiter des galeries et découvrir de nouveaux lieux. Aujourd’hui, je préfère me retirer dans ma chambre d’hôtel. Je reviens d’une detox: je suis très rigoureux dans ma gestion de l’équilibre entre corps et esprit."

Qui aurait sa place au dîner de vos rêves?

"Le directeur artistique Beda Achermann et le photographe François Halard, le duo avec lequel j’ai travaillé en étroite collaboration pour mon dernier livre ‘Vincent Van Duysen: Private’. Achermann est également le directeur artistique de ‘Molteni Mondo, An Italian Design History’ (Rizzoli), qui traite du passé, du présent et de l’avenir de la marque de design italienne dont je suis le directeur créatif. Il a fait de mon nouveau livre l’ouvrage le plus introspectif à ce jour, avec des images intimes de mes maisons à Anvers et au Portugal. Halard a réussi à sonder mon âme; cet ouvrage me dépeint comme presque personne ne me connaît."

"Beaucoup me perçoivent comme un ‘minimaliste froid’, alors qu’en réalité, je suis quelqu’un de chaleureux qui apprécie la beauté de la sobriété. Dans ‘Vincent Van Duysen: Private’, on ressent l’aspect humain de mon architecture. Je suis empathique, compatissant et généreux. Un architecte ne construit pas pour lui-même, mais pour les autres."

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Vincent Van Duysen a mis la main sur cette paire de fauteuils rares d’Elizabeth Eyre de Lanux chez Sotheby’s.
©Alexander D'Hiet

Biographie d’une chaise

Paire de fauteuils en acajou et paille

◆ La créatrice américaine Elizabeth Eyre de Lanux (1894 - 1996) s’est fait un nom à Paris à partir de 1918 grâce à ses créations dans des matériaux innovants tels que le linoléum et le verre. Ses créations sont rares et recherchées: Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent les collectionnaient.

◆ Cette mondaine androgyne faisait partie de l’entourage de Man Ray, Francis Picabia, Constantin Brancusi, Fernand Léger et d’autres modernistes.

◆ Son approche radicale du design (textile) et du mobilier dans un environnement masculin lui a valu le surnom d’"amazone de l’Art déco".

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