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La créatrice de lingerie de luxe Carine Gilson s'installe sur le chic boulevard de Waterloo

Le style de David/Nicolas peut être qualifié de rétro-futuriste, influencé par l'Orient qui fait la part belle à l'univers onirique de Carine Gilson. ©Frederik Vercruysse

Lâcher deux hommes dans une boutique de lingerie, est-ce une bonne idée? La créatrice Carine Gilson a fait ce pari pour son nouveau flagship store à Bruxelles. Le duo de designers de Beyrouth David/Nicolas, l'aurait-il aussi encouragée à se lancer dans la couture?

"C'est vrai, la conception d'une boutique nous a fait sortir de notre zone de confort!" avouent David Raffoul et Nicolas Moussallem. En effet, le studio de design libanais David/Nicolas vient de réaliser le flagship store de la créatrice de pièces d'exception en matières précieuses Carine Gilson. "Heureusement, mon épouse, l'architecte d'intérieur Christina Boulos, travaille avec nous. Notre bureau compte aussi un quatrième partenaire, Michel Nicodem. Leur contribution a été inestimable", déclare Moussallem. "Pourtant, je ne dirais pas que le résultat soit "féminin": c'est plutôt un contraste serein entre des éléments doux et durs, féminins et masculins."

La nouvelle boutique de la créatrice prend ses quartiers boulevard de Waterloo, à l'emplacement de la boutique Armani Junior. "C'est superbe!", s'exclame Raffoul qui, avec Moussallem, a conçu l'intérieur de A à Z, des causeuses aux poignées de porte. "La boutique est cachée au fond d'une jolie cour, elle est invisible de la rue. Il faut emprunter un passage avant de la découvrir, ce qui est une métaphore de la lingerie."

L'intérieur est chic et accueillant: tapis épais, palette de rose tendre et de beiges stylés, boiseries et beaucoup d'oeuvres d'art, dont des travaux du Belge Cris Brodahl et du Britannique Albert Watson en attendant l'arrivée d'un grand format de Michel François.

"Les matériaux avec lesquels nous travaillons réfléchissent la lumière d'une toute autre manière que les merveilles de Carine", détaille Raffoul. "Ses créations sont en soie, une matière qui ne capture pas la lumière de la même façon que les matériaux mats que nous avons choisis. Le résultat est une boutique dans laquelle toute l'attention est portée aux collections et à l'univers onirique de Carine."

©Frederik Vercruysse

Rêve de soie
La Bruxelloise a créé cet univers particulier il y a trente ans. Ses créations sont d'authentiques oeuvres d'art faites à la main, faites de la plus fine dentelle et de la soie la plus raffinée. "Tout a commencé chez Maille France, un petit atelier bruxellois dans lequel deux octogénaires confectionnaient des pièces en dentelle", se souvient la créatrice. "Quand je suis sortie de l'Académie de la mode d'Anvers, je savais déjà que je ne voulais travailler qu'avec de la dentelle et de la soie. Me diriger vers la lingerie était donc un choix assez logique. Bien sûr, j'aime l'univers de beauté et de féminité qui y est associé, mais, pour moi, c'était avant tout une question de matières."

Elle avait 23 ans. Les vieux messieurs qui dirigeaient Maille France allaient bientôt prendre leur retraite. "Je savais que si je ne reprenais pas cet endroit, il serait perdu", ajoute-t-elle. "La décision a été difficile à prendre. J'ai dû contracter un emprunt très important et il ne me restait plus un sou. Mais j'avais un rêve et je voulais le réaliser. Alors j'ai foncé."

Depuis lors, la Bruxelloise fait de la couture, mais pas n'importe laquelle: de pièces cousues à la main dans les plus belles matières qui soient, dans ses ateliers qui abritent onze artisans et six créateurs. Ces merveilles sont proposées dans ses boutiques de Bruxelles, Londres et Paris et dans des enseignes internationales -Barney's à New York, Bon Marché à Paris, Harrods à Londres et Net-a-Porter.

"Désormais, je peux habiller les femmes du matin au soir", s'enthousiasme Carine Gilson. ©Nathalie Gabay

Dessous et pardessus
Il y a un an, Carine Gilson (52 ans) a voulu se repencher sur son label, pensant qu'il était temps de procéder à une évaluation. "En tant que créatrice, on se remet tout le temps en question", explique-t-elle. "Une fois que l'on a créé autant de collections, à un moment donné, il faut relancer une réflexion sur la façon d'atteindre de nouveaux sommets." Résultat: un rebranding total du logo, de la boutique bruxelloise et des créations proprement dites.

Bien sûr, toutes les pièces continueront à être cousues à la main, la dentelle sera toujours de Caudry et la soie, de Lyon. Ces étoffes de la plus haute qualité donnent un tombé à se damner à ses pièces de luxe, déshabillés et kimonos.

