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Visite de l'atelier de l'un des derniers artisans menuisiers de Belgique

L'ère digitale ne signe pas forcément l’arrêt de mort de l’artisanat. C'est ce que démontre le menuisier Steven Gauwberg, qui fait entrer le travail manuel dans le XXIe siècle.

Il a façonné les plats du restaurant Sel Gris et Caillou à Knokke. Il a réalisé une collection de bols prête à être exposée. Et dire que Steven Gauwberg a failli renoncer à l’univers du bois!

"En général, il n’y a plus que des amateurs pour pratiquer la menuiserie."
Steven Gauwberg

L’atelier de Steven Gauwberg ne laisse planer aucun doute sur les activités qui s’y déroulent. L’odeur, la sciure... Ici, le bois est transformé en petits objets usuels avec un incroyable sens du détail, comme en témoigne tout un arsenal d’outils ainsi qu’un tour, sa dernière acquisition.

Steven Gauwberg redonne à la main toute la grandeur de son intelligence. ©Alexander d'Hiet

"Cette machine m’offre un nombre incroyable de possibilités. En général, seuls les amateurs travaillent avec un tour à bois. Ce savoir-faire, je tiens à l’intégrer dans mon travail de menuisier."

L’homme a récemment "tourné" des plats de service pour le restaurant knokkois Sel Gris; a été mis à l’honneur pour son porte-couteau d’office; et a conçu une collection de bols prête à être exposée. "Mon intention était d’exposer ces bols sur les marchés artisanaux au cours du premier semestre 2020, pour les confronter à l’avis du public. Malheureusement, à cause du coronavirus, cela n’a pas été possible."

La crise sanitaire a néanmoins généré quelques commandes. "Je travaille actuellement sur un tableau en bois massif destiné à un client, enseignant, qui ne peut plus donner ses cours en présentiel. Il enseigne en ligne, mais souhaitait un beau tableau pour ses cours."

"J’ai également réalisé des cloisons de séparation au cours des dernières semaines. Après une courte période de calme au début de la crise, mon carnet de commandes s’est bien rempli."

Le menuisier Steven Gauwberg. ©Alexander d'Hiet

Forum en ligne

"J’ai toujours adoré le travail manuel."
Steven Gauwberg

"Cette passion pour le bois remonte à mon enfance. Mon père était menuisier et, à l’adolescence, j’ai commencé à étudier la fabrication de mobilier. J’ai toujours adoré le travail manuel." Cependant, son entrée dans le monde professionnel a surtout été une confrontation avec le réel.

Le menuisier a réalisé une collection de bols prête à être présentée au grand public. ©Alexander d'Hiet

"J’ai travaillé pour plusieurs entreprises, ce qui a douché mes ardeurs: le profit avait systématiquement priorité sur la qualité et l’amour du métier. Cela a fini par tellement m’affecter que j’ai préféré faire quelque chose de complètement différent: j’ai alors travaillé dans une usine sans aucun rapport avec le bois plutôt que de devoir faire des compromis sur la qualité de mon travail."

Mais bon sang ne saurait mentir et, grâce à un forum en ligne pour les menuisiers, Gauwberg a retrouvé le goût de sa passion. Il a créé son propre atelier et repris ses essais. "J’avais acquis les compétences de base à l’école, mais c’est vraiment grâce à ce forum qu’un monde nouveau s’est ouvert à moi."

"Je me suis acheté de bons outils et, si quelque chose me manquait, j’essayais de le fabriquer moi-même. De même, les machines de mon atelier sont des vieilleries auxquelles j’ai redonné une seconde vie. Je connais également l’emplacement exact de chaque vis et je sais exactement à quoi elle sert."

Porte-couteau d’office

Le bois utilisé par Gauwberg, essentiellement du chêne et du frêne, provient de notre pays. Il est même plus local encore lorsqu’il est destiné à être tourné. "Si le vent fait tomber un arbre dans le coin, on m’appelle!", explique-t-il en riant.

Le digital ne signe pas la fin de l’artisanat. ©Alexander d'Hiet

"Généralement, je récupère le tronc et je le prépare pour le tour. Il est préférable de tourner un tronc avant qu’il ne moisisse ou ne se fissure. De plus, le bois humide est plus facile à tourner."

Pour un objet usuel tel qu’un bol ou un meuble, le bois est d’abord raboté ou scié à la machine, et ce n’est qu’ensuite qu’il est travaillé au tour ou à la main. Ce travail manuel prend du temps, ce qui se traduit par un prix afférent.

"Chez moi, c’est le temps, la passion et l’artisanat que l’on paye. Ce n’est pas un message facile à faire passer auprès des clients, mais une visite à mon atelier change généralement la donne. Ici, on peut voir et faire l’expérience de la manière dont je travaille, avec mon cœur et une attention méticuleuse pour chaque détail."

Steven Gauwberg: "Cette passion pour le bois, elle m’anime depuis l’enfance." ©Alexander d'Hiet

"Si quelque chose me manquait, j’essayais de le fabriquer moi-même."

Ce sont exactement ces qualités qui ont été mises à l’honneur en 2016, lors du concours BKRK. Chaque année, le musée en plein air de Bokrijk décerne un prix à des représentants d’une discipline différente. 2016 était l’année consacrée au bois, et Gauwberg a remporté le concours. Son projet? Un porte-couteau d’office. Vous avez bien lu: un support en bois pour un couteau d’office, simple, fonctionnel, mais ingénieux.

Steven Gauwberg aime faire des objets simples, fonctionnels, mais très ingénieux. ©Alexander d'Hiet

"Depuis ce concours, j’ai beaucoup plus confiance en mes capacités. J’aimerais lancer plus souvent mes créations, mais cela prend beaucoup de temps. Du temps que je ne peux pas consacrer à mes commandes." Suite à Bokrijk, Gauwberg a fait la connaissance de certains de ses pairs, comme Antoine Van Loocke, le coutelier traditionnel avec lequel il travaille régulièrement depuis lors.

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