Deux nouveautés: la collection P/E pour le soir et, au mois d'août, une collection couture. "Désormais, je peux habiller les femmes du matin au soir. Et du soir au matin", sourit la créatrice. "Même variées, mes créations restent éloignées du quotidien et sont réservées aux occasions spéciales. C'est à la 'femme Carine Gilson' de choisir quelles pièces elle souhaite porter et à quelle occasion."

©Frederik Vercruysse

New York Times
À l'ouverture de la boutique du boulevard de Waterloo correspond la fermeture de la boutique de la rue Dansaert. "Je n'ai pas fait ce choix du jour au lendemain. Le boulevard de Waterloo est le quartier idéal pour ma collection", explique-t-elle. "J'ai gardé des bons souvenirs de la rue Dansaert, mais elle attire aujourd'hui un public beaucoup plus jeune qu'avant. Le nouvel emplacement me permettra de m'adresser à un plus grand nombre de clientes."

Grâce à la décoration de David/Nicolas? Le bureau libanais n'est pas un nouveau venu dans le monde du design et de l'architecture. Le studio, fondé il y a sept ans, est une ode au style "rétro-futuriste", où des influences de l'Orient et de l'antiquité se combinent à des éléments plus 'space'. C'est un style qui plaît. Par exemple, au jury des Red Dot Design Award qui a décerné un Award au service de table 'Orquestra' en 2015. Un deuxième award a été décerné à ce même service par le Wallpaper Award et, toujours en 2015, le bureau figurait également sur la liste 'Power 200' du Wallpaper. Le New York Times avait déjà épinglé David/Nicolas en 2014, propulsés nouvelles stars de la Semaine du design de Milan. Depuis lors, ils ont signé un art-design original. Ils sont représentés depuis deux ans par la Carpenter's Workshop Gallery, une galerie de premier plan implantée à Paris, Londres et New York. Et en septembre, une exposition solo consacrée à leur travail sera présentée dans la galerie parisienne.

Le nouveau flagship store de Carine Gilson a poussé le studio de design Libanais David/Nicolas hors de sa zone de confort. ©Marco Pinarelli

Patience et longueur de temps
La recherche de la perle rare s'est terminée quand Carine Gilson a rencontré David/Nicolas: elle a tout de suite eu envie de travailler avec eux. "Leur façon de mêler ancien et moderne, c'est exactement ce que je fais dans mes créations", affirme-t-elle. "Depuis lors, notre collaboration s'est muée en belle amitié."

Pourtant, les Libanais n'ont pas trouvé que cette mission était une promenade de santé. "C'était la première fois que nous travaillions avec une autre personne aussi créative que nous", sourit Moussallem. "Au début, c'était difficile, car Carine avait énormément d'idées, mais, à partir du moment où tout a commencé à se mettre en place, c'était incroyablement enrichissant. En fin de compte, c'était juste une question de patience."

Oiseaux de paradis
Une fois l'agencement et la décoration de la nouvelle boutique terminés, David/Nicolas a conçu le nouveau logo du label. Ils ont choisi une composition avec deux ailes stylisées, faisant ainsi référence aux oiseaux de paradis qui, depuis toujours, sont sa signature, tant en image de marque que peints sur le mur des boutiques. "Nous voulions reprendre quelque chose du passé pour pouvoir le placer dans la nouvelle boutique, mais autrement. Nous avons ainsi créé un fil conducteur qui relie l'histoire de la marque à son avenir", souligne Raffoul. "Les ailes ne sont pas seulement devenues les poignées de la porte d'entrée: ce logo, on le retrouve de manière très subtile et parfois presque dissimulée dans une foule de détails: sur les miroirs, les boutons de porte, les accoudoirs et même au bas des canapés." Un jeu de cache-cache auquel se livreront les plus attentives des clientes...

Comment Carine Gilson voit-elle l'avenir? "Je voudrais continuer à travailler avec David/Nicolas!", s'exclame-t-elle, enthousiaste. "Je vois la boutique de Bruxelles comme un prototype. Ensuite, je voudrais m'attaquer à la boutique parisienne, toujours avec eux. Et j'espère ouvrir une boutique de plus, au Moyen-Orient, par exemple à Abu Dhabi. Pour le moment, je vais me consacrer à l'ouverture du boulevard de Waterloo." Elle rit et ajoute: "Messieurs, pouvons-nous déjà prendre rendez-vous pour le lendemain de l'ouverture, dès 8 heures du matin?"

La boutique de Carine Gilson, à partir de ce 17 mai, au 26 boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles. Ouvert du lundi au samedi de 10h30 à 18h30. www.carinegilson.com

©Frederik Vercruysse


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